Les veilleurs de Vincent Message

Les VeilleursLes veilleurs de Vincent Message aux éditions Seuil

« À en croire la très bonne parole, il faut que je sois fou. Ils ont réfléchi toute la nuit derrière des portes closes, et maintenant que la fatigue a fini par les mettre d’accord, ils peuvent le dire sans aucun risque de se tromper : c’est ça. L’un deux monte au créneau pour défendre cette position. Le pauvre est mal barré. Pour rien au monde je n’échangerais nos places. » (page 11, premières phrases du roman). Le narrateur, celui qui pense ça, est sur le banc des accusés, il s’appelle Oscar Waldo Andreas Nexus (30 ans) et il a tué avec un pistolet trois personnes qu’il ne connaissait pas, dans une rue de Regson, un matin de février, puis il s’est endormi sur leurs cadavres et n’a déclaré qu’une chose : qu’il avait sauvé le monde. En cinq mois, l’affaire est traitée. Le verdict : perpétuité, l’enfermement : à la clinique Bentlam où il sera observé par le docteur Joachim Traumfreund (55 ans).

L’officier de police judiciaire Paulus Rilviero (47 ans) est mandaté par le gouverneur Samuel Drake pour découvrir qui est réellement Nexus et pourquoi il a agi ainsi. Car parmi les victimes, Richard Tallis (la cinquantaine, père de deux enfants) et Zhao Yuan (jeune expert-comptable qui allait se marier), il y avait Ania Walevska (la trentaine, brillante sociologue d’origine polonaise, qui était la maîtresse cachée du gouverneur).

C’est un récit surprenant que découvre lecteur ! D’un côté les pensées de Nexus : « Cet homme n’avait pas de vie – ou bien une vie tout intérieure. » (page 63), de l’autre l’enquête de Rilviero et de Tramfreund car Nexus ne semble pas avoir existé avant son arrivée à Regson et son travail de veilleur de nuit : on ne se rappelle pas qui l’a embauché ou alors cette personne a quitté l’entreprise, sa concierge ne se rappelle pas l’avoir vu emménager et il était tout simplement apparu, son appartement est des plus impersonnel, personne ne le connaît ou ne communiquait avec lui à part une petite fille qui l’appelle Le Dormeur et on ne sait pas d’où vient l’arme qu’il a utilisée ni l’argent versé sur son compte bancaire.

C’est intrigant, vraiment très intrigant, et malgré le poids du livre (j’aime lire allongée sur le dos), je n’arrive pas à le lâcher.

« Dirave. Dévigue. » (page 168).

Afin de se consacrer à Nexus et d’étudier ses phases de sommeil, Traumfreud le transfère avec l’accord de Rilviero et de Drake à L’Aneph, un bâtiment modulable conçu par l’architecte Syrénaï. Là, Nexus, qui a quand même besoin de contacts, se lie peu à peu avec les deux hommes et commence à parler… Mais raconte-t-il ses rêves, invente-t-il ou ment-il ? « Voir si les machines machinent avant de se demander… si le dormeur rêve… ou si le rêveur ment. Une comptine. On pourrait enchaîner : dormeur rêve, rêveur conte, conteur ment, menteur tue, tueur pleure, pleureur meurt, mourant dort… » (page 257).

Un roman passionnant ! Bien sûr, il est long (j’ai mis cinq jours pour le lire) mais je ne me suis jamais ennuyée, toujours cette volonté d’en savoir plus, sur Nexus, le Séabra, ses habitants, et toujours ce doute…

« Tout part de l’infini. Si l’infini existe, toutes les choses sont réelles. Elles sont dispersées dans l’espace et dans le temps, mais possèdent en un certain point de l’espace et du temps une forme de réalité (pages 488-489).

Même si je n’ai pas lu tous les livres de la rentrée et que je ne les lirai évidemment pas tous (pas folle, la guêpe !), je pense pouvoir dire que c’est un des trésors de cette rentrée, un premier roman extraordinaire, captivant, mature, et l’auteur n’a que 26 ans !

Chronique réalisée par La lecture se partage

Quatrième de couverture :

Oscar Nexus a tué trois personnes dans la rue, puis il s’est endormi sur les cadavres. Nexus est un marginal auquel son emploi de veilleur de nuit n’a donné qu’un ancrage très fragile dans la réalité. Interné dans une clinique, il est pris en charge par Joachim Traumfreund, un médecin atypique et brillant. C’est à lui et à Paulus Rilviero, un officier de police, qu’on confie le soin de tirer au clair les mobiles de Nexus et de déterminer s’il est responsable de ses actes.

Afin de se consacrer à ce cas intriguant, Traumfreund transfère le criminel dans une annexe de la clinique, un bâtiment situé dans un coin de montagne que l’hiver isole peu à peu. Une fois sur place, nos deux enquêteurs découvrent que Nexus est un dormeur pathologique qui reprend nuit après nuit le fil du même Grand Rêve. Pour comprendre son crime, Traumfreund et Rilviero vont devoir s’immerger dans cet univers onirique où Nexus mène une véritable vie parallèle. Captivés par les récits du meurtrier, ils sont parfois rattrapés par le doute : comment être sûrs qu’ils n’ont pas affaire à un fabulateur ?



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin