Mal Tiempo de David Fauquemberg

mal tiempo« Mal Tiempo » de David Fauquemberg, Fayard

« Mal Tiempo » a pour couverture le portrait d’un boxeur.
« Foutu protège-dents » en sont les premiers mots.

Je n’aime pas la boxe. Vais-je aimer le livre ? Je sais que des gens sont passionnés par ce sport, et je le respecte. Mais pour moi la boxe est le sport le plus violent et le plus abrutissant qui soit : prendre son poing pour le jeter le plus fort possible sur l’adversaire… Je sais que je me trompe aux yeux des amateurs de boxe, que je salis une vérité si belle à leurs yeux, et je leur laisse sincèrement la possibilité de me convaincre, jusque-là en vain. Mal Tiempo va-t-il y parvenir ? Mais est-ce seulement son but ?
Voici les questions qui me viennent à la lecture des premières pages.

Mal Tiempo ne raconte pas tout à fait la boxe, ni tout à fait Cuba.
Mal Tiempo raconte l’histoire d’un homme fasciné par un jeune boxeur cubain. Mal Tiempo n’a rien d’encyclopédique, il raconte tout avec les tripes.
C’est cela que l’on ressent, les tripes de jeunes et de vieux boxeurs, les tripes de jeunes et de vieux cubains.
On prend des coups, des jabs, des crochets, des uppercuts. On vit des entrainements, des matchs, des tournois.
Entre deux combats, on assiste à la rencontre de cubains qui transpirent leurs convictions patriotiques ou leurs désillusions politiques, leurs cultures religieuses ou familiales, leurs espoirs, leurs terres, leurs alcools, leurs jeux. Ces rencontres sont très réussies. On sent dans l’écrivain le voyageur, qui raconte sans chercher l’exhaustivité. Il n’est pas là pour écrire un guide touristique ni pour nous vendre un pays mais pour nous rendre des impressions.

Une forte particularité est celle d’un narrateur à la première personne qui ne livre pas ses états d’âme : le narrateur est spectateur, comme nous. L’intrigue ne se joue pas autour de sa propre destinée : boxeur qui raccroche les gants dans les premières pages, on n’espère jamais vraiment le voir revenir sur le ring. Ancien boxeur, voilà d’ailleurs tout ce que l’on sait de lui, de sa vie, de son passé, et même de son physique que l’on découvre dans le regard du personnage principal, porté furtivement sur les cicatrices de blessures jamais racontées : « Je déboutonnais ma chemise, Yoangel a sifflé : ‘‘Qu’est ce que t’as pris, socio’’.»

Ce procédé est intelligent. Rien d’omniscient, mais seulement un point de vue.
Et le style est convaincant. Les phrases simples et percutantes aux mots souvent très justes vous entrainent dans ce récit sans la moindre résistance de votre part. La lecture, au sens technique, est un vrai plaisir.

Il y a des lectures désagréables qui finissent par vous convaincre. Cette lecture est agréable, mais le livre ne m’a pas convaincu. Un livre au style efficace et aux portraits soignés, un livre d’hommes (la femme est absente) qui sent la testostérone et la transpiration, mais un livre qui n’est pas pour autant racé. Car au final que nous reste-t-il du plaisir de la lecture ? Pas grand-chose, sinon le sentiment de ne pas être suffisamment attaché aux personnages pour aimer ce livre.


Ou est-ce un livre pour les amateurs de boxe ?
Je ne suis pas sur… mais je ne pourrai pas l’affirmer, à eux de me le dire…

L’objectif de ce livre n’était surement pas de me convaincre de l’intérêt de ce sport. Mais je n’ai rien ressenti qui comble ce vide par autre chose. Alors cette interrogation me reste entre les mains. Et sur ce thème je me range à l’avis d’un entraineur irlandais qui s’exprime certes enivré par la défaite : « Faut pas exagérer putain ! … La boxe doit rester un jeu ! Un jeu terrible, right, mais rien d’autre qu’un jeu… Gagner, c’est une question d’orgueil, montrer qu’on est le plus fort… Y a pas plus simple ! Pas d’quoi en faire toute une histoire ! … »

Mais je ne demande qu’à changer d’avis.

Chronique rédigée par Vincent N

Quatrième de couverture :

Yoangel ne boxe que pour lui. Même si c’est impossible. Sur le ring, on se bat toujours pour une fille, ou pour sa mère, ou pour l’argent. Mais Yoangel est cubain, et à Cuba, l’argent, il est interdit d’y toucher. Et sa mère est morte. Et on ne lui connaît pas d’amour.J’ai rencontré ce jeune poids lourd lors d’un stage dans son île.J’emmenais des boxeurs français se confronter aux Cubains, réputés les meilleurs du monde. Sous les tôles ondulées de la salle d’entraînement, dans la fournaise hantée par le bruit des gants sur les sacs, cuir contre cuir, je l’ai remarqué. Il avait tout ce qui me manquait. Le talent, la présence, et un rythme qui n’appartenait qu’à lui. Est-ce l’évidence de sa supériorité qui m’a fait abandonner la boxe ?



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