Tino & Tina de Patrice Blouin

Tino et TinaTino & Tina de Patrice Blouin

J’ai opté pour plusieurs titres dont celui-ci, car la quatrième de couverture était alléchante, mystérieuse et intrigante. Il s’agit en fait des premières lignes du roman.

« Appelons-les Tino et Tina. Ils habitent à Paris dans le coude étroit de la rue de Messine. Alors qu’ils avaient quatorze et quinze ans, leur mère avait repris unilatéralement son indépendance. C’était durant l’hiver quatre-vingt-trois. Avant de disparaître, elle leur avait laissé à chacun une chambre de bonne en vis-à-vis, de part et d’autre de la rue. Elle les avait placés là comme ses vigies monstrueuses, disait-elle dans son mot d’adieu. »

J’ai  entamé ma lecture pleine d’espoir, accrochant aussitôt au style raffiné de l’auteur. C’est un livre très court, constitué de très brefs chapitres. Je suis donc entrée dans l’histoire dès les premières pages, pour en sortir au bout de trente. Le style, que je d’abord trouvé beau et élégant tourne vite au verbiage pompeux, avec phrases alambiquées destinées à exprimer des grandes idées métaphysiques, vite effleurées, mais qui pourront suffire à trouver l’ensemble hautement intellectuel.

L’idée de base, à savoir deux adolescents abandonnés placés par leur mère sans raison connue, avait pourtant un joli potentiel. Et cette idée de base, finalement, ne sert à rien, elle n’est pas développée, on ne saura quasiment rien des motivations de la mère, on nous informe vaguement sur les états d’âmes et les interprétations que font Tino et Tina du départ inexpliqué de leur génitrice. On n’en sait pas beaucoup plus sur les protagonistes aux-mêmes, mais de toute façon ce que l’on en sait n’a pas grand intérêt. Le contenu des chapitres me consterne, j’ignore totalement où l’auteur a voulu en venir avec un récit sans histoire, des personnages qui n’en sont pas, des thèmes vainement évoqués. On est clairement dans un thème qui m’a toujours fascinée, celui du double, qu’on devine à plusieurs niveaux…et alors ?
Tout tombe à plat. Enfin non, car pour tomber il faut d’abord décoller. Et là rien ne se passe.
L’ensemble n’a ni queue ni tête, le récit semble décousu. Oui bon d’accord, Tino et Tina symbolisent Charybde et Scylla, ça c’est pour la note culturo-mythologique, ça fait classe, peut-être, mais ça ne suffit pas.

Nous ne sommes ni dans le roman ni dans la nouvelle, mais plutôt dans le brouillon masturbatoire, j’ai du mal à trouver du sens à ce texte qui me fait l’effet d’un OVNI, d’une aberration, d’un délire ésotérique, ou encore d’une expérience ratée, qui justement pour ces raisons-là, pourrait très bien passer pour une œuvre hautement intellectuelle et très profonde.

Personnellement, dans le genre onirique et hermétique je préfère un film de Lynch, au moins on s’amuse à décrypter l’incompréhensible et il y a du sens, à un moment ou à un autre.

J’ai souvent pensé à  une espèce de synopsis incomplet, à une suite d’idées et de pistes à exploiter, car je m’interroge encore sur l’intérêt de la moitié des chapitres. Je me suis même demandé si le texte était codé, s’il fallait avoir BAC+12 pour en saisir toute la subtilité et le propos, ou si un mot clé suffirait à l’appréhender autrement. Je me suis aussi demandé si je n’étais pas complètement stupide, ce qui est fort possible.
Manifestement, l’existence de ce livre m’échappe, la motivation de certains éditeurs me laisse perplexe.
En tous cas voilà qui rassurera les plus feignants et les moins imaginatifs des auteurs en herbe, il est possible de publier ses brouillons, sachez-le, même avec rien dedans.

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 réalisée par madame charlotte.

Quatrième de couverture:

Appelons-les Tino et Tina. Ils habitent à Paris dans le coude étroit de la rue de Messine. Alors qu’ils avaient 14 et 15 ans, leur mère avait repris unilatéralement son indépendance. C’était durant l’hiver 1983. Avant de disparaître, elle leur avait laissé à chacun une chambre de bonne en vis-à-vis, de part et d’autre de la rue. Elle les avait placés là comme ses vigies monstrueuses, disait-elle dans son mot d’adieu.’

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7 total comments on this postSubmit yours
  1. Vous pourriez vous calmer un petit peu et veillez à ne pas trop dépecer un livre qui a bien le droit d’être fragile, faîtes vous les dents sur les livres que vous aimez, et laissez-nous les autres, merci.
    On ne traite comme ça, ni les gens, ni les livres, même pas les légumes, peut-être les bouts de bois (?)…

  2. @sebastien: je pense que la chroniqueuse a le droit d exprimer son opinion et si la faiblesse d un livre vous satisfait apparemment, elle pas… et moi non plus ! Le principe de la critique n est pas d être seulement louange ou absence de traitement pour ne pas blesser. N est ce pas plus blessant pour un auteur de ne pas être lu ? Quand à décortiquer, cher sébastien, une bonne lecture n’est pas que promenade au fil des mots, c est aussi apprentissage, pause, réflexion et analyse. Il n’y a rien d’insultant dans l’analyse de madame charlotte, je pense donc qu elle a tous les droits de traiter les gens, les livres, les légumes et les bouts de bois avec esprit critique … La gentillesse ne se confond pas avec la niaiserie

  3. Bravo pour cette critique! Et merci pour l’avertissement…

  4. Cher tous,
    Vous en avez de jolies choses à dire, je pense que vous devriez écrire les livres dont vous avez besoin, ça me paraît plus simple.

    Ensuite quelques points :

    Je n’ai pas dit que la chroniqueuse n’avait pas de droit, j’ai juste avancé qu’elle devait peut-être en avoir de plus joyeux, enfin je l’espérais.
    Je n’ai pas dit que la faiblesse d’un livre me satisfaisait, je crois avoir parlé de fragilité. Je ne pense pas confondre gentillesse et niaiserie (à part quand je suis amoureux, mais je note le conseil, on ne sait jamais) faisons alors un petit effort en plus pour laisser la faiblesse d’un côté et la fragilité d’un autre.
    Je n’ai pas dit non plus que la faiblesse de ce livre me satisfaisait.
    Je n’ai pas dit que ce livre était faible.

    Je sais, vous avez le droit, car c’est votre opinion de dire ce qu’il vous plait, mais laissez-moi juste ce que j’ai dit, c’est gentil.

    Et puisqu’on en est à la rubrique opinion, oui je pense qu’une opinion, si c’est juste la représentation d’un droit, c’est très symbolique et ce n’est pas aux livres de supporter cette chose (je crois qu’un livre, c’est un objet qui sort son auteur de ses opinions et alors ses limites sont peut-être les opinions de ses lecteurs).
    Le régime général de la critique m’a plutôt l’air celui de la blessure et de l’arrogance et je ne dis pas que certains auteurs ne le mérite pas, je trouve juste que le livre en question ne joue pas sur ce terrain.

    Qui parle de promenade ? Si j’avais trouvé l’analyse de la dame pertinente, je n’aurais pas eu envie d’intervenir, c’est juste parce qu’on est dans l’opinion que je suis un peu navré. Je n’ai pas été saisi par une analyse, je n’ai pas vu de réflexion, mais j’ai appris qu’il y avait encore des personnes pour lesquelles « bac+12″ était une sorte de monstruosité, un grief…

    L’esprit critique c’est aussi parler des livres qu’on aime, je ne comprends pas qu’on ajoute du déplaisir à de l’insatisfaction, ça me dépasse, je m’en excuse.

    Bien à vous.

  5. Voilà une réponse bien tournée, comme je les aime!

  6. Pour finir, quelqu’un a vu quelque chose (et après promis j’arrête) :

    ———————–
    En littérature, le premier pas est une expérience profonde et décisive : si l’aventure doit continuer, elle dessine déjà les linéaments d’une oeuvre future. Mais comment seulement s’y prendre ? C’est le casse-tête d’un écrivain qui ne « manque à personne », comme le disait l’éditeur Jérôme Lindon, et qui prend le risque de transformer sa solitude en singularité dans l’espérance de la publication.

    Certains nouveaux venus cherchent à faire du bruit, et n’échappent pas à la tentation du coup. Comme si l’idée de carrière se substituait à celle de l’oeuvre, et le produit à celle du projet. Il faudrait être déjà presque arrivé, alors que le signal du départ vient à peine d’être donné. Dans une époque aussi vive que la nôtre, pour être remarqué, l’identification d’un livre à son sujet doit souvent être immédiate. C’est le primat de l’énoncé qui prévaut et rapproche la littérature de ce qu’elle ne devrait pas seulement être : médiatrice d’un message et réduite à un simple synopsis.

    Si tel était le cas, Tino et Tina, le premier roman de Patrice Blouin, n’attirerait pas beaucoup l’attention. Son histoire est mince, économe. Elle raconte la destinée d’un frère et d’une soeur abandonnés par leur mère à l’âge de 15 ans, et qui se livrent à un curieux apprentissage de la vie. Tino et Tina vont chercher à s’en approcher par le jeu, la fantaisie, la méditation, pour tisser des liens nouveaux avec elle.

    En matière d’histoire, rien de particulièrement novateur dans ce roman. Il s’agit d’une énième variation sur le thème du double et des enfants terribles. Pourtant, malgré la simplicité de l’argument, il y a une dimension qui porte ce livre plus haut que là où il prétend être. Car cette histoire, son auteur semble parfois la regarder avec distance. Elle s’interrompt à plusieurs reprises, et laisse place à un curieux dialogue entre deux divinités, Charybde et Scylla, qui s’interrogent sur l’écriture de ce livre. Celui-ci tient en effet sur un fil, et c’est un exercice périlleux auquel se livre Patrice Blouin : faire entrer le lecteur dans son histoire sans jamais perdre de vue qu’un roman est avant tout un artefact. L’auteur, sans doute encore hanté par le soupçon du Nouveau Roman à l’égard du récit traditionnel, assume cet héritage, mais persiste dans le travail de l’imagination. Peut-on aujourd’hui croire aux histoires ? Question essentielle quand on décide d’écrire un livre, et de surcroît très courageuse lorsqu’il s’agit du premier.

    Quand le roman se termine, malgré la retenue de Blouin, ses ingrédients sont enfin rassemblés. L’écriture, procédant par petites touches, a fini par dessiner des images, mais interrompues par le livre arrivé à son terme, ce qui engendre une légère frustration.

    Encore une fois, l’intention de Patrice Blouin, pour un premier texte, est d’échapper au grand bluff. C’est une entrée discrète en littérature, qui laisse entendre qu’il n’a pas épuisé ses ressources, et que son premier roman est peut-être déjà travaillé par le livre d’après.

    Amaury da Cunha
    —————–

    Voilà, voilà, …

  7. On m’a demandé mon opinion sur ce livre, je la donne, ce qui explique que l’on soit dans l’opinion, que cela vous plaise au non.
    Je n’ai pas pour habitude d’user d’hypocrisie, ou de faire des ronds de jambe et employer mille tournures délicates pour dire joliment des choses négatives, et je n’en fait pas plus lorsqu’elles sont positives, chacun son style.
    J’avoue humblement que l’intérêt de cette « œuvre » me dépasse, et quand je dis qu’il doit bien falloir un bac+12 pour la saisir entièrement, je vois mal en quoi il s’agit d’un grief.
    Que mon opinion soit différente de la vôtre, peu m’importe, que vous n’aimiez pas ma façon de faire, je m’en tamponne, mais que vous preniez les gens pour des cons en leur prêtant des idées qui ne sont pas les leurs en dit long sur votre pertinente analyse.
    On peut aller loin dans la louange excessive, ridicule et mielleuse, mais là, on ne s’en plaint jamais, essayons donc d’expliquer pourquoi vous n’aimez pas et on vous tombe dessus.
    Bouh, je suis vilaine !
    Mais pas toujours hein je vous rassure, je parle de livres à longueur d’année, que je les aime ou non ;-)

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