Parquet Flottant de Samuel Corto

parquet flottantParquet Flottant de Samuel Corto chez Denoël

Samuel Corto a d’abord été avocat puis magistrat du parquet  jusqu’en 2007 et là c’est son premier roman. Il se consacre maintenant à l’écriture (sous un pseudo), et après lecture de son livre je pense que cela s’imposait!

Que raconte donc ce que je pourrais qualifier de docu-roman??? Etienne Lanos, après avoir été avocat,  vient d’être nommé substitut du procureur dans un tribunal de province. Jusque là c’est le double de Samuel Corto.
Il raconte donc ses expériences de magistrat, présente ses collègues et supérieurs, propose différents cas où des citoyens finalement bien ordinaires se sont retrouvés face à la justice et évoque les dysfonctionnements de la dite justice. Lorsque cela se révèle utile, il expose aussi brièvement mais de façon claire les nouvelles orientations de la loi.

Tout cela n’a rien de bien attirant a priori, n’est ce pas?
Mais Etienne Lanos n’est vraiment pas un substitut comme les autres… Il déstabilise ses collègues par ses remarques absurdes, s’oppose souvent à l’accusation et fait provision de cannabis dans les stocks de scellés du tribunal. Uniquement pour son usage personnel? A voir!

Beaucoup d’épisodes ahurissants et hilarants, d’autres absurdes, écoeurants ou inquiétants. Je suis sortie de cette lecture amusée par cette peinture au vitriol du milieu judiciaire et certains épisodes ou descriptions déjantés et, je l’espère, purement imaginaires, mais également un peu inquiète à la pensée qu’en tant que citoyenne lambda je pourrais me retrouver un jour happée par ce système.

Un passage (oh, parmi bien d’autres, pour vous faire saisir le ton général ).
Il a trouvé une collègue un peu « excessive dans ses poursuites » :
« Dans n’importe quel milieu adapté, les fous sont repérés et éliminés des champs de décision. Dans certains milieux professionnels, à syndicalité plus sensible, ils sont reconditionnés vers des emplois plus ou moins fictifs. Dans la justice, ils en prennent à leur aise. Au parquet en particulier : si la folie singulière d’un de ses membres présente l’avantage qualitatif de s’entrelacer habilement avec l’esprit demandé – une bêtise sans pitié et une méchanceté de structure – , son oeuvre est quasiment indétectable. Au contraire même, ce type de déraison vacante provoque, dans la bienveillance maternelle de l’institution tout entière, une élevation commune du goût pour la répression jusqu’à son point sublime d’ontologie, d’enchantement, d’encouragement : les chauffards ont les clés du rouleau compresseur.
Dans la naïveté de mes débuts, je décidai rapidement de m’ouvrir de cette difficulté au substitut d’un des bureaux du milieu; c’était un garçon à la courtoisie obsevable, doté d’une tête d’imprimante : une figure anormalement rectangulaire, surmontée d’une houppe rousse et avec une langue sortant en permanence comme une recharge à papier. »

Un livre tout à la fois drôle, instructif et dérangeant.

Chronique réalisée par Le blog de keisha

Quatrième de couverture :

«C’était à n’en plus douter un accomplissement personnel fort, une sorte de transe extatique : la magistrature m’ouvrait ses bras. Des bras bruns, puissants, poilus, tentaculaires…» Ainsi commence ce voyage où, tel un naufragé échoué en milieu hostile, Étienne Lanos, nommé substitut du procureur dans un tribunal de province, organise sa survie : approche pour le moins singulière des dossiers judiciaires, comportement déroutant pendant les audiences, érotomanie active, usage… stupéfiant de substances entreposées au palais de justice. Un roman aussi drôle qu’impertinent sur le monde très secret des procureurs de la République. Un regard inédit sur la manière dont la justice prend aujourd’hui sa place dans la société des hommes.

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3 total comments on this postSubmit yours
  1. Me voilà bien peu tentée par ce livre… Je ne suis pas friande des auteurs trop cyniques.

  2. Il faut le lire . C’est un grand moment de jubilation . Le livre est bien écrit : c’est de la littérature . Abandonnant tout esprit « bégueule », on éprouve un malin plaisir à voir les dessous de la justice et aussi les dessous de ses fonctionnaires féminins !

  3. Ce roman est un plaisir a plusieurs égards, il met en scène un héros cynique et savoureux à la Bukowski (le postier), décrit la médiocrité et l’absurdité des systèmes hiérarchiques, de la bureaucratie, et de la fonction publique, et il surnage par la fantaisie et l’humanité qui est au final le guide du héros en question.

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