Ils l'ont laissée là d'Alma Brami

bramiIls l’ont laissée là d’ Alma Brami – Mercure de France

Résumé :

Déborah est adolescente. Elle a des amis imaginaires. Elle ne parle presque qu’à eux, surtout à l’un d’eux, Romain. Elle s’invente sans cesse des histoires.

Ses parents ne savent plus quoi faire pour qu’elle sorte de son monde fait de toutes pièces. Ils l’emmènent donc dans un hôpital psychiatrique.

Déborah continue à ressasser des souvenirs et des inventions. Elle s’immerge dans un monde sucré, plein de rêves, de gentilles personnes aimantes… elle se cache, s’enfouit dans ce monde de bonheur factice.

Chronique :

Alma Brami réussit à nous raconter une histoire malheureusement banale en la rendant unique et inoubliable. Le roman est très court, mais très dense. Il se lit d’une traite, car on ne peut abandonner cette jeune fille qui crie sa souffrance, dont toutes les pensées (même celles qu’elle tente d’ensoleiller), renferment le désarroi. Ici, aucune longueur n’est à déplorer. L’histoire et les personnages prennent toute la place dans la tête du lecteur. Rien n’est laissé au hasard.

Dès le début, l’auteur nous plonge dans cette atmosphère oppressante qui est le quotidien de Déborah. Elle commence par entourer ses personnages de flou: les parents et la sœur n’ont pas de nom, et le lecteur a du mal à démêler le vrai du faux dans les histoires de Déborah. Petit à petit, le voile se lève: la sœur est nommée, un personnage revient de manière récurrente…

Le style de l’auteur est dépouillé: mots qui frappent, courtes phrases assénées qui racontent le cauchemar en l’entremêlant, comme tente de le faire Déborah, de faux bonheurs, de petits riens qui devraient constituer une vie banale et tranquille.

Je ne saurais recommander une scène en particulier, comme je le fais souvent, car le roman dans son ensemble, est percutant.

Le personnage de Déborah, autour de qui tout gravite, ne manquera pas de bouleverser le lecteur. Pourquoi s’enferme-t-elle dans ce monde? L’auteur laisse quelques indices: son ami imaginaire est un très jeune enfant, elle ne supporte plus la proximité des gens, même de ceux qu’elle aime… Et puis, assez rapidement, tout est dit, et de nouvelles questions se pressent dans la tête du lecteur.

L’auteur nous montre la réaction d’un enfant hypersensible. Quelqu’un de rationnel aurait voulu que la jeune Déborah expliquât tout ce qui lui arrivait dès le départ. Oui, mais un enfant, la plupart du temps, réagira comme Déborah. Tout sera enseveli dans l’inconscient, recouvert par des comportements étranges dont on ne peut deviner la cause. Et puis, l’enfant dont la famille ne le soutient pas le sait au plus profond de lui, alors, il ne dit rien…

Le personnage de la mère est absolument inexcusable. Il n’est même pas sûr qu’elle croyait bien faire, malgré ce qu’elle tente de faire croire. Elle ne pensait qu’à elle, à préserver ce qu’elle avait connu… Par certains côtés, Déborah lui ressemble, à tout enfouir, à transformer les choses pour faire comme si elles ne s’étaient pas passées. C’est une femme tourmentée, et sa façon d’agir fait qu’elle aussi est rongée de l’intérieur.

Il y a quand même un fait un peu tiré par les cheveux: la façon dont elle réussit si bien à cacher ce qui arrive à Rémi. Ce n’est pas très crédible.

Ce roman est une critique féroce du non-dit, du secret, décrivant impitoyablement les ravages que cela peut causer. Une famille d’apparence banale se retrouve saccagée par ce qu’on s’y tait obstinément, parce qu’on tente de soigner le mal par l’oubli, oubli tout aussi faux que le monde dans lequel s’enferme Déborah. Alma Brami montre avec force et talent le danger du silence qui mine, qui rend fou; les dangers de l’absence de communication, du refus à peine dissimulé d’apporter une aide quelconque, les dangers de nier quelque chose en espérant que cela l’effacera…

Ce livre est à lire justement pour ne pas oublier. C’est un cri d’alarme: ne jamais laisser un enfant s’enliser, être à son écoute, même si ça fait mal, si ça peut détruire une partie de soi. Cela vaudra toujours mieux qu’un enfant dévasté pour qui tout espoir est vain.

Malgré la dureté de ces pages, le roman est positif, car il nous met en garde, nous avertit bien mieux que ne le ferait une histoire entendue aux informations, qui serait racontée de manière impersonnelle. Ce roman est un bouillonnement de sentiments et d’émotions.

Chronique réalisée par La Livrophile

Quatrième de couverture :

« Ils l’ont laissée là, ils la reprennent, c’est eux qui décident.

Deborah dit non, elle refuse.

Ils n’avaient qu’à songer au froid d’être seule, de se coucher dans un lit aux draps trop rêches qui ne sentent pas la même lessive que d’habitude. Ils auraient dû faire attention, ne pas croire que, loin d’eux, on règle tout, que les gouffres se referment par magie, par miracle.
Deborah est prisonnière. Prisonnière de l’institut « spécialisé » où ses parents l’ont placée. Prisonnière des histoires qu’elle s’invente — à moins qu’il ne s’agisse de souvenirs. Prisonnière du monde des adultes qui ne la comprend pas et à qui elle ne peut parler. Au fil des pages, articulées comme une mystérieuse mosaïque, la terrible vérité va se révéler…
Staccato de phrases brèves, notes prises sur le vif de l’âme : après Sans elle, son premier roman, Alma Brami, vingt-quatre ans, continue de tisser des miniatures qui nous pénètrent, nous effraient, nous bouleversent, et finalement nous illuminent. »



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