Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis Chronique N°1

baycityLe ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis aux éditions Sabine Wespieser

Amy Duchenay vit dans une banlieue ordinaire de l’Amérique des années 70. Maisons ordinaires, voisins ordinaires, ciel mauve rempli des fumées des usines de Flint et pour toute distraction, le k-mart local.
Amy est une enfant de l’Amérique qui aime la musique d’Alice Cooper, « welcome to my nightmare ». Et même si à la maison on parle parfois français, que l’on aime les croissants et la baguette, Amy ne connaît que le ciel de Bay City.
Pourtant Amy souffre d’obsessions, alors même que toute judéité a été gommé par sa mère et sa tante qui ont été converties au catholicisme par leurs parents adoptifs, et bien que née en 1961 Amy est une survivante d’Auschwitz qui ne se sent à sa place ni dans le monde, ni dans l’au-delà,

Amy manque cruellement de l’affection de sa mère et envie sa sœur morte « Cette fille a toujours eu plus de chance que moi. Elle est morte à la naissance. » Elle va chercher auprès des garçons, cette affection qui lui fait tant défaut et multiplier les rapports qui lui font oublier un instant ses cauchemars.

Amy est confiée le plus souvent à sa Tante qui nettoie inlassablement cette maison de tôle de Veronica Lane où ils habitent tous. Betty réunit secrètement des souvenirs des 48 membres de la famille morts à Auschwitz, jusqu’à héberger dans un cagibi de la cave les fantômes de ses parents.

Le roman est pesant, lourd, obsessionnel : le ciel de Bay City, le fantôme de cette sœur morte, les fantômes des grands parents, les cris dans la nuit reviennent sans répits comme les obsessions d’Amy. Sans espoir de rédemption.

Le style est dur, voire douloureux. Amy ne cesse de vouloir mettre fin au « traumatisme transgénérationnel », par le feu, par la mort de sa famille, par sa propre mort.

Il y a du Primo Levi dans Catherine Mavrikakis, qui montre au lecteur à la fois la douleur du survivant et à la fois l’immuabilité du temps. « A Auschwitz en 1995, comme en 1945, il faut faire les choses dans le respect du site. C’est indiqué partout dans le camp et le visiteur doit se soumettre aux ordres. »

Combien de temps encore les descendants de l’holocauste ne pourront échapper à leur histoire, Amy essaie de protéger sa fille Heaven de tout passé et de l’ancrer plus encore sur cette terre d’Amérique.

Chronique de la rentrée littéraire septembre 2009 rédigée par : Isabelle Galy

Quatrième de couverture :

Dans cette ville du Michigan où elle est née, entre supermarché, autoroute et lycée, tout destine Amy à l’adolescence sans histoire d’une jeune Américaine type. Tel est bien le souhait de sa mère, juive polonaise venue sur ce continent tout neuf pour tenter d’échapper au passé familial. Mais dans la maison de tôle de Veronica Lane, les fantômes ne se laissent pas oublier. Les nuits d’Amy sont hantées par d’horribles cauchemars, où resurgissent étrangement les suppliciés de la Deuxième Guerre mondiale, comme aussi le visage de sa soeur aînée morte à la naissance. Ses jours eux sont habités par de sourdes obsessions, qui peu à peu se matérialisent dans une course contre la montre pour échapper à la malédiction familiale, dont le ciel toxique de Bay City se fait l’écho. Le roman détaille les jours cruciaux de 1979, pendant lesquels le destin de la narratrice va basculer : le 4 Juillet, fête de l’Indépendance et jour de ses dix-huit ans, la maison de tôle prend feu. La famille entière part en fumée, dans un saisissant retour de l’histoire, laissant Amy face à son présent.



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