Le roman de l'été de Nicolas Fargues

farguesLe roman de l’été de Nicolas Fargues , P.O.L éditeur.

Il y a pire, mais que cela ne rassure pas. Le Roman de l’été se déroule dans un village du Calvados à la saison estivale et met en scène un père et sa fille (John et Mary Bennett, bourgeois parisiens français d’origine américaine), leurs voisins les Lejuez (d’un milieu sensiblement plus humble) et quelques autres figures périphériques qui viendront pimenter ou amuser la galerie (une jeune Italienne sulfureuse, un minet bobo, un maire sarkozyste et vulgaire, un groupe de jeunes des cités en vacances). La première aspiration du lecteur exigeant est d’en avoir fini au plus vite (après les trois premières pages, un peu près). La seconde, une sorte de deuxième effet Kisscool, est celle d’apprécier que l’auteur n’ait pas la prétention de marquer son époque ou quoi que ce soit d’autre, et elle fait passer un moment agréable en lisant ce petit livre.

Les romans de Nicolas Fargues sont à la littérature ce que les téléfilms rassurants et drôles sont au cinéma. Nous ne sommes pas en présence d’un écrit à la littérarité affolante mais d’un roman qui aura au moins le chic de ne pas se prendre au sérieux et de nous amuser. John Bennett, la cinquantaine, un homme à femmes notoire, vieux beau qui cherche à perdre du ventre, a décidé de s’installer à plein temps dans la maison de campagne familiale afin de se retirer de la vie parisienne et surtout, surtout, d’écrire un roman dont il nous livre les balbutiements et les ratés, prétextes à d’irrésistibles méditations sur l’art du roman ou la littérature, amusantes et cyniques, jamais prétentieuses. Toujours avec la même distance, Nicolas Fargues s’amuse à croquer les prolos normands, les pieds plats parisiens amateurs de Revival Rock, les politiques de province, les journalistes de télé aux pitoyables ambitions littéraires. Il offre, en prime, de jolies réflexions sur le couple, il tranche par la vivacité réaliste de ses dialogues (un art qu’il maîtrise), il réussit surtout à mettre sur pied une histoire qui intéresse le lecteur. Minimum, penseriez-vous. Malheureusement, les germanopratins de la rentrée sont aux aguets, ne vous raconteront rien du tout et feront semblant de savoir écrire en tentant des phrases de plus de trois propositions indépendantes chacune (l’asyndète ou l’arme de frappe des apprentis oubliés) sans jamais nous convaincre. Ici, disons qu’on limite les dégâts avec humour.

Plutôt bien construit, le texte de Nicolas Fargues se tient, se lit, se savoure au bord d’une piscine avec un Coca-cola glacé. Sa facture divertissante change les idées, on se le passe de mains en mains, quitte à ce que le sacro-saint barbecue du mois d’août décore de médaillons arty sa belle couverture blanche. Que le roman bouleverse ou qu’il impressionne serait bien trop en demander. On l’aurait lu en bibliothèque, ou sagement dans les chambres, à l’heure de la sieste. Ce n’est pas l’enjeu, de toute manière. Qui, encore, y arrive en France ? Personne dont on connaisse réellement le nom.

Le Roman de l’été est un donc très bon Je Bouquine pour adultes, ce qui n’est pas forcément un mal, au regard du nombre d’arbres encore sacrifiés cette année pour cette impressionnante rentrée littéraire. S’il n’y avait que du Nicolas Fargues en librairie dans les nouveautés, on aurait néanmoins le devoir de se poser des questions sur l’avenir du roman français.

Chronique rédigée par stello-backtage.net

Quatrième de couverture:

« Pas facile, à 55 ans, de se mettre à la littérature. Surtout par un si beau soleil dehors. Et votre fille qui annonce qu’elle amène une copine italienne pour les vacances. Sans compter les voisins d’en face qui, dès que vous vous décidez enfin à prendre la plume face à l’océan, voudraient vous faire comprendre que, tout ce qu’ils demandent, c’est une vue sur la mer eux aussi. »

C’est le début des vacances d’été dans le Cotentin. Après une vie d’échecs divers, John, 55 ans, voudrait se mettre à la littérature. Mary, sa fille, lui annonce son arrivée prochaine, avec son compagnon et une nouvelle amie italienne. Jean, lui, est sur le point de partir en retraite de son emploi de soudeur de coques de sous-marins à la DCN de Cherbourg. Il est marié à Claudine. Ils ont un fils, Frédéric, employé à la SOREDA, l’usine de retraitement de déchets nucléaires de la région. Le rêve de Jean : percer une ouverture dans le mur de sa maison pour voir la mer. Seulement, le bâtiment étant construit en bordure du terrain de John, il faudrait l’accord de ce dernier. Chassés-croisés entre les deux familles sur fond de petites manoeuvres politiques du député-maire du village. Malentendus, quiproquos, instrumentalisation des uns par les autres, incommunicabilité intrafamiliale et interculturelle, amours déçus. Sur le ton de la comédie de moeurs, Nicolas Fargues s’est attaché, comme dans tous ses livres précédents, à faire tomber les masques. Pour dire en riant, que, malgré les liens qui nous unissent les uns aux autres, nous sommes et resteront toujours tous seuls au monde. Pour également brosser un tableau de la société française contemporaine à la fois incisif, précis, ample et sans appel. On peut dire qu’il est, de ce point de vue, un des héritiers de Perec : son sens de l’observation et du détail significatif est confondant de justesse.

Interview de Nicolas Fargues:



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin