Le cœur en dehors de Samuel Benchetrit

benchetritLe cœur en dehors de Samuel Benchetrit – Grasset

Dans une interview accordée au site Evene.fr en janvier 2006, Samuel Benchetrit disait au sujet de ses Chroniques de l’Asphalte « La banlieue, c’est comme partout : il y a des gens qui sont très bien ensemble et qui s’aiment. ».

A mon sens, cette phrase peut très bien s’appliquer à son dernier roman, Le cœur en dehors.

A la manière de Howard Buten dans Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué, Samuel Benchetrit utilise la 1ère personne du singulier et la gouaille d’un enfant de 10 ans pour nous raconter la journée de Charly.

Il écrit vrai, sans tomber dans l’écueil de la niaiserie et arrive à émouvoir son lecteur par de petits fragments de poésie disséminés ça et là : « Mon temps préféré c’est le futur. En primaire, c’est le premier que j’ai retenu. Je trouvais le présent ennuyeux, et le passé triste. »

Le 1er chapitre intitulé La vie, plante le décor. Charly a 10 ans, il habite dans une cité, il a une bande de copains, il passe plus de temps à jouer au foot qu’à étudier, mais il est sensible à la poésie et est attaché à sa cité : « Pour moi, tout est mieux ici qu’ailleurs. »

Le récit démarre lorsque la mère de Charly, en situation irrégulière, est emmenée par la police sous les yeux de son fils, dissimulé derrière une porte, et il suit le déroulement de la journée de ce dernier, les chapitres ayant pour titre l’heure à laquelle l’action se déroule.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, Charly n’est pas l’archétype de l’enfant de banlieue défavorisé : il va au cinéma et au restaurant une fois par semaine, sa mère a du maquillage, des parfums. Ils ne sont assurément pas riches mais ne se trouvent pas non plus dans la plus extrême pauvreté.

Et surtout, Charly est heureux. Par moments, il se compare aux autres enfants de la cité et il se sent chanceux car il n’est pas seul, il a sa Mère, l’amour, la présence et la confiance de cette dernière.

L’histoire se passe dans une cité mais ce n’est pas son aspect le plus important à mes yeux. Samuel BENCHETRIT nous raconte la journée d’un enfant qui subit un coup dur et qui va devoir s’en sortir seul avec ses propres armes à savoir son espoir, son envie d’apprendre et de continuer à avancer mais également son amour des mots.

Charly aurait aimé inventer une expression qui lui survive. Pour cette raison, il admire ceux dont la formule a fait mouche. Rosemonde Gérard et son célèbre « Car vois-tu, chaque jour je t’aime davantage, Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain. » est citée à plusieurs reprises.

Après avoir fait le tour de sa cité pendant une journée, c’est un autre Charly qui se retrouve le soir à son point de départ. Pas tout à fait un autre mais plus tout à fait le même. Il a toujours 10 ans mais il a mûri et l’avenir qui s’offre à lui est bien différent de celui qui se présentait à lui à peine quelques heures auparavant.

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. O sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié ! »

Arthur RIMBAUD – Une saison en enfer – Jadis, si je me souviens bien…

Loin des clichés sur la banlieue et de tout misérabilisme, Samuel BENCHETRIT nous offre sa vision optimiste, pleine d’espoir sur un monde qui si il n’est pas toujours tendre avec nous, nous offre néanmoins de belles choses grâce notamment à la poésie.

Sans crier au chef d’œuvre, je parlerais d’une lecture émouvante, sensible et délicate.

Chronique réalisée par Restling

Quatrième de couverture :

« Ce roman, c’est l’histoire de Charlie Traoré, un gamin, dix ans, black d’origine malienne, adorable, vivant en banlieue, entre la Tour Rimbaud et la Tour Simone de Beauvoir, et dont tout l’univers se résume aux copains, à une amoureuse prénommée Mélanie, à son frère drogué, et à sa mère surtout – qui, au début du livre, est  » appréhendée  » par la police car ses papiers ne sont pas en règle. Pendant toute cette journée (les chapitres du livre, d’ailleurs, se contentent d’être titrés par l’heure qui tourne), Charlie va errer dans sa cité. Il va chercher son frère Henry, rendre viste à des braves gens, frôler des voyous, jouer au foot, sécher l’école, rêver, suivre ses folles associations d’idées, ses digressions d’enfant-adulte, attendre sa mère, si douce, si aimante…
Mais ce roman, c’est surtout une langue, un style, une vision innocente du monde. Ici, c’est Charlie qui parle, pense, regarde – et il est alors difficile de ne pas évoquer à son sujet le légendaire Attrape-cœur de Salinger. Car le petit Charlie est vraiment attachant et le regard qu’il pose sur sa  » cité  » sordide et magnifiée est, à chaque ligne, rempli de drôlerie et d’éblouissement. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une Tour. A la fin du roman, il saura que c’était un poète qui dit des choses qui lui semblent vraies et proches. Son Odyssée de l’aube jusqu’au soir, est de celles qui ne s’oublient pas. Pas l’ombre d’un misérabilisme ici : un enchantement de tendresse et d’humour. »



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