Sumer de Sylvie-E. Saliceti

SumerSumer de Sylvie-E. Saliceti aux éditions Florent Massot

A l’aube de la civilisation, dans la ville d’Eana, la future Uruk mésopotamienne, le roi Meski Ag-Gasser, premier de sa dynastie, disparaît en laissant une tablette marqué de trois mystérieux signes en forme de clous. Son successeur Enmekar sait que la fortune de la cité repose sur le sens de cette tablette.

C’est l’histoire que son scribe raconte au dernier roi de cette même dynastie avant une mort annoncée de la main d’ennemis.

Le premier point notable est que la documentation est admirable et les références aussi impeccables qu’elles peuvent l’être pour cette période. Un coup d’œil à la bibliographie et la lecture de la préface le prouvent rapidement. Si on est un peu inquiet du grand nombre de remarques de bas de page au début du livre, par la suite les mots expliqués se révèlent former un vocabulaire de base de l’histoire (l’apkalu par exemple, qui est le gardien du savoir, est un des personnages cruciaux) et les notes diminuent par la suite. La poésie est indéniablement bien retranscrite et donne une impression semblable la plus part du temps à celle des traductions d’épopées comme celle de Gilgamesh bien que l’histoire se situe plus tôt dans le temps. C’est d’ailleurs avoué à demi-mot par l’auteur que c’est ce modèle qui l’inspire. L’histoire, à défaut d’être passionnante, a le mérite de prendre un sujet intéressant : la naissance de l’écriture.

Le défaut principal du livre est de ne pas maintenir sans cesse le ton mythico-onirique et la poésie de l’antique et de se laisser aller régulièrement à des détails triviaux qui se voudraient drôles (mais qu’on tue ce singe insupportable) ou à des moments vides de sens qui s’étirent en longueur (la traversée du désert). Ensuite je trouve que l’auteur à parfois tendance à calquer sur des personnages antiques une morale contemporaine, sans doute de manière inconsciente. Je le dis plus haut l’histoire est loin d’être transcendante et, à la différence de l’épopée de Gilgamesh son modèle inavoué, n’a pas une once de souffle épique. La morale e l’histoire est difficile à cerner d’autant plus que la fin est bouclée très vite, limite bâclée, après un livre qui avait donné une impression contemplative très naturelle. On termine sur un sentiment de correction inachevée.

En conclusion un livre agréablement poétique sur l’invention de l’écriture en Mésopotamie mais qui reste une œuvre largement perfectible, manifestement les 5 ans passés à l’écrire n’étaient pas suffisants.

Chronique réalisée par S. pour Histoire de lectures

Quatrième de couverture :

Il y a plus de 5 000 ans à Sumer, en Mésopotamie, entre les deux fleuves Idiglat et Buranun, au temps où la Terre n’avait pas de nom, le roi d’Eana, Meski’ag-gašer se donne la mort emportant avec lui un secret trop lourd. On retrouve à ses côtés une tablette sur laquelle sont gravés trois signes mystérieux que ses héritiers devront découvrir pour sauver le royaume.
Ainsi commence ce récit qui se situe volontairement à la lisière de la mythologie et de l’histoire, respectant la mince trame dont les archéologues disposent sur cette civilisation mystérieuse qui inventa l’écriture avant toutes les autres et qui perdura près de deux millénaires.
On ne sait si les héros du livre, Meski’ag-gašer, Enmerkar, Šum-usur, Ninpiriggaldim… cités dans des tablettes retrouvées à Uruk ont été légendaires ou historiques, mais cette épopée qui n’est pas sans évoquer le conte des Mille et Une Nuits ou L’Épopée de Gilgamesh est une merveilleuse occasion de découvrir une société et culture méconnues au regard de l’égyptienne et dont on ne mesure pas assez tout ce qu’elle a légué à notre monde contemporain (la roue, l’irrigation, l’écriture, les récits bibliques…).
Complots, trahisons, disparitions, guerres, énigmes et mystères constituent la trame de ce voyage aux sources de notre culture où l’on voit s’affronter les royaumes d’Eana et d’Aratta qui seront finalement sauvés de la destruction par Šum-usur, la fille du roi du désert. « Pour ne plus faire couler le sang, il faut écrire », dit-elle. Elle grave donc sur une tablette d’argile les trois signes laissés par le roi Meski’ag-gašer, qui signifient « le pays des maîtres du roseau », appelé encore Sumer. La civilisation triomphe sur la barbarie.



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