Biographie de Pavel Munch de Pascal Morin

imagesBiographie de Pavel Munch de Pascal Morin, la Brune au rouergue

Le travail d’un biographe nécessite toujours de glaner des informations ici ou là.  Ce que fait notre narrateur : afin d’être au plus proche de la vérité, il a choisi de revenir sur les pas de Pavel Munch. De son village qui l’a vu grandir au dernier appartement parisien.  Le chemin de sa vie.

Quand le livre s’ouvre, le narrateur vient d’arriver dans le village d’enfance de Pavel Munch. La tâche est ardue. Des hypothèses sont émises. Puisque ce sculpteur a eu très tôt  le désir de la terre qui l’entourait, il a sans doute mis comme tous les enfants ses mains pleines de terre à sa bouche. Mais loin d’être rebuté par l’âcreté de cette nourriture, une révélation a eu lieu : mêlée de salive, la terre fond en surface, elle libère sa saveur âcre, si âcre qu’un frisson le parcourt, derrière la nuque et le long de la colonne vertébrale.
Cette première expérience sensorielle détermine le destin de Pavel. Il sera sculpteur. L’argile aura donc d’abord ses faveurs, mais il ne se limitera pas à ses matériaux.
– C’est là que court le sang de la filiation, le sang de la veine. Car c’est dans ses veines que l’on trouve de l’argile pure.
Le narrateur suit ensuite le parcours de Pavel.
La mère du sculpteur n’a jamais été présente pour lui. Plus tard, il dira d’elle que c’est une inconnue. C’est Roberta, une anglaise, qui lui servira de mère de substitution. C’est elle qui lui donnera le surnom affectif  « Munchkin », nom attribué à un peuple dans le Magicien d’Oz.
Après la douceur et la bulle de son village d’enfance, Pavel doit aller au pensionnat. C’est là qu’il apprendra la rudesse de la vie mais aussi son désir pour les hommes, alors qu’il découvre leur corps nu.

La tâche du biographe n’est pas facile. Ses sources sont assez minces : des journaux intimes de Pavel, des lieux de passage … tout ceci est bien mince pour reconstituer une vie. Surtout depuis que Pavel Munch a été porté disparu. A quoi bon continuer ?
Mais le narrateur persévère car Pavel Munch l’a toujours attiré. Ces deux hommes se sont croisés plusieurs fois au cours de leur vie : quelques heures lors de leur service militaire, ou encore à une expo de Pavel Munch. D’ailleurs pour notre narrateur, Pavel Munch est un peu son double. Il sculpte des œuvres provocatrices comme lui écrit des intrigues dérangeantes.
C’est donc entre fascination et interrogation que la biographie du sculpteur avance …

C’est la première fois que je lis du Pascal Morin : son écriture est fluide et agréable à lire. Il réussit facilement à nous plonger dans  différentes ambiances. Au début, le village d’enfance ressemble à une photo jaunie d’un vieil album. Tout y est, le lecteur est plongé presque instantanément dans les années 70. Par la suite, le pensionnat semble lugubre : les actions se passent essentiellement la nuit ou dans la salle de bain. Puis vient le temps de l’insouciance sexuelle, et là encore le style change. Après les salles de douche humides du pensionnat, nous passons alors à la moiteur des corps remplis de désir et de liberté.
Pour ce qui est de la biographie, le lecteur avance par touches successives dans la vie de Pavel Munch. Parfois, on se dit que le narrateur ne nous dévoile pas tout, que cette biographie est faite de recherches sur l’artiste mais aussi de quête identitaire.
Le narrateur semble totalement effacé quand il parle du sculpteur. Il veut certes retrouver les sensations éprouvées par Pavel Munch, mais en même temps plus la narration avance, plus on se demande quelle est la réelle raison de cette démarche. D’ailleurs, la quatrième de couverture appâte le lecteur « Mais, très vite, l’enquête prend des détours inattendus. Que cache donc le biographe ? », mais ne vous attendez pas à du suspens, car il n’y en a pas. Ce roman est davantage la quête identitaire d’un homme sous couvert d’une biographie.
De ce livre, je retiendrai sans doute cette relation particulière qui unit Munch à la terre. Les descriptions très sensorielles y sont pour beaucoup. En revanche, certains passages très crus m’ont semblé inutiles pour la narration. Disons que je m’attendais à lire davantage de réflexions sur l’art.
Pour finir, il est intéressant de voir que le narrateur de ce livre est aussi un auteur de romans, et pas n’importe lequel puisque son premier roman parle de parricide, tout comme le premier roman de Pascal Morin (L’eau du bain). Cette mise en abyme est assez troublante. Quelle est finalement la place de l’auteur dans ce récit ?

Chronique rédigée par Leiloona de Bric à Book

Quatrième de couverture:

« Au fond, je vis une imposture. C’est le sentiment que j’ai toujours eu. Je ne suis pas Pavel Munch. Personne n’est celui qui prétend être. Tout le monde le sait, et tout le monde ferme le yeux. »

Qui était vraiment Pavel Munch, ce sculpteur provocateur et médiatique, dont la disparition reste inexplicable ? En enquêtant sur sa vie, depuis son enfance solitaire jusqu’à la conquête du Tout-Paris, un écrivain espère lever les mystères d’un destin tissé de légendes. Dans ses oeuvres comme dans sa vie, Pavel Munch s’affranchissait de toute morale et pétrissait avec le même plaisir la terre et les corps des hommes. Mais, très vite, l’enquête prend des détours inattendus. Que cache donc le biographe ? Au fil d’une narration savamment tissée de vrais et faux miroirs, le lecteur est entraîné dans un jeu de piste fascinant.




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