Le Coffre des Secrets d'Elias Khoury

Le coffre des secretsLe Coffre des Secrets d’Elias Khoury aux éditions Actes Sud

Quoi de plus satisfaisant pour un lecteur curieux qu’un mystère qui s’épaissit à chaque page ? Le Coffre des Secrets distille ses révélations alambiquées avec la puissance d’un vieux cognac.

L’histoire commence en 1976 à Beyrouth par la mort d’Ibrahim, dernier héritier d’une lignée de migrants Syriens. Son corps est découvert par Norma, la maîtresse à qui il promet le mariage depuis vingt ans. Hanna le cordonnier et son ami de longue date, prend en charge les funérailles. Ibrahim a-t’il été assassiné ? On promet de faire toute la lumière sur cette affaire et chaque chapitre commence par un vœu d’honnêteté. Habile tour de magicien !

La clé du coffre est bien gardée. Elle glisse dans une meule de foin lorsqu’on croyait enfin la saisir et l’on tourne une page supplémentaire dans le fol espoir de la retrouver. Tour à tour, tous endossent la robe du prophète et celle du menteur, les habits de la victime et ceux du criminel, dans un carnaval étourdissant. Les facettes du récit prennent un aspect kaléidoscopique.

Jusqu’au moment où l’on réalise qu’au fond, la vérité revêt une importance toute relative. Car après tout, qui peut objectivement avoir raison ? Chaque témoin apporte sa pierre à l’édifice, taillée à l’aune de la perception du moment. La beauté du canevas que tisse Elias Khoury tient justement à ce chatoiement bigarré. La complexité du motif se révèle bien plus proche de la réalité quotidienne qu’une brillante, mais froide, démonstration de logique pure.

Avec l’agilité d’un joueur de bonneteau, Elias Khoury brouille les cartes d’une main maîtrisée. De son style prolixe et coloré, il brosse les contours du Liban depuis les cours et l’intérieur des échoppes, où la guerre n’est présente qu’en arrière- plan. A la façon d’un conteur des temps anciens, il glisse dans son récit des perles de sagesse sur le sentiment d’identité et d’appartenance à un pays. Le Coffre des Secrets est une boîte à malices qui ne manquera pas de surprendre.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

Trois histoires se croisent ainsi tout au long du roman, celles d’Ibrahim Nassâr, d’Hanna al-Salmân et de Norma ‘Abdel al-Massîh. Ibrahim Nassâr est le dernier rejeton d’une famille qui serait originaire du Hauran, en Syrie, et qui se serait installée par étapes dans un village du sud du Liban avant de se disperser entre Beyrouth et Bogota, en Colombie. Hanna al-Salmân est un cordonnier qui habite le même quartier qu’Ibrahim. Il a été condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis et c’est le jour même où il devait être pendu que la police est parvenue à arrêter l’assassin. Libéré, il ne reprend pas son ancien métier mais devient trafiquant de haschisch. Quant à Norma, dont la mère a travaillé comme domestique chez les Nassâr, on apprend qu’elle a couché aussi bien avec Ibrahim qu’avec Hanna et tenté de convaincre chacun d’eux qu’il l’a déflorée le premier.
Pour raconter cette histoire – ou ces histoires, ainsi que celles des vingt ou trente personnages secondaires qui surgissent avec leurs petits secrets chapitre après chapitre –, Elias Khoury s’est employé à multiplier les angles d’approche et à recourir à plus d’un narrateur. Ainsi, dès que l’un d’eux se confond avec tel ou tel personnage, un autre met en cause la véracité de ce qu’on vient de lire, avant qu’un troisième n’apparaisse pour apporter une précision historique ou lexicographique ou pour glisser une anecdote littéraire. De la sorte, le récit s’ouvre sur diverses probabilités, se reprend pratiquement à chaque chapitre, dévoile certains secrets mais garde le coffre (le Liban sans doute, entre deux guerres civiles) bien scellé… en attendant d’autres révélations.



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