Les treize desserts de Camille Bordas

Les_Treize_Desserts

Les treize desserts de Camille Bordas aux Editions Joëlle Losfeld

La fille « aux semelles de vent »

La couverture d’un roman est pour moi essentielle. Elle me permet de rentrer dans l’univers fictionnel avant même la lecture de la première page. La photo choisie : les jambes d’une jeune femme, qui par leur position dénotent sa timidité et son indécision, les pieds qui hésitent à quitter le carré blanc pour s’aventurer dans le noir sont assez mystérieux mais chaque élément, de même que le titre « Les treize desserts » trouvera sa réponse dans l’histoire.

Ines, le personnage principal, enfant adulé de José et Lola, enfant né alors que ses parents étaient déjà âgés et porteurs de souvenirs douloureux, perd sa mère puis son père à un an d’intervalle. Elle a quinze ans et son univers  vole en éclats : fini le sourire à fossettes de Lola, finies les histoires de José, fini leur petit appartement d’Arles où s’écoulaient des jours paisibles, rythmés par les séjours d’été en Espagne à Almeria, le village natal que ceux-ci ont dû quitter sous Franco pour un exil qui, de temporaire, est devenu définitif.
L’adolescente suivra son grand frère Pablo à Paris et commenceront des années d’errance , de marche, à travers la capitale puis au Mexique et à New-York, appareil photo en mains pour capter un monde auquel elle ne veut plus appartenir. Pourquoi vivre, pourquoi s’engager si tout doit toujours finir ? Ines évolue en marge de la société, de petit boulot en petit boulot, sans jamais se fixer, se cantonnant volontairement dans le rôle de spectatrice de la vie des autres. Elle remplace parfois un buraliste et voit défiler toute une humanité fatiguée devant son comptoir, elle travaille au vestiaire d’un musée et jette un oeil dans les sacs qui lui sont confiés pour saisir des bribes d’existences.
Une rencontre, celle de Liam, un chanteur à succès, pourrait peut-être l’inciter à sortir de sa chrysalide, à aller de l’avant plutôt que de ressasser inconsciemment les moments heureux de son enfance, quand ses parents, bien vivants, étaient un rempart contre le malheur et les garants de la stabilité familiale. Mais Liam et Ines jouent à prolonger ses premiers moments de relation amoureuse, sans jamais rien concrétiser. On ne peut pas perdre ce que l’on n’a pas encore…
Camille Bordas, dans ce premier roman, s’est lancée dans un « road-movie » qui s’en être entièrement abouti est très prometteur. Son héroïne cherche dans la fuite l’oubli de la mort de ses proches mais aussi loin qu’elle aille, les ombres des personnes aimées la poursuivent. Les passages où elle décrit l’enfance d’Ines, comme par exemple les treize desserts, sonnent justes et sont souvent émouvants.
« j’adore gober mes douze grains de raisin en suivant le rythme de l’horloge, les douze temps qui nous font entrer dans une nouvelle année. On dit que si quelqu’un n’arrive pas à avaler ses douze grains de raisin assez rapidement, il vivra une année chaotique. Ces traditions ont quelque chose de stupide, mais une partie de moi aime y croire, et il arrive toujours un moment, à mi-parcours, où j’imagine tellement que l’année sera mauvaise si je ne parviens pas à avaler tous les raisins à temps, que ma gorge se serre et rend la chose de plus en plus difficile. Et le fait de surmonter cette difficulté donne une sorte de valeur au rituel et à ses prédictions. »
En revanche, certaines pages m’ont laissée plus dubitative, les descriptions sont assez mécaniques et répétitives, le Mexique où Ines passe un an se réduit à des clichés, les couleurs du ciel aux différents moments de la journée finissent  par lasser. Tout aux tourments de son héroïne, l’auteur dépeint à grands traits les lieux de ses déambulations, alors même que la passion d’Ines est la photographie.
Ce petit bémol ne change pas mon impression générale sur l’histoire d’Ines, j’ai lu ce roman d’une traite, à la poursuite de cette jeune femme qui « fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve »…

Les treize desserts, Camille Bordas
Editions Joëlle Losfeld,231 pages 20 euros

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par la chroniqueuse du blog les livres bonheur d’armande

Quatrième de couverture :

Inès a quinze ans à la mort de son père. Encore mineure, elle doit quitter Arles, la ville de son enfance, pour aller vivre à Paris, chez son frère Pablo, de vingt ans son aîné. Cet important changement n’est pas seulement géographique : Pablo vit dans l’opulence et semble se livrer à des activités douteuses, alors qu’Inès menait une existence très modeste avec son père, communiste espagnol exilé à la fin de la Guerre civile. Entre la fidélité à un mode de vie, à une idéologie, au modèle de l’amour absolu qui unissait ses parents et la réalité de la vie de son frère qui semble se situer aux antipodes, Inès devra construire sa propre identité. Elle y parviendra après quelques errances qui la conduiront de Paris en Andalousie, au Mexique, puis aux Etats-Unis. Son improbable rencontre avec Liam, un musicien américain lunatique, et l’étrange relation qui s’installe entre eux au fil des années, conduira en effet Inès à quitter Paris pour New York. Le roman retrace onze années de la vie de la jeune fille, qui saute de l’enfance à l’âge adulte sans toujours s’en rendre compte et par à-coups. Écrit au présent immédiat de la vie qui se déroule, Les treize desserts est une chronique d’initiation singulière tour à tour grave, poétique et cocasse.

Camille Bordas est née à Lyon, en 1987. Elle a passé son enfance au Mexique et vit maintenant à Paris. Elle a fait des études d’histoire de l’art et de photographie. Les treize desserts est son premier roman.



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