Le trône du paon de Sujit Saraf

le trone du paonLe trône du paon de Sujit Saraf chez Grasset, 816 pages

Ce roman nous plonge au cœur de Delhi, dans Chandni Chowk un des plus grands marchés de la ville, où nous faisons la connaissance d’une multitude de personnages de cultures et d’origines différentes ; ceux qui m’ont le plus marqué sont Gauhar un gamin des rues (bangladeshi), Gopal le vendeur de thé (hindou brahmane), Sohan Lal commerçant (hindou membre du PPI – Parti du Peuple Indien), Suleman (politique musulman, adversaire du PPI), Chitra une jeune femme moderne devenue journaliste … il y en a beaucoup d’autres.

L’histoire, qui s’inspire de faits réels, démarre en 1984 au moment de l’assassinat du Premier Ministre, Indira Gandhi. Au cours de ses dernières années de règne, alors que les relations entre hindous et sickhs étaient délicates, Indira a ordonné le massacre de milliers de sikhs. Ce qui lui valu son assassinat. A l’annonce de sa mort, le peuple est partagé.

Tout au long de cette lecture, je me suis imprégnée de cette ambiance tendue et j’ai découvert la vie dans le bazar de Delhi au travers des différents personnages ; la pauvreté qui côtoie la richesse, la lutte pour le pouvoir, la manipulation exercée par les politiques sur les plus vulnérables, autant de méfaits particulièrement mis en exergue par l’auteur.

Composé de 796 pages, ce livre est un trésor d’informations sur l’Inde et une partie de son histoire ; c’est aussi un roman avec des personnages attachants et des paysages qu’on imagine tout en couleur ; les descriptions sont si présentes qu’on croirait sentir les odeurs du bazar !

J’ai trouvé ce livre très intéressant quoi qu’un peu difficile à lire quand comme moi, on ne connaît rien de l’Inde et de sa politique (heureusement, il y a un lexique pour les nombreux termes indiens). Quant à l’auteur, Sujit Saraf, c’est un homme qui m’épate : écrivain, chercheur à la NASA, directeur artistique d’une compagnie de théâtre … décidément, il a plus d’une corde à son arc !

Un extrait du roman ; la scène se déroule à l’occasion d’une manifestation organisée par des musulmans pour sauver une mosquée vieille de quatre siècles : « Chitra ordonne à son cameraman de filmer la guerre des cacahouètes. Elle déteste devoir se repaître d’un scandale en guise de reportage sur un moment historique crucial. Mais que voit-elle ? Un jeune homme, avec un calot blanc et or, se tient devant le mémorial, il le touche ! Ce qui est strictement interdit. De son unique main … Gauhar ! Si la police le repère, il risque de se faire arrêter. N’est-ce pas poignant ? La rencontre entre un garçon du Bangladesh et le Père de la Nation ? Mais que fait-il ? Il ouvre sa braguette, il urine sur le mémorial ! « Arrêtez cet homme ! » hurle-t-elle.

Gauhar pisse, tranquillement. Il pisse heureux, soulagé. Que ce Mahatma aille se faire foutre, lui et son herbe. Il regarde le merveilleux jet jaune frapper les lettres d’acier et couler le long de la paroi de la pierre douce, et former une mare en bas ! »

Quelques photos et un commentaire illustrant Chandni Chowk

Merci à Ulike pour cette belle lecture.

Chronique rédigée par l’auteur du blog Entrez dans ma bibliothèque !

Quatrième de couverture:

Nous sommes en 1984, à Dehli. Le matin se lève sur le bazar joyeux et bigarré du plus grand marché de la ville, Chandni Chowk, gigantesque complexe de petites boutiques où il se vend de tout. Gopal Pandey, marchand de thé chai, s’éveille en sursaut et s’apprête à ouvrir son échoppe quand il se rend compte que la foule du marché est en émoi… Que se passe-t-il ? Bientôt la rumeur lui parvient : le Premier ministre, Indira Gandhi, vient d’être assassinée. C’est très vite la confusion : tous s’agitent, courent en tous sens ; il y a ceux qui sont fous de joie en apprenant la mort de la  » putain « , et ceux qui pleurent leur guide. Les esprits s’enflamment, les communautés s’affrontent dans un embrasement populaire qui dégénère : les Hindous crient vengeance contre les Sikhs. Dans le chaos, Gopal recueille quelques hommes qui tentent d’échapper à l’émeute – y compris un certain Gyan Singh, dont personne ne sait qu’il est accusé d’être l’assassin d’Indira…

Biographie de l’auteur:

Sujit Saraf est né en Inde, dans le Bihar, en 1969. Il suit des études à Darjeeling puis à Delhi, où il obtient un diplôme d’ingénieur à l’Institut Indien de Technologie. Il écrit ensuite sa thèse à la prestigieuse université de Berkeley, en Californie. Chercheur scientifique à la NASA pendant quelques années, puis enseignant à l’IIT de Delhi, il est actuellement installé à Palo Alto, en Californie où il mène des travaux de recherche sur les missions spatiales et le contrôle des satellites. Parallèlement à ses activités scientifiques, Sujit Saraf est directeur artistique d’une compagnie de théâtre et de cinéma, Naatak, près de San Francisco. Le trône du paon est son premier roman.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
3 total comments on this postSubmit yours
  1. Voici ce qu’en pense Parth mon contact indien de Delhi:
    « je ne suis pas ravi de lire un autre livre « cliché » sur la vie a Delhi…C’est a la mode d’écrire sur la mixité culturelle à Delhi…et surtout pour les lecteurs européens, c’est un sujet qui les fascine…je ne sais pas pourquoi…la vie ici n’est pas très belle comme cela…
    Franchement je suis pas vraiment impressionné par ce livre…Oui Sujit Saraf est un bon écrivain… Ah, il pourrait dépasser les clichés traditionnels.
    Hmm…..j’aimerais beaucoup qu’ un auteur/une auteure fasse un livre sur l’Inde d’aujourd’hui, sans les préjuges et les airs d’un élite qui habite a Delhi et qui aime vanter cette mixité culturelle!!!…

  2. @Gil Duc qu’il n’hésite pas à venir nous en dire plus sur sa lecture du livre. Outre l’approche du theme comment est le style ? Se laisse -t-on entrainer dans l’histoire ??

  3. @gil duc : Avez vous lu « histoire de mes assassins » de tarun t tejpal ? peut être que cela peut répondre à vos attentes (une chronique est sur notre site )

Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

Twitter

  • February 8, 2012 16:44

    Alice de Judith Hermann: Micha, Conrad, Richard, Malte, Raymond, cinq hommes, cinq décès dans l’entourage  d’Ali... http://t.co/kkaCSGmq

  • February 6, 2012 19:42

    Mélancolie vandale de Jean-Yves Cendray: Comment ne pas lire un roman réaliste sur Berlin sans penser immédiatem... http://t.co/hl0mE49L

  • February 3, 2012 15:13

    La petite fille qui aimait la lumière de Cyril Massarotto: « Les autres » avaient pour but d’éradiquer la ville ... http://t.co/XtHUyn52

  • January 31, 2012 22:43

    Icare Trahi de Jean-Paul Auffray: Evariste Galois, jeune enfant de son siècle, révolté et puissant, aurait 200 a... http://t.co/xY3hxfPd

  • January 31, 2012 20:58

    Baby Leg de Brian Evenson: “Passé/Présent” et “Ici/Ailleurs” coupent en deux le nouveau roman de Brian Evenson. ... http://t.co/LZr0Nnca

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2012 All Rights Reserved