C’est ici que l’on se quitte de Jonathan Tropper

C’est ici que l’on se quitteC’est ici que l’on se quitte de Jonathan Tropper aux Edition Fleuve Noir

Jonathan Tropper, auteur américain, a débuté avec le roman Plan B, non traduit actuellement en français, puis Tout peut arriver, Perte et fracas, Le Livre de Joe et aujourd’hui C’est ici que l’on se quitte s’en sont suivis. Tous ces romans traitent, entre autres, de la famille et de la crise de la trentaine : « j’ai le sentiment que l’entrée dans la trentaine est une période de crise. Arrivé à cet âge, on a généralement construit une famille, on a un boulot stable, en bref, on a posé les bases de sa vie. C’est forcément un moment de bilan, c’est notre dernière chance de changer les choses parce qu’après, c’est trop tard, c’est de là que vient cette angoisse de la trentaine. J’ai l’impression que c’est un phénomène très répandu. » (voir l’interview de l’auteur dans son intégralité ici)

Morton Foxman, le père de Judd, est décédé. Sa famille célèbre alors la shiv’ah. Il s’agit d’une cérémonie juive durant laquelle la famille du défunt se retrouve durant 7 jours dans une maison afin d’honorer le mort. Le problème est que la famille de Judd est pour le moins particulière et que ce que l’on nomme « l’esprit de famille », « la solidarité familiale » lui sont étrangers, le premier chapitre dresse un portrait peu flatteur de la famille Foxman. Pour couronner le tout, Judd est en train de se séparer de sa femme qu’il a retrouvée dans son lit avec son propre patron ! Il a donc perdu femme, travail, maison et père, évidemment, ce n’est pas sa famille qui va l’aider à surmonter tout cela, bien au contraire !
Le titre C’est ici que l’on se quitte évoque le décès de M.Foxman, mais il peut s’appliquer aussi à tous les autres deuils que le personnage principal a du, doit et devra gérer.

Les premières lignes :
« - Papa est mort.
Wendy m’annonce cela d’un ton badin, comme si la chose s’était déjà produite par le passé, comme si ça arrivait tous les jours. C’est agaçant cette façon qu’elle a d’être ainsi détachée, même dans les instants les plus dramatiques.
- Il est mort il y a deux heures.
- Et comment le vit maman ?
- Maman ? C’est maman. Elle voulait savoir s’il fallait donner un pourboire au type des pompes funèbres.
Je ne peux réprimer un sourire, bien que je sois exaspéré par l’incapacité congénitale de notre famille à exprimer ses émotions dans un moment aussi capital. Même dans les circonstances les plus graves, là où toute famille serait d’une parfaite transparence, les Foxman ne peuvent s’empêcher de tricher en rabaissant, en pervertissant les choses grâce à ce don inné qu’ils ont pour l’ironie, le déni. »

Ce roman est écrit à la première personne, de ce fait, je me suis identifiée du début à la fin à Judd. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, C’est ici que l’on se quitte est un roman très drôle. Les dialogues sont vifs et les répliques cinglantes, j’aime beaucoup la répartie de Judd, comme dans cette discussion avec son ex-femme :
« - Tu n’es pas venu à la séance de méditation.
- Je n’aime pas ce type. Il est partial.
- Bien sûr que non.
- Tes seins le rendent partial.
- Arrête, c’est ridicule !
- Ben oui, chacun ses goûts. »
Dans ce livre, la nature humaine est mise à nue de manière humoristique, nos comportement face à l’amour, la mort, la religion sont non seulement formidablement analysés, mais ils sont aussi, parfois subtilement, parfois plus franchement, mis en dérision. Le narrateur ne ménage pas son entourage (qui le lui rend bien) pour le plus grand plaisir du lecteur.
Le roman débute à l’annonce du décès de Morton et se termine à la fin de la shiv’ah. Près de 400 pages pour raconter 7 jours, pourtant, on ne s’ennuie pas : les comportements des uns et des autres sont sans cesse soumis au regard impitoyable de Judd et les rebondissements jalonnent l’intrigue. C’est une lecture très agréable, le style est fluide, sans prétention, on lit ce roman comme on regarde une bonne comédie au cinéma : on rit, on pleure, bref, on passe un excellent moment, pas étonnant d’ailleurs que les précédents romans de Jonathan Tropper aient intéressé Hollywood.
Pour terminer, un petit mot sur la fin du roman (sans la dévoiler bien sûr) : j’ai été surprise par la fin, je ne m’attendais pas à ce que le roman se termine ainsi, mais cela ne signifie pas que j’ai été déçue, bien au contraire.
J’ai eu un coup de cœur pour cet auteur et je lirai sans tarder ses autres œuvres.
Chronique rédigée par Awa74 du blog « Mes petites notes de lectures »

Quatrième de couveture :

Papa est mort. Sa dernière volonté, c’est qu’on célèbre la shiv’ah’, annonce Wendy à son frère,Judd Foxman Une perspective particulièrement réjouissante pour Judd qui nage en pleine déprime dans le sous-sol miteux qui lui sert d’appartement depuis le jour où il a surpris Jen, sa sublime épouse, en flagrant délit dans le lit conjugal avec son patron à lui, animateur vedette de radio, populiste et vulgaire. Démarre donc pour Judd, à l’issue de l’enterrement, ce qui sera peut-être la pire semaine de son existence, coincé entre Wendy, ses gosses hyperactifs et son banquier de mari scotché à son BlackBerry. Sans oublier Paul, son frère aîné rongé par l’amertume depuis qu’un rottweiler a mis fin à sa carrière de joueur de base-ball,Phillip, le vilain petit canard de la fratrie qui annonce ses fiançailles avec sa psy, et, ast but not least, leur mère à tous, à la poitrine et aux talons extravagants, devenue lesbienne sur le tard.



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