L’été chagrin de Henri Husetowski

chagrinL’été chagrin, Henri Husetowski, Buchet Chastel, 254 p.

C’est difficile de survivre en juillet 42, au moment où la violence décuple, quand on est un peu juif, à moitié orphelin et quasi pubère !

David, ou plutôt Daniel, va perdre ses quelques repères familiaux durant cet été de guerre : éloigné de sa mère au moment d’une rafle, il trouve refuge chez Fetnat, un noir musulman, puis chez Madame Lafayette, »l’aimeuse » et enfin chez un couple à la campagne.

Au moment où il aurait besoin d’être rassuré sur le bon développement et l’usage de son sexe, il n’a comme interlocuteurs qu’un jeune juif timide et un adolescent plus âgé avec qui il entretient des relations conflictuelles.

C’est plus qu’un enfant peut supporter psychiquement ; les arrestations et les exécutions sommaires dont il est témoin vont finir de le plonger dans une sorte de folie vengeresse qui le conduit à crier, injurier, casser, tuer.

Henri Husetowski parle à la première personne et utilise un langage volontairement enfantin et maladroit pour renforcer cette impression de confusion et de détresse qui domine le roman. Les épisodes où David Daniel perd pied et s’enfonce dans des délires de persécution sont écrits en italiques et leur fréquence augmente au fil des pages.

Ce récit, caméra à l’épaule d’un gamin de 11 ans, déconcerte et agace par moments,  mais il a le mérite de sortir des sentiers de l’Histoire lisses et manichéens où les enfants sont gentils, polis, innocents et les adultes des résistants déterminés ou de sinistres hitlériens.

Chronique rédigée par Marie-Jeanne Chambrion pour Chermedia

Quatrième de couverture:

C’est pas la première fois que je vois ma mère pleurer, elle pleure quand elle veut, elle a des facilités. J’ai pas envie d’aller vers elle, un truc bizarre vient de se produire, elle est devenue comme moi, un enfant, elle n’est pas comme je croyais jusqu’à maintenant, elle n’est pas une grande personne. Le monde entier n’est plus pareil, tout vient de s’écrouler. Je me dis que j’ai que dix ans, que dix ans !

Durant l’occupation allemande, les 16 et 17 juillet 1942 a lieu la rafle du Vél d’Hiv à Paris. D’autres rafles ont lieu simultanément en France. L’histoire de David se déroule avant, pendant et après ces dates fatidiques, en trois semaines, quelque part en France, dans une ville où les Juifs sont raflés en une nuit.
« Ancien Juif », David vit avec sa mère, madame veuve Duval. Son meilleur ami s’appelle Yacov, c’est un garçon gros et sale, qui lui fait parfois un peu honte.
Madame Souslovska, avec ses pantoufles vertes, Fêtnat, Sénégalais et musulman, Chopinette la clocharde du quartier qui picole, Régala l’épicier qui, paraît-il, n’aime pas les Juifs, madame Lafayette qui se balade à poil, l’abbé Noisiel qui l’a baptisé, ainsi que d’autres personnages font partie de son monde que les événements vont anéantir. Soudain il faut tout quitter et partir loin.
L’Eté chagrin est un premier roman qui a la facture d’un classique. L’auteur dose habilement monde de l’enfance et chaos de l’Histoire. Comme tous ceux qui l’ont croisé, le lecteur sera touché par la personnalité du jeune David et par son destin.

Henri Husetowski est né à Bordeaux de parents émigrés de Pologne. Éducateur, il est aujourd’hui à la retraite et vit à Paris. L’Eté chagrin, son premier roman, est inspiré de faits réels. A suivre : Le Printemps des pères.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin