Comme dans un rêve de Leif GW Persson

Comme dans un rêveComme dans un rêve de Leif GW Persson aux éditions Payot

Il y a une vingtaine d’années le premier ministre suédois Olof Palme était assassiné en sortant d’un cinéma. De nos jours le chef de la police Johannson, proche de la retraite décide de rouvrir discrètement l’affaire, à la veille de la prescription, en y affectant une nouvelle équipe, chargée officiellement de trier le dossier, pour avoir un regard neuf et finir sa carrière sur un coup d’éclat. Si les résultats sont d’abord minces, de nouvelles théories viennent pointer le bout de leur nez.

Le roman est tiré du véritable meurtre d’Olof Palme, toujours irrésolu, et du dossier pléthorique qui en a résulté après 20 ans d’enquête. C’est un policier de bonne facture, bien mené. L’ambiance de fouille minutieuse façon « expert », le crédible de l’arrière-plan policier, et l’équipe d’enquêteurs attachants et typés ainsi que les personnages secondaires amusants rendent la lecture plaisante. L’univers présenté n’est pas trop simpliste et porte son lot de types supers et de ripoux sans transcender le genre, ni du point de vue critique social, ni du point de vue originalité. La traduction n’est pas mauvaise, sauf peut être la gestion du tutoiement qui a l’air d’être une sorte de règle universelle en suède mais qui ne l’est pas en français ce qui brouille un peu nos repères hiérarchiques. Le style est simple et très lisible sans être trop pauvre.

L’histoire en elle-même a quelques points noirs, déjà par le fait qu’elle est bien plus suédo-suédoise que dans Millenium au hasard. Si on a bien une ambiance nordique, on a tout de même surtout une histoire qui concerne les suédois (c’est quand même leur premier ministre) et pour laquelle on du mal à éprouver un vrai intérêt par le fait qu’elle est peu universelle. Rien que la référence constante à « notre cardinal de richelieu national » ou à « l’éminence grise » qu’un lecteur français ne situe absolument pas, est un exemple assez frappante par son suédisme, et le rappel de points culturels ou d’affaires politiques locales (l’affaire Bofor ça vous dit quelque chose ? et les préjugés sur les bouseux du Norrland ?). Soit dit en passant, c’est une faute de la part de l’auteur puisque le Cardinal de Richelieu est une éminence rouge (la robe des cardinaux est rouge) et que c’est son conseillé très privé le Père Joseph, un moine capucin, qui étais donc appelé l’éminence grise (d’après le gris de la bure des capucins et son pouvoir supposé sur le cardinal). On a un peu au bout du compte l’impression d’une maison d’édition qui suit la mode en publiant le premier suédois venu parce que ça se vend actuellement.

Il y a aussi certains personnages qui, si ils sont amusants au début, deviennent vite lourdingues tant ils sont crétins ou peu intéressants par une tendance à être sibyllins. Par contre la manière particulière de faire monter la tentions en mettant en place un petit compte à rebours avec la présence en début de chapitre d’un petit texte relatant un évènement daté dans le futur qui se rapproche au fur et à mesure est bien menée car elle parvient à rester intéressante sans déflorer plus que ça l’intrigue. Au bout du compte une fin d’enquête sympathique mais une conclusion peu transcendante à la fois désagréable par sa manière de ne pas s’engager, un peu éculée et carrément discutable du point de vue moral.

En conclusion pas le bouquin de l’année mais un policier de bonne facture, pour peu qu’on veuille bien s’immerger dans les méandres de la vie vraiment suédoise (et ouais moi je connais l’affaire Bofor et ces cul terreux de lapons vraiment ils craignent, bon je vous laisse je vais acheter ma gnole au systembolag).

Chronique réalisée par Namoureux de Histoire de Lectures

Quatrième de couverture :

Lars Martin Johansson, ancien « enquêteur légendaire » désormais haut responsable de la police suédoise, décide de rouvrir discrètement l’enquête sur l’affaire la plus célèbre du pays, jamais élucidée : le meurtre du Premier ministre social-démocrate Olof Palme, en 1986. Ses collaborateurs Anna Holt, Jan Lewin et Lisa Mattei s’attaquent donc aux montagnes de documents accumulés depuis vingt ans, sans trop oser croire qu’ils pourront en tirer quelque chose de nouveau. N’ont-ils pas déjà été maintes fois épluchés ? Par où commencer ? Car paradoxalement, c’est cette quantité faramineuse de données qui, ajoutée aux égarements de la police à l’époque, a très vite torpillé l’enquête. Comment s’étonner dès lors du développement de toutes sortes de rumeurs plus ou moins vraisemblables ? Ce qui de prime abord pouvait ressembler à un simple meurtre crapuleux se complique singulièrement du fait de la personnalité d’Olof Palme : son courage, sa politique étrangère, ses orientations résolument progressistes lui avaient valu de puissants ennemis, en Suède comme à l’étranger. Et comment expliquer toutes les incohérences, pour ne pas dire pire, qui ont dès le début marqué « l’affaire Palme » ?

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