Les autres, c’est rien que des sales types de Jacques A. Bertrand
Les autres, c’est rien que des sales types de Jacques A Bertrand chez Julliard.
C’est délicieux ! Voila ce qu’il faut retenir de cet opus qui dans un premier temps pourrait faire penser à une sortie de l’année dernière,Les Insupportables, mais c’est bien un processus inverse qui guide l’auteur. A savoir ne pas caricaturer un type de personnage en dressant un portrait-robot, mais bien essayer d’atteindre une généralisation qui passe par les différents usages que la langue française en fait.
Je m’explique: Les Insupportables dessine par petites touches impressionnistes une figure qui a les caractéristiques du personnage, le Pater Familias (Recompositas) par exemple. A.Bertrand, lui, cherche à travers les usages de la formule toutes les possibilités (et elles sont souvent infinies) qui permettent de décrire son personnage, comme le con par exemple. Le con peut être petit ou grand, pauvre ou gros, moyen ou sale…. bref, il y a une infinité de possibilités de cons que la langue française s’emploie à décrire et avec lesquels l’auteur joue avec malice.
J’ai commencé ma chronique par délicieux car il n’y a pas d’autre mot: Jacques A.Bertrand manie la langue avec une subtilité qui fond dans la bouche comme un croissant bien beurré. A la lecture du livre j’ai pensé aux textes d’Alexandre Vialatte ou Desproges (qui s’est inspiré lui aussi de Vialatte si on en croit Philippe vandel). Tout ça pour dire que les sujets font rire et les formules font mouche. Je ne serais trop conseiller de lire ce livre de la rentrée.
A noter que chaque chapitre commence par une approche identique, vérifier si le sale type est typiquement humain ou s’il en existe une version canine. Ainsi pour l’imbécile heureux cela donne :
« Quoi de plus humain qu’un imbécile heureux ? On n’en trouve dans une aucune autre espèce animale (ou alors, peut être chez certains chiens de compagnie). »
Pour le voisin :
« Depuis l’aube des temps, tous les malheurs de l’humanité, sans exception, débutent par une querelle de voisinage. Ne cherchez pas davantage de responsable, c’est le voisin. Si ce n’est lui c’est donc son chien. Le chien du Voisin. Ou alors le chat de la Voisine [je ne résiste pas à cette phrase, ndlr]. La promiscuité, c’est la proximité moins l’espace vital. »
Voici un petit jeu de mots qui m’a bien plu pour terminer de vous convaincre :
« On a recensé toutes sortes de commerçants qui font dans le maritime, l’intérieur, l’extérieur, le lux, le gros ou le demi-gros, le détail, le clandestin. il est possible de faire commerce de son corps. et même de faire commerce de celui des autres. C’est ainsi que l’on récolte l’oseille à maquereaux.
Allez profiter de ces délices linguistiques, mes préférés ont été : le provincial, le lambda, le médecin, le conjoint mais vous trouverez la liste compléte en dessous ainsi qu’une interview de l’auteur. Bonne lecture.
Chronique rédigée par Raphael Labbé pour ulike.net
Liste des sales types :
- Le con
- le Touriste
- L’imbécile heureux
- Le philantrope
- le parisien
- le provincial
- l’agélaste
- le conjoint
- le commercant
- le psychorigide
- le jeune
- le voisin
- le médecin
- le malade
- le saint
- le pauvre
- le végétarien
- l’enthousiaste
- le lambda
- le groupe.
Quatrième de couverture :
Mais qui sont ces fameux autres, ces gens singuliers qui nous imposent leur présence et qu’on reconnaît assez aisément en société car, la plupart du temps, ils nous pourrissent la vie ? Avec la verve et le talent qu’on lui connaît, Jacques A. Bertrand a entrepris de dresser un catalogue de ces êtres détestables. Catalogue accablant… à défaut d’être exhaustif. Vous y rencontrerez le touriste (insupportable), le Parisien (odieux), le provincial (qui ne l’est pas moins), le voisin (Ah ! le voisin !), l’imbécile heureux (Malheur !), le médecin (à fuir), le malade (il est partout), le conjoint (indispensable), le jeune (il prolifère)… et vous découvrirez même l’agélaste qui, comme chacun le sait, est celui qui ne rit jamais. Brillantes, ciselées, aussi intelligentes que subtiles, ces chroniques de Jacques A. Bertrand – qui ont déjà fait le bonheur des auditeurs des » Papous dans la tête « , sur France Culture – raviront tous les amoureux du bel esprit.
Présentation du livre et interview de l’auteur en vidéo:
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3 Commentaires
Je ne saurais trop conseiller moi aussi la lecture de ce petit opus jubilatoire, par exemple dans le métro où la petitesse des chapitres et la fluidité de l’écriture vous feront oublier l’étroitesse des strapontins et le vocabulaire malodorant de votre voisin !
Jacques A Bertrand partage avec Vialatte et Desproges cet amour du mot juste qui définit un univers absurde et poétique plutôt qu’une réalité morne et abêtissante: http://www.strimoo.com/video/16829943/Desproges-reconnaitre-un-con-Manuel-de-savoir-vivre-a-l-usag-Dailymotion.html
Et comme ses ancêtres Jacques A Bertrand rend l’humain trop humain par comparaison avec un règne animal plein de sauvage intelligence :
http://fr.ulike.net/Bestiaire_(Book)
Et c’est ainsi que Jacques A Bertrand est grand
[...] This post was mentioned on Twitter by BE_AARROIO and BE_AARROIO, BE_AARROIO. BE_AARROIO said: Les critiques littéraires: http://ow.ly/k3Fq [...]
Jubilatoire, un régal de l’esprit, une détente des zygomatiques ! Ces portraits sont fignolés avec brio dans la finesse des expressions et des jeux de mots. Ceux qui savent jouer de l’auto-dérision se retrouveront au détour d’une phrase…
Nous pouvons affirmer qu’il existe plusieurs catégories d’Ecrivains. Ce mot vient du latin Scriba qui signifie scribe. Dès l’Antiquité et même avant, les Ecrivains étaient des scribouillards. Ils passaient leurs journées à dessiner des hiéroglyphes puis à écrire de pompeux discours pour les personnalités célèbres de l’époque. C’est à ce moment que la jet-set naquit.
Des scribouillards devinrent gratte-papier alors que le commun des mortels n’est qu’un gratte-Millonnaire, Banco et Morpion (d’où l’expression se gratter le c.. (censuré)).
Pour en revenir aux Ecrivains, une des catégories accède au prestige et à la gloire selon le nombre de best-sellers vendus. Et quoi de plus dur que de pondre et d’enchaîner les livres à succès ? Je vous le demande… Sauf quand on a trouvé le bon filon et les ingrédients qui plaisent à tous les coups (au choix : argent, sexe, sentiments, trahison, amour).
Une autre catégorie gagne ses lettres de noblesse grâce à son talent : celui de choisir les mots, de jongler avec pour en faire des chefs d’œuvre. Une chose est certaine : Jacques A. Bertrand en fait partie !
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