Emportez-moi de Patrick Poumirau

poumirau Emportez-moi de Patrick Poumirau – Robert Laffont

Félicien, le protagoniste, attend le métro dans une station de Londres. Il est écrivain et s’en va, enfin, porter son manuscrit à sa maison d’édition.

Il est debout, sur le quai, quand soudain il tombe à terre. Il vient de se faire tirer dessus par la police. Ils l’ont pris pour un terroriste. Pourquoi ? Ils se rendent bien compte de cette terrible erreur, mais trop tard … Qu’est-ce qui justifie que cet homme, Félicien, sur un quai de métro, un dossier à la main, soit pris pour un terroriste dans un pays comme l’Angleterre …?

Et pourtant, l’auteur informe le lecteur que la scène initiale est tirée d’un fait réel … de quoi donner des frissons !

Donc l’homme, Félicien Ramuz, tombe.

La police s’approche. Mince, il n’est pas terroriste. Ils sont tous autour de lui, se demandant comment ils ont pu commettrre cette erreur, se disant que c’est une erreur bien stupide ! Parce que l’erreur est de taille. L’homme semble être bien gravement blessé. Mais ne nous attardons pas sur les risques qu’encourt le coupable pour cette regrettable bavure, et les bouffonneries des agents de police qui se rejettent la faute les uns sur les autres.

L’homme, à terre, murmure des choses inintelligibles, ils ne comprennent pas bien quoi. Il parle d’une certaine Zéza, d’une Clémentine, d’une Barbara, de Jiri et Amiral …

Félicien, lui, est en train de mourir. Ou il est semi-conscient. Ou inconscient. Ou il est mort.

Il parle seul, sans voix, se remémore des épisodes de sa vie. Son arrivée en France alors qu’il vivait avec sa mère Zéza en Algérie. Son enfance difficile, l’école, sa rencontre avec son ami Amiral. Et puis Barbara. La jeune Barbara qui fut son vrai grand amour, et qui l’abandonnera sans jamais lui donner de nouvelles.

Et puis cette jeune Clémentine, dont il parle, et dont on ne connait pas réellement l’identité. Qui apparaitra de temps en temps dans le récit, jusqu’à la fin …

« Suis-je vivant ou bien mort? »

Cette phrase à la page 43 du roman résume bien ce dernier. L’auteur avait-il l’intention de laisser le lecteur dans le flou ? On se demande un peu s’il est vraiment possible de le sauver, malgré le voyage en ambulance, malgré l’opération … On vit tout depuis son propre point de vue, mais on sait, malgré nous, qu’il est plus proche de la mort que de la vie.

Il voit les gens s’affairer autour de lui. Il raconte ce qu’il voit, les discussions autour de lui s’entremêlent avec les souvenirs qu’il revit.

A la page 175, il dit à son ami Amiral : « Je suis foutu, je me sens infirme, qui va m’assister ? ». Il est seul et le sait. Revivre ces moments l’aide à passer … jusqu’à enfin supprimer la zone d’ombre de sa vie.

En refermant ce roman, on en revient à la question de savoir comment se passer le moment ou on est en train de mourir. On dit qu’on revit les moments phares de sa vie. Que tous les passages importants s’enchainent, s’entremêlent dans un rythme très rapide, comme un film en super 8, comme disait Jeanne Cherhal dans sa chanson.

J’ai envie de comparer ce roman « 19 secondes », petit roman de Pierre Charras, qui finalement est le contraire de ce roman. J’en conseille la lecture, qui est très rapide, mais dont l’effet est (en tous cas, a été pour moi) spectaculaire.

Chronique réalisée par Stéphanie

Quatrième de couverture :

« Venu à Londres pour déposer le manuscrit de son premier roman à son éditeur, Félicien Ramuz est pris en embuscade lors d’une attaque antiterroriste dans le métro. Il comprend bientôt que c’est lui qu’on vise, lui le terroriste présumé. Il reçoit plusieurs balles dans le corps, s’effondre. Panique dans la station, cris, hurlements, on s’approche du «corps». Dans le vacarme, Ramuz essaie de se faire entendre, de clamer son innocence, sa bonne foi. En vain. Il voudrait comprendre. Pourquoi lui? Que lui reproche-t-on? Dans une semi-conscience, et pendant que les secours s’activent, il fixe une dernière fois en mots ce que fut sa vie, contemple le visage de sa mère, revit des bribes d’enfance. Surtout, il voit les yeux rieurs de Clémentine… L’univers de Poumirau est à la fois d’une simplicité brute et d’une immense intensité. »



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