Nouveaux Indiens de Jocelyn Bonnerave chronique N°1

Nouveaux indiensNouveaux Indiens de Jocelyn Bonnerave aux éditions du Seuil

Si l’on s’en tient aux faits, Nouveaux Indiens relate le séjour  en Californie entre octobre et novembre 2004 de « A. », chercheur en anthropologie. A est venu étudier la classe d’orchestre que Frank Firth, grand musicien britannique assure à Mills College (Oakland) . Il choisit toutefois de s’installer à dans la ville voisine de Berkeley, ce qui va lui permettre de croiser une mystérieuse clocharde qui vit sur le campus de l’université et  quelques personnages haut en couleur comme le propriétaire de la maison où il habite et son colocataire bouddhiste amoureux des bambous. Sympathique me direz-vous la vie d’étudiant californien ? Sauf qu’à Mills College tout le monde semble traumatisé par la mort d’une étudiante en danse devenue anorexique à la suite d’un voyage d’étude dans une tribu d’indiens cannibales, les Guayaki. Donc entre deux cours d’orchestre, l’interview de la prof de contrebasse française un peu déjantée, A. se met à enquêter sur les circonstances de cette disparition finit par résoudre l’énigme et met en lumière la responsabilité de professeurs et d’huiles du campus. L’énigme énigme en elle-même, que je ne dévoilerai pas, est à la limite du vraisemblable. Toutefois Jocelyn Bonnerave sait entretenir le suspens et livrer une intrigue plutôt originale. Il a un vrai talent pour croquer ses personnages. La forme du récit est séduisante : sorte de journal –mais sans mention de date_ le texte est découpé en petites séquences, faciles à lire. Comme j’aime que les romans soient inscrits dans le réel, qu’ils aient une valeur documentaire j’ai apprécié que Nouveaux Indiens permettent de suivre la campagne pour les élections présidentielles qui voient John Kerry affronter George Bush. Toutefois la petite leçon de morale sur les Etats-Unis m’a semblée un peu naïve « Les Etats-Unis sont parcourus de fictions. Elles sont des centaines, chargées, contradictoires » (p.169). Il y avait sans doute beaucoup plus à dire qu’un entrefilet dans une lettre ou alors, peut-être valait mieux s’abstenir. L’évocation des classes d’orchestre donne envie de comprendre plus la musique. Par contre je n’ai toujours pas compris ce qu’est l’anthropologie et en quoi un romancier anthropologue avait une approche différente. C’est dommage car c’est ce qui m’a tout d’abord alléchée ! Du point de vue stylistique,  l’auteur s’essaie parfois à une poésie hallucinée où les mots s’entrechoquent « Thanksgiving, donne, donne, donne, merci donne, film plastique de conditionnement orange, c’est des oiseaux géants gelés après quelques séances de bodybuilding immobile (pilules roses ovales et bleues rondes), grosses cuisses froides et bel abdomen, c’est un grand corps noir dans sa dernière maison en bois j’entends quelque chose comme du jazz, dedans comme dehors c’est plainte contre plainte j’ai fait j’ai gronde j’ai mort je chante si beau d’enterrer quelqu’un, taisez-vous Oh Lord, c’est écrit ne jamais rompre la chaîne du froid »(p. 149). Faut-il y voir l’influence d’Henry Miller que A. lit au début du roman ? Autre dette probable à l’auteur de Tropique du Cancer : les scènes de sexe débridées mais qui s’accordent mal avec ce que le narrateur laisse voir de sa personnalité dans le reste du texte. Tout comme la performance de pets : sous la plume de  Jocelyn Bonnerave, le résultat tient davantage du  « gore » que du génial. N’est pas Henry Miller qui veut !

Quoiqu’il en soit, Nouveaux Indiens est un premier roman audacieux, attendons de voir le second.

Chronique réalisée par Marie-Lo

Présentation de l’éditeur:

A., un jeune anthropologue français, débarque sur le campus d’une prestigieuse université californienne. Il est venu observer un professeur qui dispense à ses étudiants des théories très originales. Mais notre chercheur s’intéresse également à son environnement plus immédiat : on est en pleine campagne pour les présidentielles de 2004, le duel John Kerry-Georges W. Bush bat son plein. Il y a aussi de curieuses affiches placardées un peu partout sur le campus, à l’effigie d’une ravissante étudiante, Mary, morte dans des circonstances un peu troubles. Petit à petit, Mary va devenir le véritable sujet d’étude de A. : anorexique, elle menait aussi des recherches sur le cannibalisme de certaines peuplades indiennes d’Amérique du Sud. Avec Barry, son petit ami, elle avait même réalisé un documentaire. A. découvre finalement que les cannibales ne sont pas forcément ceux qu’on croit : en effet, Barry aurait tourné un snuff movie avec Mary dans le rôle du plat de résistance…

Biographie de l’auteur:

Jocelyn Bonnerave est né en 1977. Il a étudié la littérature et les sciences humaines, particulièrement l’anthropologie. Ses activités musicales et littéraires s’associent souvent dans la pratique de la performance. Nouveaux Indiens est son premier roman.



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