Les Arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski

tellierLes arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski aux éditions Gallimard

Dans un milieu bourgeois, la vie quotidienne des enfants d’une résidence de banlieue aisée, M… (probablement Meudon), restituée par le témoignage de l’une d’entre eux. Comme dans beaucoup de récits où les enfants racontent, la narratrice partage les avantages de la naïveté et de la lucidité, de la fraicheur et de la distance comique, en amnésie de l’aigreur ou de la vulgarité. Les référents culturels et la critique sociale sont sous-entendus, comme une toile de fond qui jamais n’entravera le cours du récit mais viendra au contraire l’enrichir d’une manière intelligente. Jusqu’à un certain point.

Les Arrangeurs s’avère, aux premiers chapitres, être une bonne surprise de la rentrée littéraire 2009. Rien de ce qui est attendu ne se passe réellement : dès le départ, il n’y a aucune place pour la candeur, tout de suite empêchée par l’audace et l’humour. Laurence Tellier-Loniewski est une arrangeuse de l’expression écrite. Son propos est à la fois fort et léger. Dans ce roman, le procédé persan retrouve une seconde jeunesse, Usbek et Rica sont des enfants de dix ans et leur étonnement est irrésistible. On pense à L’Argent de Poche de François Truffaut pour la fraicheur des dialogues, au Blondin des Enfants du Bon Dieu pour la verve intellectuelle et la virtuosité syntaxique et même à Pierre Desproges, pour l’usage ingénieux du passé simple et de l’euphémisme, garant de l’ironie littéraire. Il faudra surtout saluer la manière subtile dont l’auteur évoque l’adultère (un regard d’enfant désarme d’avance toute tentative de grivoiserie ou de voyeurisme), les ex-soixante-huitards embourgeoisés, la racisme et la politique internationale de la fin des années 80, à coup de clins d’œil culturels qui, s’ils cherchent à tout prix à ne pas être pesants, sont toujours drôles. Le mur de Berlin devient prétexte à la construction d’un ersatz secret et miniature dans le jardin de la résidence et sa chute paraît encore plus mystérieuse que son édification. L’expression même de rideau de fer est analysée sémantiquement par l’enfant comme une supercherie parentale, tandis que Nicolas Ceausescu et son épouse sont les héros d’un « feuilleton télévisé épatant », que l’ISF fait trembler les anciens gauchistes, que les anticléricaux, l’émancipation de la femme et le dérèglement climatique sont eux aussi tournés en dérision. La maitrise de l’expression porte l’anodin aux nues dans un récit où les travers bourgeois, même, apparaissent sympathiques et attachants. Bémol cependant : le roman n’est-il pas trop long et la surcharge langagière, amusante de prime abord, n’en fait-elle pas une démonstration stylistique scolaire et prétentieuse ?

Déjà le chapitre sur la jeunesse du père, au début du roman, nous paraissait sur référencé et peu s’accorder avec la légèreté ambiante. La gauche caviar à présent identifiée, le lecteur est sensé se réjouir de l’évocation des pauvres, beaucoup moins légère que ne l’aurait voulu l’auteur, pesante en ce qu’elle recherche à nous divertir avec une stigmatisation maladroite et de mauvais goût de la banlieue nord de Paris. Problème également à la toute fin du livre, avec le laïus sur le cours de l’histoire (« l’Histoire est en marche » etc), si prévisible et là encore assez scolaire, qui nous sert une morale à la petite semaine pour collégiens de troisième générale. Pour qui nous prend-on ?

Même si rares sont les premiers romans qui sortent de l’ordinaire par le haut (on y arrive, avec peine), les Arrangeurs n’échappe pas au travers grand public façon Elégance du hérisson, avec tout ce que cela implique de compatissant, de bienveillant, de familial et, finalement, d’assez ennuyeux. Bien démarré, pas mal mené, mais très décevant sur la fin.

Chronique rédigée par stello-backtage.net

Quatrième de couverture:

‘Aux abords de l’été, nous traversâmes une ère de turbulences. Un épisode maussade, émaillé de giboulées et fortes chutes de température, s’installa durablement, balayant les promesses d’un printemps précoce. La vague de chaleur soudaine qui y mit fin nous anéantit par son intensité. A peine nos organismes chamboulés eurent-ils développé quelques défenses que les bourrasques revenaient en force, charriant un air acide pulvérisé de pollen, qui rendait fou. Le coupable fut identifié : c’était le dérèglement climatique. Le dérèglement climatique grippa les rouages de la mécanique résidentielle. Les uns après les autres, nos parents se mirent à disparaître.’



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