Bella Ciao d'Eric Holder Chronique N°1

Bella Ciao Holder eric

Bella Ciao de Eric Holder, Seuil, 180 pages.

L’alcool est l’aspirine de l’âme. (Louis Gauthier)

Le Médoc, entre-mer lumineuse et entregent haut en couleur, est la terre d’élection d’Eric Holder. Depuis La Baine, il le dit, l’écrit, il le chanterait même à la Vincent Delerm. Le Médoc, avec son « ciel bleu layette » n’est pas la destination de prédilection de l’abstinent, en tout cas, pas de celui à qui il reste un semblant de neurone. La Patrie du vin gouleyant et du vigneron intransigeant est le décor du nouvel opus du spécialiste de l’authentique presque rien qu’est devenu Eric Holder.

Atteint par le syndrome Christine Angot, maladie à laquelle sa constitution toujours un peu narcissique d’écrivain nous rappelant qu’il est en train d’écrire ce que nous lisons le prédisposait, Eric Holder se livre ici à une autobiographie à peine voilée : un écrivain, en mal d’inspiration puisqu’il la boit jusqu’à la lie, se sépare de « l’amour de sa vie » Myléna, éditrice, le jour du 14 juillet. Une tentative de suicide après, il tente de se reconstruire en travaillant de ses mains dans les vignes avec Franck, son irascible patron, et observe la vie minimale de Picolette et autres dérivés au comptoir. Il se soigne l’âme donc à grands coups de litron pour retrouver le « pacte sacré » de son couple, celui de la lecture et de l’écriture.

On reconnait le bon ouvrier à ses outils ( proverbe de ma grand-mère dans l’Aveyron mais qu’on doit trouver dans le médoc surement !)

Eric Holder veut le mot juste, l’épure qui transmettra l’immuable beauté du quotidien. J’ai aimé l’ouvrier Holder, bien des fois, dans son travail de la langue juste, ce mot de presque rien qui rend presque tout sensible et infiniment savoureux. Etre à l’écoute de soi dans le monde, même si ce monde est circonscrit, voilà le but de l’ouvrier Holder.

Mais là, ce ne sont plus des chevilles ouvrières qu’il utilise, ce sont d’énormes poutrelles. J’ai donc pris en note, jusqu’à la page 48 seulement ( ensuite j’ai pensé aux arbres et aux castors et j’ai cessé de gâcher du papier) les poncifs utilisés : « un ciel sans nuage, bleu layette » « deux pierres vertes, deux pures émeraudes ourlées de longs cils féminins » le labrador «  sa splendide robe crème le désignait comme prince du paysage » «  la bouche mobile sans arrêt traversee d’impulsions révélait le travail incessant de l’âme » « les cheveux d’un noir de jais sur lequel ricoche la lumière et les muscles moulés sans un pouce de graisses courant sous la peau comme ceux des chevaux. »

Poncif aussi sa vision du vigneron : dur à la tâche et philosophe sur la vie. Et une petite couche en plus sur la beauté du geste millénaire, et de la faible valeur ajoutée de celui-ci dans l’ascenseur social : « Entretient-on à la campagne des écuries d’Augias qui serviront à tester l’ouvrier ? »

Poncif sa vision de l’alcoolisme qui ne transporte que sur des rivages proches et à laquelle je préfère celle de David Mac Neil dans « Tangages et Roulis »  plus rockn’roll ou orgiaque, gaie, rabelaisienne de Blondin.

Poncif et récurent de surcroît chez Holder , « l’amour de ma vie », femme d’abnégation et de littérature, qui accepte un quotidien si bien raté en échange de pages si noircies…Et de l’obtention d’une bourse du Centre National du Livre, que le narrateur et l’auteur ont recus.

Trop ou trop peu de vin interdit la vérité.

L’authenticité du quotidien n’est plus au rendez-vous du coin de comptoir où Picolette seulement, personnage caricatural par nature, vous accueille. Eric Holder n’a dit ici qu’une vérité : il a obtenu une bourse pour écrire et l’a bue.

Bella Ciao, d’Eric Holder, éditions Seuil, 20 Août 2009 180 p ISBN 978202097535

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Abeline Majorel

Quatrième de couverture :

Après 33 ans de vie commune et deux enfants ensemble, Mylena met son homme à la porte. « J’en ai assez ». Difficile de lui donner tort. « Je ne veux plus d’un homme soûl dans mon lit ». On soupçonne pourtant que ces deux-là s’aiment encore. Pour conclure en beauté sa piètre vie, le narrateur décide de s’accorder une dernière cuite mémorable avant de se déshabiller et de se jeter nu dans l’Atlantique. Les noyades sont récurrentes chez Holder, mais cette fois il inverse le thème, l’homme étant sauvé « avec l’aide du courant de baïne ». On est saisi par l’autoportrait si peu glorieux de ce type émergeant de l’eau à quatre pattes comme un chien fourbu, nouveau Robinson. Le matin, au comptoir, des amitiés sans chichis entraînent des propositions de boulot, comme autant de bouées de sauvetage. Notre romancier brisé se reconvertit dans les métiers manuels…



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin