L’Incendie du Hilton de François Bon

bonL’Incendie du Hilton de François Bon – Albin Michel

La narrateur-auteur, invité au Salon du Livre de Montréal, loge au Hilton au sein duquel, au 3ème sous-sol, se tient le Salon. Au beau milieu de la nuit, un incendie se déclare, et l’hôtel doit être évacué. Se retrouve alors sur le trottoir, dans la patinoire ou la gare, des anonymes, mais aussi des auteurs et des footballeurs professionnels.

Durant cet intervalle, ente 1h50 et 5h50 du matin, le narrateur-auteur observe, déambule, échange de brèves conversations avec un vieil auteur, mais aussi les frères Rolin, on parle de Marc Lévy et, heureusement, de Nathalie Sarraute, de George Pérec, de Samuel Beckett… Au sein de cette ville moderne plongée dans la nuit, l’auteur nous mène dans les coulisses, derrière le décor.

L’enjeu pour l’auteur était le suivant : que le lecteur lise ce roman en 4 heures… ces 4h que l’auteur lui-même a passé, à attendre pour réintégrer sa chambre.

Au milieu du récit, de cette attente durant laquelle finalement il ne se passe rien, ou si peu, où tout le monde attend… viennent se glisser des anecdotes diverses : stage de récupération des points du permis de conduire ; comparaison avec ce qu’ont pu vivre les gens coincés dans le World Trade Center le 11 septembre…

Mais ce qui m’a surtout intéressée dans ce roman, (mais est-ce bien un roman ?), c’est davantage de suivre la création même du roman qu’on est en train de lire : comment naît un sujet de roman à partir d’un événement, comment le faire accepter par son éditeur, comment le mettre en œuvre… comment concrètement on réunit les éléments ; comment l’on passe d’une prise de note sur un carnet à la rédaction… En cela la page 15 est un délice :

« J’ai toujours travaillé en double, avançant à la fois le livre et le projet : dans les anciens carnets, en page de gauche des listes, des bribes de plans et des éléments à se remémorer, des noms, des lieux. On note des titres de livres, on découpe ou recopie des bribes d’articles, on stocke des images, autrefois découpées, maintenant repiquées sur l’écran, on bricole des plans, des schémas avec des flèches et des assemblages, puis ces bouts de phrases, celles qui viennent dans la nuit, qu’on tient précautionneusement devant soi au lever pour les déposer dans le cahier qui les garde, la date avec le texte, ou juste comme ça, dans la rue. Et puis, autrefois page de droite des carnets, le récit linéaire, ses ajouts, reprises, corrections. Je gardais tout cela dans une veille valise noire : mais longtemps que l’ordinateur avait mangé d’abord les versions en cours, puis les carnets eux-mêmes. »

La citation est longue sur le papier (enfin sur l’écran) mais ce passage est une merveille pour moi… je regrette cependant qu’il n’y ait pas eu davantage de passages de ce style !

Parce que oui, il faut bien reconnaître que ce roman, sans vraiment me déplaire, ne m’a pas non plus totalement emballée. Le sentiment est complexe et je me demande si finalement ce n’est pas ce qu’a voulu l’auteur. Les déambulations physiques et mentales de l’auteur entraînent le lecteur dans un flou, dans la difficulté de retenir les événements. Finalement, une fois le roman refermé, je me rends compte qu’il m’en reste très peu et pourtant je ne peux pas dire que ce soit mauvais, lent ou je ne sais quoi… il y a même quelques bons passages, et peut-être n’ai-je, tout simplement, pas d’avis tranché. J’ai suivi toutes ces déambulations comme menée, un peu malgré moi, mais sans réel ennui, j’ai vécu cette expérience comme guidée, comme si l’auteur me tenait par la main et que, comme lui, je laissais passer ces 4 heures de réveil forcé…

Une chose cependant m’a quelque peu déstabilisée, voire laissée seule sur le trottoir devant l’hôtel : des phrases parfois alambiquées. Voici quelques exemples :

– « L’évacuation, la descente en groupe serré, qu’on contraignait à se précipiter, dans les quine étages étroits… » (p.96)

–          « Qui de nous pour ne pas aimer les gares ? » (p.105)

Effet de style ? j’ai tenté de comprendre la raison de ces phrases… les allusions à Beckett, à Nathalie Sarraute me donnent à penser que François Bon, dont j’avoue connaître très mal l’œuvre, participe de ces auteurs qui, à la suite des Nouveaux Romanciers, cherchent avant tout à briser l’illusion romanesque, et à valoriser le style, à donner sa place au lecteur, non en le caressant dans le sens du poil, mais en lui donnant du fil à retordre, en éprouvant son acte de lecture pour mettre en avant qu’un roman est avant tout un texte écrit et non une histoire que l’on raconte.

En conclusion, je dirais que ce roman témoigne sans doute d’un grand auteur, on est sans aucun doute loin d’un Marc Lévy ou autre, mais que, sans me déplaire, ce roman ne m’a pas embarquée assez loin pour qu’il fasse partie de mes romans clefs.

Chronique réalisée par Anne-Claire

Quatrième de couverture :

« Le 22 novembre 2008, en pleine nuit, alerte incendie au Hilton Montréal. Quinze étages plus bas, sur trois niveaux souterrains, le Salon du livre. Les écrivains logés là, les footballeurs professionnels de la Gray Cup sont parmi les 800 personnes évacuées dans les couloirs du métro, une patinoire vide et le Tim Hortons, le bar de la gare centrale. Soudain la ville et ses buildings vus à l’envers, depuis les coulisses. Et tous ces livres dans le sous-sol vide. Construire les quatre heures d’un récit qui se tiendrait au plus près des quatre heures à errer dans la nuit, de 1 h 50 à 5 h 50 exactement, entre rencontres réelles ou rêvées, et l’idée renversée de la ville. Un incendie dans le livre ? »



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin