Kart de Frédéric Junqua

KartKart de Frédéric Junqua aux éditions Léo Scheer, 128 pages.

« Lorsque l’équipe d’Ulike.net a proposé aux bloggeurs de chroniquer l’ensemble
de la rentrée littéraire, j’ai sauté sur l’occasion d’être l’une des premières à
découvrir un nouveau livre à peine disponible en librairie. J’ai choisi Kart, de
Frederic Junqua : un premier roman, disait le résumé alléchant qui nous était
proposé, sur un sujet complexe. Voici ce que nous dit, entre autres, la
quatrième de couverture :

« Injustement arrêté, happé par l’autorité en place, un jeune homme est expédié
aux confins du pays rejoindre les brigades du pouvoir. Au début. De férocité en
obéissance aveugle, il se déprend du joug et fait l’expérience de l’humanité. »

Je m’attendais à un livre fort, difficile mais prenant : je me voyais déjà à la
place de ce personnage, me demandant ce que j’aurais pu faire à sa place, un peu
comme cela avait été le cas lors de ma lecture de La Mort est mon métier, de
Robert Merle.

Loin s’en faut : les premières pages m’ont désarçonnée, foisonnantes, riches à
l’excès, bourrées d’effets et trop recherchées. J’ai persévéré, à grand peine…

Un jeune homme, dont le prénom ne nous est pas donné, est victime d’une méprise
qui ressemble fort à une machination. Un homme pousse une jeune femme sous les
rails de métro, près de lui, puis s’enfuit. Les forces de l’ordre débarquent et
l’embarquent, alors que l’on témoigne contre lui.
Emprisonné, martyrisé, privé de toute dignité humaine, il est ensuite envoyé
dans un Centre mystérieux, et deviendra ensuite la recrue d’une sorte d’unité
d’action, au sein de laquelle il commettra des actes innommables mais fera aussi
l’expérience d’une amitié plus forte que tout.

Ce livre m’a peu convaincue. Le style oscille entre trop-plein bourré
d’adjectifs et obscurité aggravée, instaurant parfois une violence et une
tension qui se traduisent également dans les actes du personnage qui tue et qui
jouit, parfois en même temps. On passe allègrement d’une première partie à la
troisième personne du singulier à une fin à la première personne du singulier,
et la couverture, représentant un petit garçon sale et hagard dans une forêt
sombre, est à l’image du roman : on a très envie de vite s’en éloigner.

C’est donc avec plaisir que je propose, comme l’équipe d’Ulike nous l’a suggéré,
de faire de ce livre un livre voyageur, en espérant qu’il trouvera en vous un
lectorat plus compréhensif que je ne l’ai été. Je tiens d’ailleurs à remercier
l’équipe d’Ulike qui a proposé une initiative très sympathique et est bien
étrangère au peu de succès qu’a rencontré ce livre avec moi. Espérons que les
autres livres auront reçu un meilleur accueil ! »

Chronique rédigée par l’auteur du blog Chez Neph

Quatrième de couverture:

Injustement arrêté, happé par l’autorité en place, un jeune homme est expédié aux confins du pays rejoindre les brigades du pouvoir. Au début.

De férocité en obéissance aveugle, il se déprend du joug et fait l’expérience de l’humanité.

Kart est l’histoire de ce jeune homme.

Kart n’est pas ce jeune homme.

Par la parole inapaisée et le choc éblouissant des images, Frédéric Junqua exacerbe vertigineusement cruauté, ressentiments, rivalités, sexualité, tout ce qui se joue d’ordinaire, insidieusement, dans le monde. Les pulsions destructrices du héros sont portées par une écriture minutieuse et flamboyante qui ne cesse de pousser la langue à affronter ses limites, privant le lecteur de toute respiration, le séquestrant à son tour dans une incarnation atypique et sans aucun compromis de la réalité. C’est âpre, violent. Et l’on se prend à goûter avec fascination à cet univers de destruction. C’est là tout le talent de Frédéric Junqua qui, délaissant l’analyse, le récit ordonné pour le partage brutal, primaire des émotions et des sentiments, parvient à nous envoûter et à nous entraîner dans la vrille du chaos.

Kart fait partie de ces œuvres à part, dérangeantes et incroyablement puissantes. Un voyage étourdissant et sensoriel dans l’expérience d’un homme qui, loin de chercher à fuir sa terrible réalité, est résolu à s’y engager le plus possible. De l’absurde à la violence, Kart est un voyage cauchemardesque, purement émotionnel, débordant de vie.

Biographie de l’auteur:

Kart est le premier roman de Frédéric Junqua, né en 1966 dans le sud-ouest de la France. Il vit à Paris et travaille pour la musique – il a notamment dirigé le label Virgin France et créé les éditions Kitsuné – et le cinéma – il a notamment coproduit le film La Science des rêves de Michel Gondry en 2006 ; en 2009, il est producteur associé du deuxième long-métrage de Kim Chapiron, Dog Pound.

Pour poursuivre :

Un entretien de l’auteur et une lecture d’un extrait de son livre.



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