Assortiment pour une vie meilleure de Thomas Gunzig

Assortiment pour une vie meilleureAssortiment pour une vie meilleure de Thomas Gunzig aux éditions Au Diable Vauvert

Thomas nous avait régalés l’an passé avec 10.000 litres d’horreur pure, où les flots d’hémoglobine compensaient le QI de certaines blondes… Avec de recueil de nouvelles, il remet le couvert pour une série de saynètes à pas piquer des hannetons. Ces 27 textes qui n’auront connu qu’une diffusion belge sont des petits bijoux tant de concision pour certains, que de mises en scène, dans lesquelles la nouvelle bascule dans le théâtre. Mais toujours, cela finit par une fission nucléaire : et comme souvent dans ces cas-là, c’est irradiation et la contamination.

Avec Thomas, les retombées sont jouissives, et particulièrement grinçantes. Une fois de plus, Thomas est ce qu’Hugo aurait nommé « un écho du siècle » : pure expression de la folie moderne, Guntzig nous présente des carottes de notre société, en bon géologue . Chaque strate démasque la lâcheté, le cynisme, le mépris, la violence, les haines quotidiennes et autres bassesses de notre petit monde.

Est-ce un plaisir à nous montrer le côté obscur de la face humaine ? Une vision du monde où la promiscuité nous rend simplement bêtes et méchants – quoique parfois touchant dans ce marasme où nous pataugeons ?

Que ce soit trois ados friqués qui partent au ski et qu’une terroriste va faire exploser ; un chien mort dans une voiture, garée face à la plage et qui cause la ruine de toute une famille ; un furet dans un immeuble, maltraité par son jeune maître, qui va trancher le sexe d’un black d’un coup de dent ; un rat en cage qui protège sa maison de l’invasion imminente d’une meute de rats d’égout ; un assassin né, qui attendra 45 ans pour exercer sa véritable profession…

Mais on ne s’arrêtera pas en si bon chemin : une jeune pianiste décide de prendre son pied avec un amant allemand plutôt que de réviser ses gammes pour un futur concert, mais si l’amant meurt d’une crise cardiaque parce que la jeune fille en demande trop ? Et ces deux journalistes qui partent à Budapest pour un reportage de fond sur la Hongrie…

la découverte des mets locaux et de la gastronomie leur en dira bien plus sur l’état du pays que n’importe quelle interview. Ne mange pas ton prochain, si tu ne veux pas être jugé. L’idée c’est qu’en une ou deux pages – parfois moins – ça saigne, ça ment, et que dans ces textes Gunzig excelle. Et brillamment. Très. La narration est affûtée pour ne pas rater la marche de chacune des chutes : tout le paysage se met en branle et se structure autour de quelques détails placés çà et là pour finalement se refermer sur le lecteur qui a le choix entre le fou rire nerveux ou le ricanement de hyène.

Un venin délicieux se distille au fil des pages, avec tout ce qu’il faut pour déranger, mettre mal à l’aise, voire terrifier. Vous avez déjà sacrifié un touriste japonais à un ours des Pyrénées pour récupérer votre voiture dans laquelle la bestiole est parvenue à s’enfermer ? Dites-lui simplement que c’est une race de gros chien européen, et qu’il n’a rien à craindre : les bouteilles de vins sont derrière sur la banquette, il n’aura qu’à ouvrir la portière et laisser sortir…. la bête.

Du grand art, à savourer avec sa feuille d’impôts pas loin.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

Deuxième recueil de nouvelles publié au Diable vauvert, il rassemble 27 nouvelles parues dans différents recueils diffusés exclusivement en Belgique comme Carbowaterstoemp et aujourd’hui épuisés, données sur scène mais encore inédites, ou encore parues en revues. Gunzig donne ici la pleine maîtrise d’un talent de nouvelliste incontournable, arrivé à maturité. Sous des titres culinaires, une galerie de portraits, humains ou animaux, piégés par la dure réalité de la vie qu’ils tentent en vain d’adoucir, mais c’est sans compter les multiples embuscades du destin…



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