Le sari rouge de V.V Ganeshananthan

sarirougeLe sari rouge de V.V. Ganeshananthan – JC Lattès

À la recherche d’une identité perdue

Yalini, jeune femme née sur le sol américain mais appartenant à la diaspora tamoule, est tiraillée entre deux pays, deux cultures, deux conceptions du mariage comme l’illustre la couverture. Elle se voudrait moderne et émancipée mais rêve aussi du sari rouge que portent les mariées dans l’ancien Ceylan, devenu ce Sri Lanka où Cinghalais et Tamouls s’affrontent dans une guerre civile impitoyable.

Ses deux parents ont quitté l’île et se sont connus aux Etats-Unis. Ils l’ont pourtant élevée dans la nostalgie de leur ville natale, Jaffna, et à la faveur de l’arrivée de son oncle maternel, un Tigre rongé par une tumeur au cerveau, elle va reconstituer en l’écoutant et en interrogeant ses autres parents l’histoire de sa famille.

Les chapitres sont de longueur très inégale, ce sont des instants de vie, des pensées qui traversent l’esprit de l’héroïne, des portraits d’ancêtres restés dans la mémoire familiale du fait de leur mort violente ou de leur folie. Yalini tente de se frayer un chemin dans la forêt dense des souvenirs des siens pour reconstituer un arbre généalogique qui lui permettrait de mieux comprendre qui elle est.

V.V. Ganeshananthan montre que les vie de tous les Tamouls immigrés est conditionnée par leur appartenance à cette ethnie minoritaire, dont certains ont choisi la voie de la radicalisation en faisant « allégeance » aux Tigres. Cette frange extrémiste revendique le Nord de l’île et utilise la violence pour imposer ses idées. L’auteur nous présente les faits, sans prendre parti. Dans la famille de Yalini, il y a ceux comme Kumaran, son oncle qui ont opté pour la lutte armée et ceux, comme son père, Murali, qui ont pris le chemin de l’exil et condamnent les attentats tout en comprenant les motivations de leurs auteurs.

Cette lecture, intéressante d’un point de vue historique, ne m’apparaît pas comme une des possibles révélations de la rentrée littéraire. Il manque à ce roman le souffle, la puissance nécessaire pour donner à cette histoire un caractère inoubliable. Tous les ingrédients sont pourtant là ou presque : construction narrative impeccable, quelques portraits saisissants, la présence très forte de la nostalgie … cependant, l’élément essentiel, le « style », celui qui transcende tout écrit et lui donne sa valeur, n’a ici rien de remarquable.

Que retenir de ce roman : une meilleure connaissance du Sri Lanka et une interrogation sur l’identité qui revêt la forme d’une enquête à travers les souvenirs. Yalini a beaucoup appris lors de celle-ci.

 » L’histoire ne peut se terminer systématiquement par un mariage, tantôt elle va plus loin, tantôt on vit seul. Peut-être est-ce que l’avenir me réserve. Peu importe, j’ai appris à me contenter de mon sort, si imparfait soit-il. J’ai appris qu’il est des jours où l’obscurité est impénétrable. Nos vies commencent sans fanfare et s’achèvent sans crier gare. »

Une chronique réalisée par Joëlle


Quatrième de couverture :

« Yalini a vingt-deux ans. Elle est la fille unique d’immigrants tamouls déchirés entre leurs coutumes ancestrales et le monde moderne où ils évoluent à présent. Après l’arrivée au Canada d’un oncle, ancien militant des Tigres, atteint d’un cancer, Yalini exhume le passé de sa famille et découvre le chaos qui règne au Sri Lanka, déchiré par la guerre civile depuis plus de vingt ans. Dans l’histoire tourmentée et passionnée de ses parents, elle trouve un écho à ses doutes, à ses interrogations sur l’amour, le mariage, l’avenir.

Un premier roman bouleversant, écrit dans un style à la fois dépouillé et lyrique, où la réalité se révèle par fragments et dont les personnages attachants, héroïques, aveuglés ou lucides sont les témoins d’une situation tragique et cherchent à se forger une nouvelle identité. »



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