Maruzza Musumeci de Andrea Camilleri

camilleriMaruzza Musumeci de Andrea Camilleri - Fayard

Traduction : Dominique Vittoz

C’est la première fois que je lisais un roman d’Andrea Camilleri qui ne soit pas un policier. Son commissaire Montalbano m’a accompagné durant de nombreuses lectures passionnantes, mais je viens de découvrir une autre facette de l’auteur, qui a écrit ici un conte ayant pour cadre, comme ses autres romans, sa Sicile natale.

Gnazio Manisco, dont les premières pages retracent l’enfance, a travaillé dès son plus jeune âge comme ouvrier agricole. C’est un être simple, mais pas tout à fait aussi naïf qu’il semble d’abord, et la chance lui sourit puisqu’il réussit, tout miséreux qu’il est, à partir pour les Etats-Unis. Les années passent là-bas, Gnazio se débrouille, trouve du travail, apprend l’anglais, fréquente la communauté italienne, mais quand la mafia lui demande un service qu’il leur refuse, il sait qu’il vaut mieux ne pas rester sur place. Pourquoi pas dès lors rentrer à Vigàta, son lieu de naissance ?

L’histoire débute vraiment alors, Gnazio achète un terrain au bord de la mer, lui qui a toujours détesté tout ce qui est marin. « Monter sur un bateau ? Aller se bambaner sur la mer ? Au milieu des tempêtes ? Se faire sarabouler par des vagues hautes comme une maison de trois étages ? Quand la mer est cafie de poulpes gros comme des chars à bancs et que c’est bien rare si une de ces bestioles ne réussit pas à vous agraper, vous attirer par le fond et vous noyer proprement ? » On raconte de drôles d’histoires concernant ce terrain, mais Gnazio passe outre. A ce moment, il atteint l’âge de quarante-sept ans, tout de même, et lui vient l’idée de trouver une épouse. La mère Pina, guérisseuse et entremetteuse à ses heures, se charge de lui trouver la perle rare, et après quelques tentatives, lui parle de Maruzza, très belle femme qui n’a qu’un défaut, celui de se prendre, quelques jours par an, pour une sirène. « Un soir, l’ancienne arriva, s’assit sur la pierre au pied de l’olivier et réclama, non pas le verre d’eau habituel, mais un gorgeon de vin.

« Cette fois, je crois que j’ai tiré le gros lot », dit-elle.

Gnazio apporta une fiasque pleine et deux verres. Ils burent en silence.

La mère Pina glissa une main dans sa poitrine et en tira un rectangle de carton, mais sans le montrer à Gnazio.

« Quel âge a-t-elle ? »

Elle omet de lui dire aussi que Maruzza a pour seule famille une aïeule plutôt originale. Aller plus loin dans l’histoire serait dommage, mais sachez que je me suis vraiment divertie et délectée de ce roman. La langue en est très riche et originale, il faut saluer le travail de la traductrice qui a su rendre ce patois sicilien de façon très chantante, mais sans que l’on ait l’impression d’entendre une conversation sur le vieux port de Marseille !

Le lecteur se plaît à imaginer ce petit coin de Sicile, les falaises, la maison qui tourne le dos à la mer, l’olivier centenaire, l’étable, puis l’arrivée de Maruzza qui bouleverse ce paysage autant que le pauvre Gnazio.

Ce roman est à déguster tranquillement, en se régalant à la fois des péripéties et des trouvailles verbales : un vrai délice !

Chronique réalisée par Kathel

Maruzza Musumeci de Andrea Camilleri – Fayard -Traduction : Dominique Vittoz

Quatrième de couverture :

« Pauvre émigré sicilien, Gnazio Manisco a réussi en Amérique. Mais quand il refuse un service à la mafia, il sait que ses jours sont comptés et décide de rentrer au pays. De retour à Vigàta, il acquiert une terre en bordure de mer, dont on murmure que le propriétaire précédent est mort d’avoir surpris une étrange créature pleurant sous l’olivier millénaire. Grâce à l’entremetteuse du village, Gnazio pourrait épouser Maruzza Musumeci, une femme d’une grande beauté qu’un trouble peu banal retient jusque-là de se marier : elle se prend pour une sirène. Gnazio est-il l’homme qui saura la convaincre du contraire ?
Entre récit romanesque et conte fantastique, Maruzza Musumeci narre avec sensualité et truculence la destinée d’une famille sicilienne, de 1895 à 1943.
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz »



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