Entretien avec Véronique Ovaldé

Véronique OvaldéEntretien avec Véronique Ovaldé, auteur de « Ce que je sais de Vera Candida  » aux éditions de l’Olivier

A Chroniques, nous avons aimé tout de suite Rosa Bustamente et Vera Candida, les personnages du nouveau roman de Véronique Ovaldé. Nous avons même aimé l’autre face de cet auteur, celle d’éditrice de Jean-Michel Guenassia, ce qui nous donnait donc deux bonnes raisons (au moins ) de poser quelques questions à cette romancière.

Votre livre est construit en chapitres assez courts avec des titres inventifs et jubilatoires. Le titre, c’est important pour vous ?

C’est important. C’est comme un polaroïd de l’ensemble.Je cherche les titre de mes livres très longtemps, je fais de longues listes de titres. Pour les chapitres, en revanche, les titres surgissent immédiatement.

Votre livre se termine par « ils rient ensemble » C’est important l’humour dans votre écriture, parfois cocasse, souvent absurde. Est-ce naturel pour vous de l’introduire dans votre narration ?

« Ils rient ensemble. » A la fin du texte c’ets moins par humour que les deux personnages rient mais comme pour pacifier leur relation. C’est au moment de complicité au milieu d’un chagrin qui les rassemble. Quant à l’humour dans la narration, j’aime profondément l’absurde et le burlesque. C’est une face du tragique qui me semble nécessaire.

Rose Bustamente profère des aphorismes aussi définitifs qu’imagés. On dit souvent de vous que l’oralité a une grande place dans votre écriture, mais l’image me semble aussi importante. Comment la construisez -vous?

Je ne sais pas. Il y a Rose devant mes yeux et elle prononce des paroles qu’elle seule pouvait prononcer. Il y a une sorte de tranquille évidence dans les paroles des personnages. Mais je ne sais pas si c’est vraiment la réponse à la question que vous me posiez.

Avez-vous la tentation d’inventer un langage propre à vos personnages, une langue à la Tolkien ?

Dans mon premier roman Le Sommeil des poissons, j’avais inventé tout un lexique propre au pays où se situait l’action – les femmes étaient des madous par exemple, les enfants étaient des gueuniards. J’aime beaucoup que les gens utilisent des mots désuets quand ils parlent ou des expressions qu’ils inventent. Je me permets moi-même tout un tas d’entorses, ça parasite ma diction, ça jaillit n’importe où mais ce n’est pas très grave.

Les femmes de votre livre sont fortes par leur sensualité assumée ou refoulée mais laissent assez peu de place à l’intimité. La féminité pour vous est-elle séduction et artifice ou intériorisée et naturelle ?

C’est une question très personnelle, ça…Je dirais que j’utilise la séduction (et ses artifices) comme une arme de poing. La féminité c’est encore autre chose…

Votre Vera Candida a un peu le destin d’Homère qui décide de faire « retour à l’île de naissance, à l’être originel ». L’insularité, le périple étaient-ils évidents pour vous dans la construction de votre narration ?

La première phrase que j’ai écrite (qui est demeurée la première phrase de Vera Candida) faisait référence à un retour au pays natal. J’avais besoin d’une construction circulaire pour ce livre. C’est un livre qui parle de la mort et de l’abandon finalement…

Boutang disait que toute décision de chercher l’être original est dès le point de départ une décision de retour. Avez-vous dès le départ imaginé le retour de Vera Candida à Vatapuna ? Etait-ce votre intention de narrer le retour à l’origine d’une femme émancipée ?

Ah ? Je n’avais pas lu cette question en répondant à la précédente… Je crois que j’ai répondu aux deux, non ?

Lorsque Monica Rose nait, vous écrivez : « elle le ( le bébé Monica Rose) lui tendit en lui (Vera Candida ) disant : ceci est ton horizon » . La maternité vous apparait-elle comme une limite ou une impossible quête ?

Plutôt comme une extension du domaine de la lutte.

Etre résolument contre est la manière de s’émanciper que Vera Candida a choisie. C’est le conseil d’émancipation que vous donneriez à votre fille ?

Je pense qu’il faut savoir équilibrer les non et les oui. Apprendre à refuser. Pas si simple.

« A Lahomeria on avait officiellement droit à la rédemption » C’est donc dans l’exil que Vera Candida peut s’extirper du poids des origines ? Ou est-ce plutôt dans l’anonymat et l’activité citadine ?

C’est l’exil qui permet de se débarrasser – plus ou moins bien – de ses oripeaux. ce n’est pas le lieu où vous vous retrouvez qui est important. C’est le fait de rompre, je crois.

Vera Candida découvre l’amour avec Itxaga, chevalier moderne à la patience d’ange. Vous faites dire à Monica Rose : « en fait Maman cherche un gentil tueur ». L’homme-chevalier moderne se définit ainsi pour vous ?

Non c’est juste une petite phrase bizarre d’une petite fille bizarre.N’est-ce pas ?

Lorsqu’elle décrit la manière de faire l’amour d’Itxaga, Vera Candida « dit une manière livresque ». Il y a une sensualité propre au lecteur à vos yeux ?

Non. C’est plutôt qu’elle n’a une connaissance de ce type de sensualité que dans les livres. Qu’elle n’imaginait pas cela possible dans la réalité.

« Elle se rendit compte qu’à chaque fois qu’elle avait lu un livre pendant toutes ces années elle avait cherché un éblouissement quelque chose qui lui dirait comment appréhender la mort. La barrière à franchir est dans ma tête, se dit-elle. Et en réalité il n’y a pas de barrière. » Est-ce vous ou Vera Candida qui pose ce constat ?

C’est Vera Candida. Mais ce rapport à la littérature et à la lecture comme d’une recherche d’élucidation et d’éblouissement n’est pas sans rappeler le mien.

« Toute personne capable d’écrire une page de prose ajoute quelque chose à nos vies » a dit Raymond Chandler, que je crois vous appréciez beaucoup. Qui vous a apporté ce supplément ? Et quel supplément aimeriez vous avoir apporté à vos lecteurs ?

Beaucoup d’auteurs m’offrent ce supplément (cet éblouissement) : des romanciers, des poètes, des morts et des vivants – la liste serait très longue

Quant à moi je ne sais pas bien ce que j’espère apporter au lecteur. Un type de réconciliation peut-être. Un apaisement. « Pouvoir rire ensemble ».

Et en tant qu’éditrice, quel « supplément » recherchez vous ?

Je cherche la même chose qu’en tant que lectrice. Et ça peut être très divers, je peux aimer un roman au charme ténu, quelque chose de très silencieux, je peux aimer un texte baroque et furieux.

Propos recueillis par Abeline Majorel



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