La clé de l'abîme de José Carlos Somoza

La clé de l'abîmeLa clé de l’abîme de José Carlos Somoza aux éditions Actes Sud

La Clé de l’Abîme ou Candide au pays de l’Heroic Fantasy.

L’aventure commence dans une Allemagne futuriste, à bord du Grand Train où Daniel Kean est surveillant. Pendant sa ronde, il est interpellé par Klaus Siegel, un fanatique qui menace de faire sauter le train. Avant de mourir, Klaus confie à Daniel son puissant secret, le code qui permet de localiser la demeure de Dieu sur terre.

Une fois dépositaire de ce fardeau, la vie de Daniel bascule dans la fosse aux lions. Sa famille est enlevée et pour sauver sa fille Yun, il rejoint les rangs d’un groupe de croyants. Chacun d’eux est spécialiste d’un chapitre de la Bible, aux pouvoirs super-naturels. Ensemble, ils vont lutter contre les ravisseurs, dans une course- poursuite qui les mènera du Japon à la Nouvelle-Zélande.

La figure de Daniel, naïf et plein d’espoir, n’est pas sans rappeler celle de Candide, de même que son voyage, qui n’a pas au fond de dimension initiatique. Daniel, comme Candide, s’interroge sur le monde, tout en restant égal à lui-même. Et quel monde ? Un univers fantastique où hommes et femmes sont conçus artificiellement, selon des critères esthétiques et physiologiques quasi identiques. Mais la question centrale du récit est la même que nous connaissons : Dieu existe- t’il ? Peut- on le détruire, pour libérer les hommes de la croyance, de la peur ?

L’histoire s’embarrasse toutefois assez peu de ces préoccupations métaphysiques, mais se resserre davantage sur la quête de Daniel et ses compagnons. José Carlos Somoza mène l’intrigue avec un certain art du suspens et de la mise en scène. La réflexion ne prend jamais le pas sur l’action et lorsque l’attention pourrait se relâcher, José Carlos Somoza libère des vapeurs érotiques, aisément amenées par l’ambiguïté sexuée de ses personnages. On peut regretter sa façon faussement innocente de décrire ces scènes, une loi du genre pour qui connaît l’Heroic Fantasy.

Le mérite de ce roman tient à l’épilogue, qui conclut le récit par un retournement de situation magistral autant qu’inattendu. La révélation finale donne du corps à ce qui n’aurait été qu’une aventure mystique somme toute assez convenue, mais laisse l’impression agaçante d’une mauvaise blague.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

Puissant, immense, tout de verre et d’acier, le Grand Train de 7h45 vient de s’ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d’un passager. Pour déjouer l’attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l’oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d’un effroyable secret : l’emplacement de la « Clé » qui pourrait détuire Dieu, détruire surtout la crainte qu’il inspire aux hommes.
Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s’immerge dans un univers peuplé d’ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques. Tels Verne, Stevenson ou Lovecraft, José Carlos Somoza conduit ce thriller futuriste vers des terres inexplorées, des continents entourés de marais, des océans contenus dans des cercueils de verre, orchestrant l’éternelle bataille, ici magistralement renouvelée, entre les méandres de la foi, on revient riche d’une seule certitude : ce « pour ou contre » Dieu qui a forgé notre conscience d’être au monde, cette croyance ou ce déni qui règlent nos vies, il faudra admettre qu’ils ne reposent sur la seule puissance fabulatrice des hommes. Un postulat bâti sur une légende !



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