Le livre des nuages de Chloe Aridjis

le livres de nuages Le livre des nuages de Chloe Aridjis chez Mercure de France

Avant de me plonger dans ce livre, j’avais été très intrigué par le quatrième de couverture. L’extrait présenté a en effet de quoi surprendre. Tatiana a quatorze ans en 1986 quand en vacances à Berlin elle est persuadée de voir Hitler sous les traits d’une vieille femme.

« Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945 tout le monde savait ça… »

Je m’attendais donc à lire une sorte d’enquête mêlant Histoire et science fiction. Mais l’histoire n’a rien à voir. Passée cette vision étrange, nous retrouvons Tatiana quelques années plus tard de retour dans la capitale Allemande pour finir ses études, vivre de petits boulots et trouver un peu de solitude loin de sa famille.

L’histoire, bien que différence de ce que j’attendais, n’est pour autant pas déplaisante. A travers les vagabondages de Tatiana, en recherche d’un peu moins de solitude et d’un peu plus de travail, ce roman nous présente les rêves d’une jeune femme flottant sur son nuage, avançant entre rires et larmes dans une ville remplie de fantômes. Car Berlin doit faire avec un passé lourd et triste dont elle porte encore les stigmates : la guerre, les déportations puis le mur et la coupure. Chloe Aridjis nous décrit une ville moderne avec de hautes tours, des quartiers récents et une grande galerie de métro. Mais parallèlement il y a des lieux qui rappellent le douloureux passé comme de mystérieux souterrains ou le Mémorial aux juifs assassinés d’Europe qui rappellent des heures sombres.

Arrive un jour où Tatiana trouve un petit travail qui lui apportera beaucoup : retranscrire les nombreuses heures de réflexions enregistrées sur un dictaphone par un historien. Ce job va lui permettre d’en apprendre plus sur cette capitale, sur son Histoire et sur ses lieux secrets mais aussi de rencontrer des personnes qui changeront un peu sa vie.

« Le premier texte que Weiss me donnait à transcrire exposait ses idées pour un recueil d’essais qu’il projetait d’écrire, et dont la plupart traiteraient de la phénoménologie de l’espace, spécifiquement à Berlin. Les lieux adhèrent à leur passé, disait-il, et parfois le présent trouve un moyen d’accueillir ce passé et parfois non. Au mieux, une coexistence pacifique s’instaure entre ces plans temporels, mais le plus souvent c’est une lutte continuelle pour la domination. »

Il paraitrait que Paul Auster est l’un de ses admirateurs. Je dois avouer que cela ne me surprend pas beaucoup. En effet, le style de Chloe Aridjis ressemble un peu à celui d’Auster et les promenades de Tatiana dans Berlin font un peu penser à celles de Nathan Glass dans Brooklyn Follies.

Ce livre n’est probablement pas le livre de l’année, sa lecture ne changera pas votre vie ou votre vision du monde. Pour autant, sa lecture est plaisante. Il n’est ni trop court ni trop long, il n’y a pas de fioritures et il n’y a pas à regretter que certains passages ne soient pas plus développés. Chloe Aridjis a réussi à trouvé le bon équilibre pour un roman d’actualité qui aidera sans doute à comprendre un peu mieux nos voisins d’outre-Rhin.

Chronique réalisée par Antoine sur le blog Art.souilleurs

Quatrième de couverture  :

Juste devant moi, dans cette rame de métro bondée, était assise une très vieille femme, presque centenaire je dirais, coiffée d’un foulard qui encadrait un large front, protubérant comme une planète en colère. Elle avait des yeux noirs enfoncés dans leur orbite et un visage carré aux lourdes mâchoires qui était remarquablement masculin. Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945, tout le monde savait ça…

Tatiana a quatorze ans quand elle a cette terrifiante vision. Dix ans plus tard, elle revient à Berlin pour étudier, puis pour y vivre de petits travaux, pour rêver un peu, pour être seule. Elle flotte dans la vie, se promène sur un nuage, ne s’implique jamais nulle part. Son obsession, c’est cette ville et son horrible passé, la guerre d’abord, puis le Mur, la coupure. Elle va croiser d’autres fantômes, se mêler à eux dans les rues, le métro encore, les mystérieux souterrains côté Est, nous entraînant à sa suite dans des récits d’une grande poésie, même s’ils sont parfois très noirs. Jusqu’au jour où la violence va frapper…



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