Histoire de mes assassins de Tarun J. Tejpal Chronique N° 2

Histoire de mes assassinsHistoire de mes assassins Tarun J. Tejpal aux éditions Buchet Chastel

Après avoir dévoré Loin de Chandigarh, magnifique roman précédent de Tarun J Tejpal, j’étais impatiente de découvrir son nouveau livre… Dont j’avoue que la construction m’a de prime abord désarçonnée, avant que les pièces du puzzle ne commencent à s’imbriquer. Si c’était un puzzle, il serait aussi mosaïque, et chaque pièce en 3 D recèlerait des lots de poupées gigognes…. S’il fallait faire entrer cet ouvrage dans un genre, cela serait un genre hybride, celui du polar épopée, une épopée moderne de l’Inde du XXIe siècle où le pouvoir fabrique et orchestre  la vérité qui lui convient pour mieux dominer ou survivre en broyant les hommes -  de préférence les misérables de basse caste – sans aucun état d’âme.

Point de départ de l’histoire : un journaliste renommé vivant à Delhi apprend par un flash info qu’il vient d’échapper à une tentative d’assassinat déjouée in extremis par la police et que cinq tueurs ont été arrêtés. Pourquoi voulaient-ils sa mort ? Il l’ignore. Il est mis sous protection policière et on le confronte à ses assassins qu’il ne connaît pas. Les hypothèses varient : a-t-il été pris pour cible parce qu’il dénonçait la corruption au sein du gouvernement dans son magazine ? Faut-il y voir la main des services secrets pakistanais ? Ou bien ne serait-il pas victime d’une machination plus complexe dans laquelle il jouerait le rôle d’un simple pion ? L’auteur nous entraîne dans une quête de la vérité dans un pays « fou et incontrôlable » où « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » et où « la réalité c’est le pouvoir, l’argent le sexe [et accessoirement] la morale ». Un pays où l’on est aux prises avec des « orphelins, des charmeurs de serpents, des sculpteurs sur bois, des artistes du couteau, des maîtres du marteau (les assassins du narrateur), des pingouins de tribunal (les avocats), des rongeurs de château (une police kafkaïenne) et où la réalité n’est jamais ce qu’elle paraît être.

Nous suivons pas à pas le cheminement du journaliste vers la vérité, qui essaye de démêler un écheveau démesuré, avec l’aide de son guru éclairé et celle de Sara sa maîtresse volcanique qui n’a  de cesse de parvenir à innocenter les assassins dans son désir de « réparer le monde ».

Tarun T Tejpal  réussit le tour de force de donner une voix à ceux qui en sont privés en plongeant le lecteur dans le passé des cinq assassins. L’on mesure alors à quel point  le système de caste, les problèmes d’intégrisme religieux, la misère, le pouvoir et la corruption ont broyé leur vie et ne leur ont laissé aucune chance de devenir autre chose que ce qu’ils sont.

C’est un roman ample et terrible, qui déborde de l’implacable violence du monde tel qu’il est. Mais cette violence faite aux plus faibles est dénoncée par l’écrivain, grâce à son empathie et à sa connaissance de la société dans laquelle il vit. N’oublions pas qu’il est lui-même journaliste et a comme son narrateur dénoncé la corruption sévissant en Inde. Dans cette fresque à la fois hallucinante et décapante, la lucidité et l’humour de Tarun J Tejpal n’épargnent personne, pas même lui, qui comme l’indique la quatrième de couverture, vient d’être distingué par Business Week comme l’une des cinquante personnalités les plus puissantes de l’Inde en 2009…

Chronique réalisée par Dominique Laganne pour Chermedia

Quatrième de couverture :

Delhi, de nos jours. Le narrateur, un journaliste très renommé, apprend par un flash d’information qu’il vient d’échapper de justesse à une tentative d’assassinat.

S’agit-il d’un complot fomenté contre lui suite à ses révélations de corruption au sein du gouvernement indien ?

C’est au tribunal, escorté par une escouade de policiers et une équipe de juristes, que cet homme, qui ne connait rien de ses assassins, va peu à peu découvrir leur vrai visage…

Tout oppose les existences de ces criminels venus des entrailles de l’Inde rurale prêts à frapper pour quelques roupies, à celle du journaliste qu’ils doivent éliminer.

Des avenues de Delhi aux petites bourgades du nord du pays, on découvre les trajectoires violentes de Chaku (le tueur au couteau), Kabir (l’héritier musulman de la Partition sanglante de 1947),  Kaliya et  Chini qui vivent et volent dans la gare depuis l’enfance, sans compter  Hathoda Tyagi (connu pour réduire la cervelle de ses victimes à coup de marteau). Ces cinq assassins, nés dans la cruauté et l’environnement innommable des masses indiennes, marqués par leur orgine ont tous en commun d’avoir perdu trop tôt l’âge d’or de leur innocence…

En redonnant une dignité et une identité à ces cinq anonymes perdus dans l’immensité de la population indienne, TT les érige  en martyrs devenus les symboles  des grandes failles de l’Inde moderne. Il  dénonce ainsi le système des castes, les conflits religieux persistants, la corruption et la misère…



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