Pour une vie plus douce de Philippe Routier Chronique N°1

routierPour une vie plus douce de Philippe Routier chez Stock, 168 pages

Je me réjouissais au début du roman à l’idée de plonger dans une comédie outrancière où les héros malchanceux se prennent sans arrêt les pieds dans le tapis et se relèvent toujours avec le sourire.

Le père du narrateur vient de sortir de prison et on attend de savoir comment et pourquoi il en est arrivé là ; c’est ce qu’on appelle un acheteur compulsif qui ne peut résister aux publicités alléchantes et va donc rapidement précipiter sa famille dans une situation financière très précaire ; c’est alors que le récit prend un tour réellement dramatique avec le divorce des parents et l’acte désespéré qui conduira le père en prison.

Puis le garçon devenu adulte semble vouloir et pouvoir prendre sa vie en main : l’amour qu’il porte à Mégane est partagé et durable, le projet professionnel qu’il porte est en bonne voie, les relations avec sa mère se stabilisent et … son père sort de prison. La farce devenue drame vire alors à la tragédie …

La distanciation entre le style parfois neutre et léger, parfois tendre, toujours concis et le contenu du récit, tragique ou sordide, m’ont laissée perplexe, entre rires et larmes, entre espoir et désespoir.

Peut on faire confiance à la vie  quand, comme le dit le héros : « je crois bien que, le jour de la distribution des talents, j’étais solidement ligoté à l’écart » ?

Chronique rédigée par Marie-Jeanne Chambrion pour Chermedia

Quatrième de couverture :

Au début c’est une histoire presque banale. Celle d’un couple qui rêve d’une vie meilleure et se laisse séduire par les illusions du monde consumériste.

Bertrand travaille sur une plate-forme colis de la Poste. Ayant raté les divers concours de promotion interne, il n’a aucune chance de voir sa carrière évoluer. Sandrine est une ouvrière spécialisée précaire. Ils se marient, ont un enfant et s’installent dans un ILM de Sartrouville. Ils pourraient y vivre modestement mais le couple a pris l’habitude de s’offrir à crédit ce qu’il désire. Pourquoi vivre au rabais alors que des organismes financiers proposent une existence plus douce ? Ils empruntent lourdement pour acheter un pavillon. Le père craque pour un barbecue à gaz ultra luxueux et une cheminée écolo dernier cri. L’engrenage du surendettement broie la famille qui explose. L’homme se retrouve seul avec son fils de neuf ans. Poursuivi par les créanciers, victime d’humiliations quotidiennes qui ne laissent entrevoir qu’un avenir misérable, il décide de commettre l’irréparable.

Pour une vie plus douce prend le pouls de notre société de consommation à travers l’histoire d’une famille modeste, étranglée par les crédits, dont la vie tourne au drame. Cependant il y a de l’espoir et beaucoup d’humour dans ce roman incisif où pointent une belle humanité, une tendresse sincère pour des personnages vrais, pudiques et attachants. Des êtres fragilisés qui s’arrangent avec une vie d’injustices et de malheurs et se révèlent magnifiquement solidaires. En filigrane, la relation du père et du fils, forte et émouvante, pose subtilement les questions des liens familiaux et de la culpabilité.



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