Thriller d'Iegor Gran

ThrillerThriller d’Iegor Gran Chez P.O.L

Iegor Gran est un écrivain français d’origine russe remarqué en 2003 avec la publication d’ONG!, Grand Prix de l’Humour Noir qui traitait déjà avec dérision des luttes intestines du monde humanitaire.

Norman, le personnage principal de Thriller – son dernier roman – est un professeur d’économie de Berkeley à la recherche de la « grande équation sociale », formule à la puissance infinie, synthèse de théories antagonistes et surtout, capable de déterminer les composantes du bonheur humain. Equation encore toute hypothétique toutefois, et qui viendra peut être consacrer enfin une carrière universitaire dont les promesses de réussite se font attendre, aux yeux de sa femme et de son entourage. Jusqu’au jour où, au cours d’un dîner mondain assez quelconque de la bonne société californienne, Norman est accusé d’un vol de portefeuille. Acte gratuit, infondé et inexplicable pour ce donneur de leçons qui juge déjà boiteuse la position morale par laquelle on se ressert en saumon sans finir la laitue. Simple fait divers ou « soupape cachée de la civilisation »?

Iegor Gran n’avait besoin que d’un prétexte pour railler tout à la fois la moraline de l’époque et la laideur de ses âmes ordinaires. Dans une série de portraits à la première personne, l’auteur moque ainsi les petits narcisses d’une petite société qui s’effondre sur sa propre vacuité en se regardant le nombril. Le doyen Lorch qui calcule à l’excès ses stratégies de séduction extra-conjugales, Lafayette la fouine dédaigneuse toujours prête à remuer la merde des autres ou Syd l’ado informaticien qui a bien compris comment capitaliser sur les vices de tout ce beau monde.  Les personnages sont assez lisses, et il n’y a pas à creuser beaucoup la psychologie pour faire le tour de ces insectes là. Mais c’est que l’auteur joue l’entomologiste au second degré, avec une certaine réussite. La lecture est agréable et le style – outre un certain sens de la formule- est léger, parfois un peu trop d’ailleurs dès lors que les personnages singent les essayistes de comptoir. C’est un peu le point noir s’il fallait en trouver un, que ces réflexions inachevées et auxquelles on croit peu, sur l’avenir de l’économie sociale, la notion d’offre d’ennui ou la consommation de porno en ligne. Au final, on s’amuse quand même beaucoup de ce thriller psychologique et humoristique où les personnages luttent avant tout avec leurs propres images d’eux-mêmes.

Chronique rédigée par Pierre Fremaux de Babelio

Quatrième de couverture

Les faits divers sont les soupapes cachées de la civilisation. Voici qu’un certain Norman, professeur d’économie à l’Université de Berkeley, dérobe le portefeuille d’un clochard. Coup de folie ? Envie de jouer au surhomme ?… Ses proches sont perplexes. Et Norman, qui a toujours étalé sa probité de gauche, patauge maintenant dans un fâcheux bourbier moral. L’incident aurait été un simple dérapage vite oublié – qui se soucie d’un clochard ? –, si au même moment, s’emparant de l’affaire, un journaliste à la déontologie moribonde n’avait bidonné un article pour l’Oakland Daily. Le crime se recycle et prend de l’ampleur. Une blonde est étranglée dans un terrain vague. Un vent mauvais se lève à Berkeley, soufflant sur les ruines de la famille, des rapports amoureux et des théories économiques à la mode.

Ainsi, comme à l’accoutumée dans les livres de Iegor Gran, nous assistons à un très réjouissant jeu de massacre qui n’épargne ni les personnages du roman ni leurs référents dans la réalité contemporaine. Si on ajoute à cela une histoire remarquablement ficelée, le lecteur est happé par une mécanique implacable qui n’a rien à envier à celles qui gouvernent les chef-d’œuvre du genre. À ceci près, tout de même, qu’ici, en plus, on rit beaucoup. On rit devant la drôlerie des situations, l’habileté narrative et dramatique de l’auteur, mais on rit aussi à cause de son incroyable talent de manipulateurs de mots. Iegor Gran, comme personne, sait rendre notre langue métaphorique. C’est du grand art, c’est d’une poésie inattendue, burlesque et d’une rare créativité, d’autant plus surprenant qu’elle n’arrête en rien le fonctionnement de l’intrigue mais au contraire le nourrit.

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