Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé Chronique N°2

Ce que je sais de Vera CandidaCe que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé aux Editions de l’Olivier

Les femmes saules de Vatapuna

A travers l’histoire de 3 femmes, Ce que je sais de Vera Candida nous emmène dans une amérique du sud improbable, au coeur d’une île figée dans un autre temps: Vatapuna.

Ancienne prostituée, Rose Bustamente vit aujourd’hui de la pêche de poissons volants. Indépendante, elle ne s’en laisse pas compter par les hommes… Pas comme Violette, un peu légère et portée sur la boisson. Vera Candida n’aura pas le même destin, elle va quitter Vatapuna, lourde d’un enfant et d’un secret inavouable.

On est si pris par la moiteur de cet espace sans repère, ce lieu crée de toutes pièces, qui est partout et nulle part à la fois, qu’on se croierait dans un rêve. Un rêve étouffant et oppresant, mais dans lequel une de ces femmes parviendra à briser le cercle. L’ambiance est empreinte d’un certain mysticisme, comme des visions d’un monde où la chaleur et l’humidité joue des tours à la vision, mais aussi d’une tendresse et d’une fragilité que ces femmes tente de cacher à tout prix, car leur survie ne tient qu’à cela.
Elles sont émouvantes, et pleines de dignités. L’écriture fluide de Véronique Ovaldé mène la danse d’un rythme effrené, et on est vite pris par cette petite fable qui transpire l’amour et tout ce qu’on peut espérer de mieux pour les siens, ceux qu’on aime… Car ces femmes plient, elles ne cassent pas.

Chronique réalisée par l’auteur du blog Sur mes étagères…

Quatrième de couverture :

« Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise. Elle fuit l’île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d’une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L’Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir.

Un ton d’une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C’est ce qu’il fallait pour donner à cette fable la portée d’une histoire universelle : l’histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants. L’histoire de l’amour en somme, déplacée dans l’univers d’un conte tropical, où Véronique Ovaldé a rassemblé tous les thèmes – et les êtres – qui lui sont chers. »

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  1. Après avoir été la meilleure prostituée de l’île de Vatapuna, Rosa Bustamente a rangé ses charmes pour devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants. L’arrivée de Jéronimo, homme au passé louche et aux capacités amoureuses défaillantes, sonne le glas de la tranquillité de Rosa. Elle tombe enceinte de Violette. L’enfant, d’abord lente et muette, grandit en devenant une terrible bavarde et une belle débauchée. C’est sans surprise qu’elle tombe enceinte à quinze ans, probablement du fils du maire. Rosa constate rapidement l’incapacité de sa fille à élever son enfant. « Rosa Bustamente fut une grand-mère formidable. » (p. 74), élevant Vera Candida à grand renfort d’aphorismes et de conseils avisés. Etrange répétition de l’histoire, Vera Candida devient aussi mère à quinze ans. Décidée à échapper au sort malheureux de ses aïeules, elle quitte Vatapuna pour Lahomeria, et décide d’élever sa fille, Monica Rose, sans jamais lui révéler le nom de son père, pour effacer toute trace du passé. A Lahomeria, elle trouve refuge dans le Palais des Morues, une maison tenue par Mme Gudrun Kaufman, qui recueille les filles-mères sans foyer. Vera Candida ne veut pas qu’on la remarque, et c’est bien malgré elle qu’elle attire l’attention de Hyeronimus Itxaga, un journaliste qui dévoile le passé nazi de l’époux défunt de Mme Kaufman. Itxaga et Vera Candida vivent longtemps un amour solide qui sauve la jeune femme des démons de son passé. Mais pour Vera Candida, la route ne s’arrête que quand elle accepte de les affronter, et de revenir sur les lieux de son enfance.

    Amérique latine, terre d’exotisme, de force et de mystère. Terre de violence aussi, de hiératisme poussiéreux où tout ne change que pour revenir à l’identique. La fatalité et l’atavisme sont la norme pour Rosa et Vera Candida. Vera Candida, celle qui est vraiment blanche, porte en elle une tâche secrète dont elle ne révèle l’origine qu’à la toute fin. Le personnage gagne en épaisseur à chaque page, jusqu’à devenir un personnage supra-littéraire. Dès les premières lignes qui parlent d’elle, « Vera Candida a ce genre de regard, c’est comme un muscle de son visage qui se serait crispé, une malformation congénitale, impossible d’avoir l’air doux et attendri » (p.11), le visage de Frida Kahlo s’est imposé comme représentation de ce personnage féminin hors du commun: femme superbe mais brisée, force de la nature stoppée en plein mouvement.

    J’aime que les personnages secondaires aient leur propre histoire, qu’ils dépassent leur fonction initiale d’adjuvant ou d’opposant pour mener au sein du texte une existence indépendante, pour devenir les protagonistes d’une nouvelle histoire. Itxaga est un personnage remarquablement écrit. Il est d’abord le chevalier blanc, redresseur de torts et défenseur de la liberté brandie en étendard. Il devient, l’espace de quelques pages, l’incarnation des victimes des dictatures et des systèmes répressifs. Le récit qui est fait des mauvais traitements qu’on lui inflige est digne des meilleurs apologues et contes philosophiques, dans la veine du Candide de Voltaire. « Ils ramenèrent Itxaga chez lui trois jours plus tard. Il lui manquait dix dents et un doigt (l’auriculaire de la main gauche qui ne sert somme toute pas à grand-chose – parfois ils étaient plus désagréables, ils vous laissaient repartir sans pouce.) Officiellement, il avait dégringolé les escaliers des locaux de la Capa et s’était brisé le doigt sous une meule – il y avait une meule dans la cour de la Capa [...], il y avait aussi un piquet au milieu de la dite cour, et parfois vous pouviez attraper des insolations à force de rester à vous faire bronzer trop près de ce piquet. [...] Les types de la Capa avaient essayé pendant trois jours de lui mettre l’assassinat de la vieille Gudrun Kaufman sur le dos, et de lui faire signer des aveux. [...] Itxaga avait tenu bon. Tout simplement parce qu’il n’avait pas compris pendant un bon moment ce qu’on voulait lui faire avouer. Quand il avait enfin compris, il n’avait déjà plus ses dents ni son doigt, alors il s’était réfugié quelque part dans un tout petit endroit de son corps, serré en boule, et il avait attendu que ça passe. [...] La Capa avait épousseté Itxaga, lui avait présenté des excuses, donné l’adresse d’un bon dentiste, l’avait délicatement menacé pour qu’il ne porte pas plainte et l’avait fait raccompagner chez lui [...]. » (p. 165 et 166) Impossible de ne pas rire jaune et crispé, surtout quand il s’agit de se justifier, un peu plus loin: « Elle lui demanda enfin comme il avait perdu son doigt. Il lui dit quelque chose comme, J’ai fait du bricolage. Elle haussa les sourcils, Et la balafre, c’est aussi le bricolage? » (p. 198)

    Avec finesse, l’auteur dévoile un autre tenant de l’histoire latino-américaine, à savoir comment le continent est devenu le refuge de certains officiers nazis à la fin du second conflit mondial. Cet aspect historique ancre le récit dans une réalité que l’on a, par ailleurs, bien du mal à fixer, tant le sujet de l’histoire tend à se confondre avec l’universel. Que lit-on ici, si ce n’est l’histoire de la femme en général, de son enfance à sa mort? Que lit-on, si ce n’est l’éternelle et désespérante marche du monde? Thème déjà bien éculé, mais l’auteure fait preuve de génie en déclinant le personnage féminin au travers des trois âges qui le compose. Violette a peu d’importance, elle est un maillon obligatoire mais éphémère, la jeunesse fugace dont on ne sait que faire. Vera Candida en femme accomplie et Rosa en vieille avertie sont des incarnations sublimes des deux plus importantes facettes de la vie des femmes.

    Le récit file à toute allure. Ebouriffant, le texte sait aussi être impertinent à force d’effets dilatoires. Le prologue/épilogue rend avide, immédiatement. Et le titre? Qui sait quoi de Vera Candida? Qui donc nous raconte cette histoire? Où est le narrateur? Est-ce l’auteure, humblement qui nous livre sa création en l’état, non achevée? Est-ce un biographe anonyme qui a retourné le passé? Est-ce moi, lectrice, qui glâne au fil des pages des indices et des semi-vérités? Voilà bien le premier et le dernier mystère de ce livre étourdissant.

  2. C’est un peu tard pour en parler, mais je l’ai lu la semaine passée et j’ai été subjuguée!!!

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