La Lumière et l'Oubli de Serge Mestre Chronique N°1

mestre

La Lumière et l’Oubli de Serge Mestre chez Denoël

Sixième ouvrage de serge mestre, la lumière et l’oubli repose sur une construction minutieuse, intercalant le récit des différentes époques durant lesquelles se déroule l’histoire. Le roman s’ouvre sur l’évasion d’Esther et de Julia, en aout 1953. On ignore tout d’elles, de leurs histoires, de leurs drames, tout, exception faite de leurs prénoms et de leurs âges. Si au début l’action est assez linéaire, elle devient progressivement plus complexe a chacun de ces allers-retours temporels et avec l’apparition d’une quantité de personnages, en apparence secondaire, mais qui auront /ont eu une importance considérable dans la vie de Julia et d’Esther. On apprendra par la suite les raisons qui les ont conduites toutes les deux dans ce couvent-prison, le destin terrible de leurs parents respectifs. Les débuts de leurs vies en France et leurs vies de femmes ne sont pas laissées en reste, évitant de les réduire en simples portraits ; permettant ainsi de donner à ces deux personnages des personnalités plus palpables.

A travers le destin de ces deux adolescentes réfugiées en France, c’est toute une époque, un pan de l’histoire très récent et souvent mal connu dont il est ici question. De la dictature de Franco et du régime de terreur qui en découla, que savons-nous véritablement ? Peu de choses, à moins d’y avoir été directement concerné en raison de son histoire familiale ou de s’y être intéressé par curiosité  intellectuelle (ou d’avoir fait des études d’Histoire). Les manuels scolaires restent encore très discrets sur la question. Autant La Lumière et l’Oubli est parfois d’une précision qui peut s’avérer fastidieuse, autant la peinture de la vie quotidienne en Espagne sous Franco est dramatiquement édifiante. Un roman, oui, mais un roman qui suscite des interrogations, une envie d’en savoir un peu plus.

S’il ne fait aucun doute que c’est un roman travaillé, le résultat semble parfois un peu trop artificiel à la lecture, très bien écrit, mais manquant de spontanéité. Le sujet cependant, ne s’y prête pas forcément, et sa nature colle très bien au type d’écriture ; cependant, il y a des moments très lyriques, pleins de sens mais dont la présence détonne au milieu d’une telle précision, trop bref pour prendre réellement place.
Du point de vue de la fiction proprement dite, le début est très crédible, mais plus le roman avance, plus certaines situations, certaines révélations comportent un aspect rocambolesque qui s’accorde difficilement avec le réalisme du récit, notamment une certaine lettre dont le contenu m’a semblé pratiquement surréaliste compte tenu de l’auteur de la lettre et de son destinataire.

Pour résumer, La Lumière et l’Oubli est un roman intéressant et instructif, à la structure riche et complexe mais dont certains ressorts peuvent laisser perplexe.

Chronique réalisée par Le Livraire

Quatrième de couverture :

« 1953, quelque part en Catalogne, deux adolescentes trompent la vigilance des gardes civils, sautent du train et s’enfuient à travers la campagne. Filles de Républicains espagnols, Esther et Julia échappent ainsi à leur sort dans une Espagne soumise au joug franquiste. Mais c’est trente-cinq ans plus tard, en France, qu’elles retrouvent la pleine mémoire de leur aventure. Par vagues successives, le souvenir brûlant les submerge et l’Espagne qu’elles ont fuie ressuscite en une fresque irréelle et terrible où se croisent de multiples destins : enfants martyrisés dans les couvents, lourds secrets des familles adoptives, médecins convaincus de pouvoir extirper « le gène du marxisme », résistants passeurs qui risquent leur vie à la frontière…

Bien au-delà d’un classique roman historique, La Lumière et l’Oubli est une épopée du souvenir, où remontent d’étranges coïncidences familiales, révélant à chaque personnage la face cachée de ses origines. »



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