La philosophie de Lao Zhang de Lao She

La philosophie de Lao ZhangLa philosophie de Lao Zhang de Lao She chez Picquier

Publié  aux éditions Philippe Picquier

279 pages

La philosophie de Lao Zhang est le premier roman de Lao She (1899-1966), écrit en 1926, deux ans après son arrivée à Londres. A travers la caricature d’un homme avare, Lao Zhang, Lao She nous dépeint une société chinoise en lutte entre tradition et modernisme.

La philosophie de Lao Zhang nous raconte le destin de plusieurs personnages tous liés les uns aux autres d’une manière ou d’une autre. Lao Zhang, le personnage central, est un homme de 45 ans, il est professeur, et rêve de rentrer dans l’administration. Lao Zhang a pour philosophie l’argent et la trinité ( « Il professe trois religions : l’islamisme, le christianisme et le bouddhisme. Il pratique trois activités : l’armée, l’enseignement et le commerce. Il parle trois langues[…] Tout marche par trois. Il n’a même droit qu’à trois bains pour toute sa vie […] »)

Lao Zhang ne vit que par l’argent, il a crée une école pour récupérer les droits d’inscription, en plus de son commerce. Li Ying et Wang De sont ses étudiants, mais suite à une bagarre avec leur professeur car celui avait battu presque à mort sa femme dans la cour de l’école, tous deux partent chercher du travail en ville.

Lao Zhang de son côté complote et manigance pour gagner toujours plus d’argent.

La philosophie de Lao Zhang, qui est le premier roman de Lao She, traçait déjà la direction que Lao She prendrait dans ses écrits. Il écrit ici une satire de la société chinoise de l’époque. Une époque où la femme n’avait aucune condition, si ce n’est celle d’épouse. Il était coutume de battre sa femme, la mode des petits pieds bandés étaient encore de mise. Les hommes pouvaient prendre des concubines (acheter ?), ce que décide de faire Lao Zhang pour réussir à entrer dans l’administration, mais surtout pour gagner plus d’argent. Il réussit à convaincre son « ami » Huitième Sun d’en prendre une également, ce qui lui permet par la même occasion de s’enrichir. Lao Zhang non seulement court après l’argent, mais il est également avare. Il ne mange pas pour ne pas dépenser d’argent, ou bien se débrouille pour se faire inviter.

(Nouvel An : « Lao Zhang travailla jusqu’à l’aube pour calculer ce qu’on lui devait. Perdant alors toute retenue, il but un plein bol d’alcool et mangea trois œufs d’une valeur de trois sapèques l’un. Sa femme eut droit à un repas de bouillie de riz glutineux suffisant pour la rassasier. L’âge avait dû affaiblir les capacités mentales de Lao Zhang, sinon comment aurait-il pu permettre à sa femme de manger à sa faim ? »)

Ce qui est intéressant dans La philosophie de Lao Zhang, c’est le regard que porte Lao She sur cette Chine où il a grandi. Il porte un regard critique sur ce pays qui est le sien. Il dénonce la condition des femmes chinoises, l’attitude des fonctionnaires et de ceux qui détiennent le pouvoir, l’absence de véritable justice.

Lao Zhang représente un peu tout ça à lui tout seul. Les autres personnages représentent la vision idéaliste de Lao She.

On ressent bien ce qu’il aimerait voir dans son pays, dans cette société qu’il a quittée pour le monde occidentale.

L’un des thèmes les plus présents ici est la condition des femmes. Elles sont vendues, battues, n’ont aucun pouvoir et aucune liberté d’expression. Li Jing est la sœur de Li Ying, elle et Wang De sont amoureux, mais Lao Zhang la veut comme concubine. Long Feng est l’amoureuse de Li Ying, mais Lao Zhang veut qu’elle soit la concubine de Huitième Sun, et tout cela pour que son père Long Shugu éponge ses dettes auprès de Lao Zhang.

On constate dans ses deux histoires d’amour similaires le désir de Lao She de rendre le choix de la femme dans son futur époux possible. Mais c’est chose impossible dans cette société très attachée aux traditions. Les deux histoires d’ailleurs ne connaîtront pas un dénouement heureux, bien que les plans de Lao Zhang échouent.

L’écriture de Lao She rend cet ouvrage très agréable à lire, une écriture assez poétique mais en même temps rempli d’humour. Il tourne tout à la dérision, mais en même temps réussi à donner beaucoup d’impact à certaines scènes, je pense notamment à la scène où Lao Zhang bat sa femme dans la cour de l’école, parce qu’un animal a voler un petit poulet.

Je pense cependant que pour apprécier pleinement ce livre, il faut avoir un esprit ouvert et surtout mettre de côté notre vision d’occidental du XXIème siècle.

De plus, on retrouve dans La philosophie de Lao Zhang, un personnage, Quatrième Zhao, qui incarne les croyances communistes de Lao She. Quatrième Zhao fut riche un jour, mais il a tout partagé avec tout le monde. Jusqu’au jour où il s’est retrouvé sans le sou et où tout le monde lui a tourné le dos. Il est devenu tireur de pousse et travaille à L’Armée du Salut. Quatrième Zhao ne demande rien, et refuse ce qu’on lui propose. Il cherche simplement à aider son prochain, et pour cela va s’immiscer dans les histoires d’amour pour empêcher Lao Zhang d’accomplir ses desseins.

Pour conclure, ce livre est un excellent moyen de passer un bon moment à rire mais aussi à réfléchir sur cette société chinoise des années 20, et apprendre par la même occasion certaines pratiques et coutumes. J’avoue que la fin est assez triste, car on pourrait s’attendre à un dénouement heureux, mais Lao She nous montre que malgré toutes ses bonnes volontés, il reste réaliste.

Chronique rédigée par Virginie

A propos du livre :

Toute la philosophie de Lao Zhang se résume en un mot : l’argent. Si l’Harpagon de Molière se contentait de rationner ses invités et d’affamer ses chevaux, Lao Zhang s’affame lui-même et ne se remplir l’estomac qu’aux frais d’autrui. Il change de religion en fonction du prix de la viande. De toute sa vie, il n’a pris que deux bains, et nul ne peut prédire quand viendra le troisième. Inflexible avec ses débiteurs, il exige qu’ils lui donnent leur fille en paiement de leurs dettes… Avec un humour étincelant, Lao Sha raconte les méfaits, combines et exactions de cet impitoyable maître d’école qui a troqué les préceptes de Confucius pour une cynique impudence.

La Philosophie de Lao Zhang est le premier roman de Lao She. Dans cette oeuvre, Lao She aborde nombre de thèmes qu’il reprendra plus tard – la condition féminine, les abus de pouvoir des fonctionnaires – et lâche allègrement la bride à sa verve satirique qu’il exercera à maintes reprises à l’encontre de la société chinoise.

Ce roman resté toujours inédit en France est la première pierre de ce monument qu’est l’oeuvre de Lao She.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin