Devina d'Alain Gordon Gentil

devinaDevina d’Alain Gordon Gentil, Julliard

Il est des îles qui étourdissent, illuminent, s’embrasent sous le regard du visiteur et le laissent pantois devant leur beauté charnelle et flamboyante. Alain Gordon-Gentil est né à l’île Maurice et Devina, son troisième roman (après Quartier de pamplemousse et Le voyage de Delcourt) démarre à Souillac, petit village du sud de l’île. Rebecca Martin-Regnault, jeune file blanche de bonne famille, est assassinée. L’enquête est consciencieusement bâclée par la police locale, la maison soigneusement nettoyée, le corps incinéré sous les yeux impuissants de Devina, la gouvernante hindoue de Rebecca. Devina la nourrice, la mère de substitution, la confidente secrète. Devina se refuse à voir Rebecca aussitôt morte aussitôt enterrée, aussitôt oubliée… Devina parle…

Ne cherchons pas ici une ode aux paysages paradisiaques, enchanteurs et idylliques de l’île Maurice. Alain Gordon-Gentil aime son île natale, point de doute là dessus. Mais ici se dévoilent les déchirement ethniques, les conflits interraciaux et interreligieux, latents, rampants, qui vont profiter d’une sordide affaire de meurtre pour resurgir et gonfler, boursoufler les esprits et éclater pour vomir au grand jour toutes les rancoeurs ravalées depuis l’indépendance de l’île. Les blancs prospères et méprisants, les hindous pauvres et cantonnés dans des rôles subalternes, les créoles aliénés par une extrême pauvreté (les musulmans, troisième religion du pays sont très peu évoqués). Ici se déroule un drame qui réduit en bouillie amère les préjugés utopiques qui l’ont pourrait avoir sur la tolérance affichée et apparemment bienveillante et paisible entre les différentes communautés de l’île.

Et puis, au-delà des stigmatisations religieuses et raciales, Devina, femme en souffrance, mère indirecte mais non moins anéantie, offre le portrait d’une femme ravagée, déchirée entre l’utilisation que font d’elle les medias, effondrée par le comportement ignoble, vomitif de la famille de Rebecca et sa volonté de voir la vérité éclater.

Sympathique, ce roman, court et pas désagréable. Peut-être un peu trop bref, un peu trop rapide et ne laissant pas le lecteur se fondre dans l’intrigue et l’atmosphère, s’immerger dans l’intensité des sentiments, haines, passions qui animent l’île après cette affaire, mais attachant pour les amoureux de l’île, dont je suis.

Chronique réalisée par Amanda

Quatrième de couverture :

« À l’île Maurice, terre du métissage et de la coexistence pacifique, un meurtre mystérieux réveille d’anciens conflits intercommunautaires.


Riche héritière d’une famille de sucriers, la belle Rébecca Martin-Régnaud est retrouvée morte dans sa baignoire. Un jeune Indien avoue être l’auteur du crime. Devina, la servante hindoue de Rébecca, n’est pas convaincue par la version officielle du drame. Nul ne connaissait Rébecca aussi bien qu’elle, et certains détails ne collent pas. Naïve, modeste, opiniâtre, Devina relève une à une les zones d’ombre de l’enquête et reconstitue peu à peu les faits. Des tentatives maladroites pour étouffer l’affaire n’ont pour effet que d’empirer la situation en alertant l’opinion publique. Tout le pays se met en ébullition. Les milieux politiques, le monde des affaires, la presse, les chefs religieux, ne peuvent rien pour endiguer les houles qui se lèvent. Rébecca devient le cri symbolique de toutes les douleurs, de toutes les couleurs. Sa mort coule sur l’île comme un filet de sang, irriguant des violences que l’on croyait à jamais enfouies. Au fil d’une investigation qui cristallise les haines et fait ressurgir des rancœurs assoupies, se dessinent d’un côté la personnalité rebelle et passionnée de Rébecca, de l’autre l’abnégation de sa servante. Et puis un jour, tout s’arrête. Le calme revient sur l’île. Devina, qui connaît désormais toute la vérité, choisira pourtant de se taire.


Dans une société multiethnique, prête à imploser à la moindre occasion, s’il s’agit de protéger un équilibre aussi vital que précaire, quel est le prix d’une vie ? Rébecca disait souvent à sa servante que vivre à l’île Maurice, c’était choisir entre le mensonge qui construit la paix, et la vérité qui déclenche la guerre. À travers cette intrigue policière et amoureuse, Alain Gordon-Gentil dresse le portrait émouvant de deux femmes que leurs conditions, pourtant opposées, vont réduire au silence. »



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