Ordalie de Cécile Ladjali

OrdalieOrdalie de Cécile ladjali chez Actes Sud

Comme vous le savez sans doute, le site Chroniques de la rentrée littéraire s’est lancé le pari de faire lire et chroniquer par les blogueurs tous les romans de la rentrée littéraire. J’avais déjà eu l’occasion de chroniquer Le grand exil de Pavloff par le biais de Babelio. Quand Abeline Majorel, qui fait partie de l’équipe qui s’occupe du site, m’a proposé de me faire passer le dernier Ladjali pour que je puisse le découvrir, je me suis empressée de sauter sur l’occasion. De plus, c’est un livre qu’elle m’incite à faire voyager. Donc sa première escale sera chez Leiloona et s’il vous tente et que vous possédez un blog, faites-moi signe en commentaire. Par contre, comme c’est une nouveauté je vous demande de le lire en priorité quand il arrive chez vous, afin que vos avis puissent coller à l’actualité de ce livre. Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.

De quoi ça parle :
Zak a perdu ses parents pendant la 2e Guerre Mondiale. Et c’est son oncle qui l’a recueilli et élevé, dans une petite bourgade d’Autriche. Mais Zak va s’éprendre de manière irréversible de sa cousine Ilse. Celle-ci est passionnée d’écriture et n’aura qu’un seul vrai amour dans sa vie : le poète polonais Lenz.(Les deux personnages étant directement inspirés de l’histoire de Paul Ceylan et Ingebor Bachmann).
Zak va alors devenir le témoin de la passion mais aussi des cruelles désillusions de sa cousine. Se consolant tant bien que mal dans d’autres bras ainsi que dans la photographie, Zak va petit à petit devenir un témoin de plus en plus froid de ce qui l’entoure voire s’ériger en témoin tout puissant, ce qui justifie le choix du titre. En effet, voici la définition du mot, trouvée sur Wikipédia : »L’ordalie consiste à faire passer à l’accusé une épreuve physique décidant de son sort. L’épreuve se déroule sous le regard de la divinité tutélaire de la justice, qui va sauver l’innocent et empêcher l’injustice. »
C’est une lecture qui mêle un témoignage discret sur le monde de l’après-guerre mais qui peint surtout des amours impossibles, qui font tout pour se rejoindre sans jamais vraiment y parvenir.

Ce que j’en ai pensé :
C’est la troisième fois que je lis cet auteur. J’avais lu l’essai Mauvaise langue que Leiloona m’avait prêté, mais aussi son roman Les Vies d’Emily Pearl.
La première chose que je constate c’est que j’aime vraiment beaucoup sa plume. J’aime ce style qui me fait penser aux romanciers du XIXe siècle sans que je n’arrive vraiment à m’expliquer pourquoi. La syntaxe est fluide et travaillée, le lexique impeccable. On n’en attendait pas moins d’un auteur qui mène au quotidien ses élèves dans un processus d’écriture. J’y ai retrouvé un trait de style également, cette volonté de ne pas démarquer le dialogue du récit. Ainsi cela donne une impression de polyphonie sans pour autant perdre le lecteur.

Quant à la trame du roman maintenant, je dois dire que j’ai moyennement été emballée. Cela ne vient pas des choix eux-mêmes car tout y est admirablement ficelé. Je pense que l’obsession du narrateur pour sa cousine ainsi que le récit de ces amours enchevêtrées ne sont simplement pas ce que mon esprit vagabond avait envie de lire en ce moment. Je m’attendais certainement aussi à quelque chose de plus centré historiquement.

Néanmoins, je peux dire que j’ai globalement pris plaisir à cette lecture et que je continuerai à lire la production écrite de Mme Ladjali.

Je vous invite également à aller lire les avis de BelleSashi qui l’a abandonné; Marie parle d’un écrivain à la plume impeccable, Lou vante la construction de ce récit, Lilly « recommande plus que chaudement ».

Avec ce roman, je franchis une marche supplémentaire du défi de Levraoueg, puisque c’est ma troisième lecture de cette rentrée littéraire.

Chronique rédigée par Mille et Une pages

Quatrième de couverture :

Ordalie est en premier lieu la petite histoire de deux amants écrivains, dont l’idylle commence juste après la Seconde Guerre mondiale. Lenz est juif, poète, rescapé. Ilse est la fille d’un ancien nazi et elle écrit des romans. Les deux amants traînent leur œuvre en devenir et leur destin de Vienne à Paris, de Paris à Berlin, de Berlin à Rome. Il s’agit de réorganiser les décombres du monde grâce à l’art et à l’amour. Cette simple histoire d’amour est racontée par Zak, le cousin de Ilse. Zak a toujours été amoureux de sa cousine, comme il a nourri une passion morbide pour le Reich. Zak est un salaud qui incarne toute la mauvaise conscience des bourreaux. Il pressent qu’il obtiendra son salut par le regard indulgent que voudra bien porter sur lui sa merveilleuse cousine. Car Ilse est un être positif qui croit à demain. Avec un groupe d’écrivains elle essaie d’avancer malgré tout le poids d’un passé qui la leste. Lenz n’aura jamais cette force.
Ordalie tente surtout de dire la grande Histoire, à travers le parcours de ces trois êtres meurtris, orphelins ou fils de la honte, qui trébuchent dans le noir, la bouche pleine de cette langue allemande qui les étouffe et avec laquelle ils vont tenter de créer. Car pour Ilse et Lenz, écrire revient à vivre. Zak finira par comprendre cela à son tour.

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