Loin des bras de Metin Arditi Chronique N°1

arditLoin des bras de Metin Arditi chez Actes Sud, 432 pages

Vera D’Abundo est romaine et pour dépanner une amie professeur d’italien, elle va la remplacer durant le premier trimestre de cette année 1959 dans un pensionnat suisse pour enfants « privilégiés » (comprenez : dont les parents sont riches mais qui trouvent leurs enfants encombrants… d’où le titre du roman). Vera est angoissée par cette rentrée scolaire au milieu d’une quarantaine de garçons, car son cher Lorenzo, lui, a disparu… Elle est accueillie par les soeurs jumelles qui dirigent l’Institut Alderson depuis la mort récente du mari de l’une d’elle, qui était le fondateur de ce pensionnat à la réputation internationale. Les deux soeurs ont d’ailleurs fort à faire pour maintenir la bonne renommée du lieu, d’autant que les inscriptions sont en baisse et beaucoup de dépenses incompressibles…

Mais ce ne sont là que quelques-uns des personnages que l’on va apprendre à connaître et à apprécier dans ce roman choral foisonnant. Des professeurs aux vices ou secrets éventés, des élèves taquins et parfois troublants, des questionnements intimes, des blessures morales, des rapports personnels étroits ou parfois houleux… le tout enveloppé de beaucoup de tendresse de l’auteur pour tout ce petit monde. Son habileté nous contraint d’ailleurs à aimer malgré tout certains individus dont on cherche désespérément les qualités sous leurs couches de défauts. Ce sont tous des individus esseulés qui trouvent une certaine sérénité et un réconfort à être enfermé dans un lieu clos avec leurs semblables. J’ai été particulièrement touchée par Irène Kolowski, qui met en gage des souvenirs de famille pour mieux perdre au casino et Gülgül, le professeur turc de sport et de danse, qui est plutôt drôle, ma foi !

En 119 (!) très courts chapitres alternant les points de vue, avec un talent certain mis au service de récit intime aux personnages bien campés, Metin Arditi nous raconte un trimestre de préoccupations, de doutes, de petites joies et d’espoir dans un monde d’après-guerre où les enfants sont à nouveau innocents mais où les adultes sont encore traumatisés, et pour longtemps. Un très bon moment de lecture (de saison !) que je recommande sincèrement… Bonne rentrée à tous !

Chronique réalisée par Tamara

Quatrième de couverture:

« L’Institut Alderson, pensionnat suisse pour gosses de riches, traverse des jours difficiles et pourrait changer de propriétaire. Aussi le petit cénacle des professeurs vit-il des jours angoissés. Ici chacun panse une blessure ou dissimule un secret : un deuil, le vice du jeu, le déshonneur d’avoir été “collabo”, la lâcheté déguisée en pacifisme, l’opprobre antisémite, des amours “contre nature”, le sentiment d’avoir été abandonné… Dans ce refuge de solitudes et de destins brisés, la paroi des silences se fendille peu à peu, laissant à nu des êtres qui doutent autant d’aimer les autres que de s’aimer eux-mêmes. En courts chapitres extrêmement prenants, Metin Arditi raconte ces quelques mois de crise. Il pousse chacun de ses personnages à assumer ses faiblesses. Metin Arditi est un conteur hors pair et son roman est de ceux qui captivent. Le théâtre, la danse, la littérature nourrissent un récit bondissant, aux ramifications multiples, qui pourtant jamais ne s’écarte de sa magistrale orchestration. »



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