MANAZURU de Hiromi Kawakami Chronique N°1

manazuru

MANAZURU de Hiromi Kawakami, Editions Philippe Picquier, Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu

En lice pour la rentrée littéraire dans la catégorie roman étranger, Manazuru de la romancière japonaise KAWAKAMI Hiromi. Déjà récompensée pour deux de ses nouvelles au Japon par les prix Akutagawa et Tanizaki, il s’agit là de sa 4e œuvre traduite en français

Résumé

Depuis la disparition sans explication de Rei, son mari, Kei vit à Tokyo entre sa mère et sa fille Momo. Une vie tranquille rythmée par le travail et ses rencontres avec Seijy son amant.  Pour échapper à cette atmosphère devenue étouffante, elle prend un jour le train pour voir la mer et se retrouve un peu par hasard dans la petite station de Manazuru. Manazuru, justement une des rares mentions du journal intime de Rei qui pourrait éclairer sa disparition. Un chemin, également, que l’ombre mystérieuse qui tarabuste Kei, souhaite lui voir emprunter…

Mon avis

Un huis clos psychologique dans lequel trois générations de femmes sont enfermées par le secret de la disparition du père, Rei. La recherche de la vérité, le sort de Rei, laisse vite transparaître la quête identitaire de Kei, la mère. Elle erre perdue et son regard sur les choses conduit la narration volontairement disruptive. Ce mari qu’elle aimait temps au point de ne pouvoir dire son nom (c’est-à-dire le détacher d’elle) a comme entrainé avec lui le corps de Kei. Elle paraît buter contre les autres, à la recherche de ses limites personnelles (sa fille qui lui ressemble mais qui n’est pas elle, qui est devenu quelqu’un d’autre qu’elle, le corps de son amant mais qui est marié à une autre..), et contre les choses aussi (le beurre qui est mou et dans lequel on pourrait s’enfoncer).

Elle est devenue une femme poreuse, la douleur à la fois surmontée et vivace, le trou laissé, la béance, l’empêche de se concentrer finalement sur l’essentiel : que s’est-il passé ?

La mer joue un rôle essentiel et fantastique : elle introduit la rupture et du temps et de l’espace, elle permet à Kei de vivre le passé et le présent et même d’appréhender le futur, elle dévoile ou engloutit. L’agenda de Rei également qui ne laisse transparaître quasi que l’ordinaire, mais dont les silences en disent sur Kei. Le récit simple, dévoilant souvent un quotidien banal s’ouvre ainsi de manière inattendue vers un monde irréel peuplé d’ailleurs de fantômes.

Une atmosphère étrange et prenante, dont le suspens nous enveloppe inéluctablement et nous laissant attendre la chute. Un roman à la respiration poétique, comme enveloppé de brume, parfois érotique, qui donne à réfléchir sur l’amour et la relation à l’autre (« Le fait d’être ensemble ne comble pas le vide ! Ca ne supprime pas la souffrance ») dont les mots touchent assurément. Manazuru, un chemin que je vous invite donc à emprunter en cette rentrée littéraire 😉

Chronique rédigée par Sophie Maheo

Quatrième de couverture:

Une femme, sa fille, son amant… et le fantôme de son mari disparu. Non pas défunt, mais mystérieusement évaporé dans la nature. Le seul indice de l’endroit où il pourrait se trouver est le mot «Manazuru» écrit sur l’agenda qu’il a laissé. Ce qui amène sa femme à se rendre régulièrement dans la station balnéaire du même nom.

Comme toujours dans les romans de Kawakami, le temps se tisse lentement et la transparence des coeurs se donne à lire dans les gestes, les étreintes fragiles, la délicatesse des sensations. Mais dans Manazuru plus que dans les autres, la présence d’un monde invisible imprègne le quotidien et bouleverse la géographie sentimentale des êtres. Là, au bord de la mer, il y a un bonheur à saisir entre apparition et disparition, mystère de l’absence et appel de la vie.



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