Une femme simple et honnête de Robert Goolrick Chronique N°1

Une femme simpleUne femme simple et honnête de Robert Goolrick aux éditions Editions Anne Carrière

1907, Wisconsin.
Ralph Truitt vit isolé dans son monde, tiraillé par ses pulsions sexuelles et la répulsion que ces dernières lui inspirent. Veuf depuis de nombreuses années, il décide de se trouver une femme qui saura l’écouter, le comprendre et l’aimer : Une femme simple et honnête.

Il est 16H. Nous sommes en plein hiver et il fait déjà sombre. C’est dans ce froid intense que Ralph Truitt scrute l’horizon à la recherche d’un train. Les mains croisées dans le dos, les jambes bien ancrées dans le sol, le regard droit. Il guette ce train qui a l’outrecuidance d’arriver en retard.

Dans ce train, Ralph attend une femme dont la photo est à l’abri dans sa poche. Cette femme, il ne la connaît pas. Elle a répondu à son annonce et a accepté de venir le rencontrer.

Elle s’appelle Catherine Land.

Catherine, élevée et malmenée par un père alcoolique, trouve refuge dans les bibliothèques. Boulimique, elle s’y nourrit de récits d’aventures et ne cesse de voyager aux quatre coins du monde à la rencontre d’autres civilisations.

Épouser Ralph Truitt n’est dans son esprit qu’un tremplin vers un nouveau rêve : celui d’une femme libre, amoureuse et riche.
Libre et veuve surtout. Car elle a décidé d’utiliser quelques petites gouttes d’arsenic pour se séparer rapidement et sans douleur de ce futur mari encombrant.

Mais c’est sans compter sur Ralph Truitt, qui lui aussi, a ses propres plans sur ce mariage. Chacun possédé par ses propres démons, va aller à la rencontre de l’autre.

Avec des mots justes et puissants, Robert Goolrick sait raconter l’amour, le chagrin, les trahisons et désillusions.

Dès les premières pages, j’ai cru lire du Henry James. Goolrick a le même talent de pouvoir décrire avec finesse et justesse les paysages froids de la campagne du Wisconsin et les âmes torturées qui y résident.

Ce roman sombre, sensuel est une sublime ballade meurtrière. A ne surtout pas manquer en ce mois de rentrée littéraire où il va pleuvoir des romans à chaque coins de rue.

Une femme simple et honnête de Robert Goolrick // Traduction de l’excellente Marie de Prémonville // Editeur : Editions Anne Carrière (19 août 2009)

Chronique rédigée par Valunivers

Quatrième de couverture :

Wisconsin, automne 1907. Sur un quai de gare, Ralph Truitt, magnat local craint et respecté, attend un train en retard alors que s’annonce une tempête de neige. Ce train renferme son dernier espoir, une promesse de bonheur et d’harmonie retrouvée. Ralph Truitt a placé plusieurs mois auparavant une annonce dans un journal de Chicago, dans laquelle il a écrit qu’il était à la recherche d’une femme fiable, ayant renoncé aux illusions romantiques, mais sachant apprécier le confort d’un foyer. Dans le train, Catherine Land s’apprête à le rencontrer. Elle lui a répondu qu’elle était cette femme simple et honnête qu’il appelait de ses vœux. Pour mieux l’en convaincre, elle se débarrasse de ses derniers atours de courtisane et se déguise en cette épouse modèle qu’elle compte bien incarner à la perfection, le temps de parvenir à ses fins.

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6 total comments on this postSubmit yours
  1. Merci pour ce bel article! Ce roman est en effet une perle de cette rentrée, et sans doute celui que j’ai eu à ce jour le plus de plaisir à traduire. On y retrouve des échos du Henry James de La Bête dans la jungle, et la subtilité psychologique des personnages alliée à la finesse de trait des descriptions font de ce livre un régal. Rarement depuis DH Lawrence on avait décrit la sensualité et la complexité féminine avec autant d’à-propos.

    Et merci pour le commentaire élogieux sur la traduction :o )

    Marie de P.

  2. Cette chronique donne envie de lire ce livre! Surtout si la lecture rappelle Henry James: c’est un argument non négligeable.
    Je trouve cette idée de chroniquer tous les romans de la rentrée littéraire vraiment sympa. J’aimerai moi aussi y participer! Comment faut-il faire pour recevoir un livre?

  3. Superbe première de couverture! Elle donne envie au premier coup d’oeil! Et votre critique ne fait qu’enfoncer le clou! Merci pour cette jolie chronique!

  4. ce roman très long est surprenant par sa naïveté et tout de même un peu désuet; je ne suis pas emballée mais je reconnais que le suspense est bien tenu au début les caractères gagneraient à être moins bavards. Le climat sans doute de cette époque ancienne est bien rendu mais est-il encore passionnant pour des jeunes actuels?

  5. Enfin lu! Et quel régal!

    alph Truitt a 52 ans. Il est immensément riche et respecté. Depuis 20 ans et après une infâme trahison, il vit seul, il dort seul. Le masque impavide qu’il présente au monde dissimule une douleur intense, celle du désir inassouvi. Ralph Truitt est obsédé par le corps féminin et sa possession. Décidé à rompre la solitude dans laquelle il s’est enfermé, il fait passer une annonce: « Homme d’affaires rural recherche épouse fiable. Motivations pratiques, pas romantiques. Répondre par lettre. Ralph Truitt. Truitt, Wisconsin. Discrétion requise. » (p.37) Et il reçoit une réponse de Catherine Land. Elle lui écrit qu’elle est cette femme simple et honnête qu’il attend. Catherine n’est cependant qu’une femme assoiffée d’amour et d’argent. Si elle compte profiter pleinement de la richesse de Truitt, elle a bien d’autres desseins pour ce qui relève de l’amour. Le mariage qu’elle contracte avec Ralph Truitt n’est que le premier rouage de la machination dont elle a tout orchestré.

    Qu’il est difficile de ne pas trop en dire! Il y a un troisième personnage fondamental, mais en parler serait dommage. Le texte est riche de tout un ensemble de personnages secondaires: les domestiques, les fantômes du passé qui reviennent hantés les protagonistes, le voisinage rural du Wisconsin, la faune urbaine de Saint-Louis et Chicago. L’Amérique du début du siècle est intelligement décrite, entre campagne attardée et isolée et progrès technique au sein des villes. Partout la misère, la déchéance physique, mentale, partout les drames humains, subis ou commis.

    Les obsessions respectives des deux personnages sont magnifiquement écrites. La solitude glacée et frustrante, le manque sensuel et les désirs lubriques de Ralph crèvent la page, et se révèlent être ce que j’ai lu de meilleur en matière de littérature érotique. Les desseins machiavéliquement ourdis de Catherine sont eux aussi dignes d’attention et d’éloges. On ressent toute la force manipulatrice et dissimulatrice de la jeune femme. La phrase – je précise que la traduction est excellente! – se fait même simplement diabolique quand elle évoque ses projets.

    La complexité des sentiments amoureux qui attachent les personnages est finement mise en relief. Les méandres tortueux des pensées de chacun mènent lentement, mais sûrement, à la vérité sur les motivations réelles de toutes les actions. Le personnage de Catherine s’oppose à celui de Ralph pour bien des raisons. Catherine est une errante, perpétuellement en mouvement. Son odyssée a commencé bien avant sa rencontre avec Ralph. Lui est profondément attaché à son monde, il n’en sort pas. Il laisse les autres venir à lui. Catherine est le Cheval de Troie de l’Illiade, riche de promesses et de tromperies. Elle fait le lien entre le monde extérieur duquel s’est retiré Ralph et le monde mouvant dont elle vient. La phrase s’attache brillamment à différencier les modes de fonctionnement des personnage. La narration est par moment aussi lourde que la chape de neige qui recouvre la campagne du Wisconsin. Mais elle s’emballe au rythme du train qui entraîne Catherine d’un bout à l’autre du pays.

    L’évocation des jeunes années de débauche de Ralph en Europe propose un arrière-plan intéressant au récit. Vieux continent et nouveau monde s’opposent. Mais les similitudes qui les caractérisent sautent aux yeux. Il y a dans la folie meurtrière des paysans du Wisconsin et dans l’effervescence des nuits de Saint-Louis un héritage typiquement européen, fait de distinction, d’élégance, d’atavisme, de crainte et de révolte religieuse.

    Je sors de cette lecture complètement séduite et profondément impressionnée. Ce livre est le premier de l’auteur. Aucun doute que je suivrai attentivement ses futures productions. La quatrième de couverture cite des extraits de critiques parus sur ce livre. En voici un du News Observer pour ceux qui se demandent si le texte est fait pour eux: « Voici un roman qui va vous rappeler pourquoi vous aimez les romans. » Alors, séduits?

  6. Such things happen.

    Ce superbe roman de Robert Goolrick, une Femme simple et honnête, est une fable littéraire sur la perte de l’amour. Un petit opéra de 411 pages.

    Que devient une âme dans le corps d’un être que l’amour a quitté ? Qu’éprouve-t-il à l’évocation des souvenirs de la passion et de la chaleur du corps de l’autre ? Que fait-il quand il a l’occasion de se repentir ? Qu’est-il prêt à subir pour avoir une nouvelle chance ?

    «Il est des choses auxquelles on échappe, pensa-t-il. Mais contre la plupart d’entre elles on ne peut rien, et le froid en fait partie. On n’échappe pas à ce qui est écrit pour nous, surtout au pire. La perte de l’amour. La déception. Le fouet aveugle de la tragédie.»

    C’est avec charme et lyrisme que Robert Goolrick nous dépeint cette histoire ayant pour cadre un coin du Wisconsin, à l’aube de l’hiver 1907. L’auteur excelle à nous faire partager les tourments de son richissime héros, Ralph Truitt mais il l’est tout autant avec l’autre héroïne du livre, Catherine Land. Il parvient à merveille à incarner en Catherine la profondeur et la complexité d’une femme hantée et tout aussi tourmentée que son futur compagnon.

    Cette faculté qu’a l’auteur à plonger dans les recoins les plus intimes de l’âme de Catherine Land nous fera à la fois frémir et espérer, comme Truitt.

    «Il se rappelait la première fois qu’il avait vu le bras nu d’une femme. La première fois qu’une femme avait dénoué ses cheveux rien que pour lui, la cascade riche et saisissante de la chevelure, et ce parfum de savon et de lavande. [...] Il sentait encore la chaleur de son premier baiser. Il avait aimé tout cela. Autrefois, rien d’autre ne comptait pour lui. Tout le sens de sa vie était contenu dans les appétits de son corps»

    La trouvaille aussi de ce livre est éditoriale. Les éditions Anne Carrière ont eu la riche idée de confier l’adaptation de ce roman à Marie de Prémonville. Elle retrouve ici un univers qui lui sied à merveille, où chaque mot à son importance et son évocation, doux comme la soie ou piquant comme la morsure du froid.

    Une femme simple et honnête, c’est l’histoire des ruines de deux vies, d’un vieux jardin italien et des obsessions qui poussent des êtres à vouloir changer les choses, à vouloir les venger aussi, sans se soucier des conséquences.

    Ce côté irrévocable saute aux yeux en cours de lecture, comme cela avait était le cas en lisant la Ballade du Café Triste de Carson McCullers. Les personnages s’engagent dans un sentier qui va les mener à la tragédie. Ils ont alors à ce moment un œil particulier sur ce qui les entoure.

    Le narrateur également va profiter de cette torpeur pour insuffler à son récit de la poésie, de la philosophie et de l’amour. Parce que pour dépeindre au mieux la tragédie, le pessimisme, la vengeance et la trahison, il faut aussi pouvoir exprimer la passion, l’optimisme, l’amour et la dévotion.

    En nous présentant les tragédies des vies respectives de Ralph et de Catherine, Robert Goolrick permet à quelques rayons de soleil de s’immiscer et d’éclairer leurs espoirs et leurs rêves. Et c’est cet équilibre que l’auteur va parvenir à maintenir, jusqu’à la dernière page du roman. Jusqu’à ce que la vérité du cœur l’emporte sur tout le reste.

    Ces choses là arrivent.

    Frédéric Fontès

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