L'aimé de juillet de Francine de Martinoir

L'aimé de juilletL’aimé de juillet de Francine de Martinoir aux éditions Jacqueline Chambon - 261 pages -

Entrer dans l’univers de Francine de Martinoir n’a pas été chose aisée. Je m’attendais à une évocation précise d’Alger pendant la guerre d’Indépendance, j’ai été confrontée à la vision très restreinte que l’héroïne pouvait avoir de la ville à cette période. Octavie Delgodère, jeune agrégée de Lettres Classiques, est nommée au Lycée Fromentin pour sa première affectation et doit quitter la métropole pour cette Algérie qu’elle ne connaît pas. Elle se fait rapidement des amis en salle des professeurs et vit un peu en vase clos, partageant ses moments de liberté avec des nouveaux arrivants comme elle ou des Français, installés depuis des générations dans ce pays. Très rapidement, elle se range à leurs idées politiques et manifeste sa sympathie pour le FLN, sympathie toute théorique car Octavie ne s’intéresse pas vraiment au devenir de ce pays. Elle a vingt-trois ans et ses pensées se tournent davantage vers la recherche de l’amour que vers l’action politique. Alger, elle-même, n’est qu’un décor , moins important que les fluctuations de son âme.
Lorsque j’ai accepté cette idée d’un roman sur le sentiment amoureux et pas sur l’Algérie à un tournant de son histoire, j’ai beaucoup apprécié cette fiction, intelligemment construite, dont le style, tout de subtilité, est un bonheur pour le lecteur.
Octavie, durant une hospitalisation en 2003, apprend la mort de celui qu’elle a follement aimé, le commandant Tancrède Préfailles, rencontré pendant sa première année au lycée Fromentin. Depuis sa chambre de convalescente, elle va remonter le temps et tenter de retrouver chaque trace de leur existence en commun, depuis leur rencontre sur un terrain de tennis jusqu’à sa fuite précipitée, motivée par les activités de celui qu’elle a épousé et qui appartient à l’armée française. Ce roman décrit avec beaucoup d’acuité les tourments qu’inflige l’amour. La jeune femme a conscience de ne pas aimer celui qui conviendrait à son cercle d’amis et essaie, en se coupant de toutes informations, d’ignorer le quotidien de Tancrède, dont le rôle est de maintenir l’Algérie française bien qu’il sache que c’est une cause perdue. Octavie,encore jeune, tente aussi d’ignorer que l’homme aimé a un passé. Il a près de quarante ans, a connu l’enfer de Buchenwald et la guerre au Viêtnam. Elle le voudrait « neuf », prêt comme elle à un amour total et fusionnel, lui qui a perdu une partie de son âme en camp de concentration. Ces deux êtres vont se frôler, se toucher, s’unir mais se quitter faute de se comprendre. L’amour, parfois, nous joue de mauvais tours, nous condamne à la passion sans que celle-ci puisse s’épanouir, nous condamne à la nostalgie et aux regrets jusqu’à la fin de nos jours…
Une belle lecture où la petite musique des souvenirs brise le coeur de l’héroïne et du lecteur.

Chronique réalisée par l’auteur du blog Les livres Bonheur d’Armande.

Présentation de l’éditeur:

Eté 2003 : Octavie apprend la mort solitaire, dans son appartement parisien, du commandant Préfailles, qui avait été son mari et qu’elle avait quitté. Pourquoi l’avait-elle laissé ? Durant quelques jours, Octavie retrouve l’Alger des années cinquante à soixante qu’elle croyait avoir oublié. Dans la ville en guerre, elle avait rencontré, aimé follement, épousé Tancrède Préfailles, cet officier si cultivé qui avait vécu la Résistance, la déportation, le Vietnam, et qui réprouvait secrètement le combat mené par les partisans de la colonisation. Et puis l’affrontement des deux camps, qu’elle aurait voulu ignorer, l’avait rattrapée : l’enlèvement d’Etienne Bazaine, partisan de l’indépendance, professeur comme elle, sa mort, sans doute sous la torture, avaient fait naître en elle, sur le rôle et les activités de Tancrède, un soupçon qui allait ronger sa vie. Cette vie, amputée depuis leur séparation, fracassée par les batailles comme celles de ses aïeules corses, elle tente enfin de la lire en retrouvant la beauté somptueuse de l’Algérie d’autrefois.

Biographie de l’auteur:

Née à Damas, Francine de Martinoir a passé son enfance et son adolescence à Marseille, où elle retourne souvent. Elle a vécu deux ans en Algérie, en particulier, durant la guerre d’indépendance, à Alger, où elle avait été envoyée comme professeur Elle collabore très régulièrement aux pages littéraires de La Croix. L’Aimé de juillet t son dix-huitième livre.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Merci pour cette jolie critique. Voici un livre qui me tente!

  2. Je suis en train de le lire, une belle histoire

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