Au pays des vermeilles de Noëlle Chatelet

Au pays des vermeillesAu pays des vermeilles de Noëlle Chatelet aux éditions Seuil

L’émerveillement d’une naissance… Pour la famille, c’est toujours une joie indicible. Pour les proches, cela laisse présager les séances Galerie photos – soyons modernes, les diapos, c’est dépassé – du petit, depuis la cohue du départ précipité de la maison au papa, un peu empoté, tenant sa progéniture dans ses bras. Pourtant, ce sentiment, cette ferveur, chaque famille nouvellement créée la connaît : étrange que l’on soit aussi peu réceptif quand il s’agit des autres, sinon par une politesse cordiale.

En ouvrant le livre de Noëlle Châtelet, on se dit que vermeil fait bien écho à la carte du même nom, puisqu’il s’ouvre sur les réflexions d’une nouvelle grand-mère face à sa petite-fille. Puis celles de la mère qui devient alors sa mère, ayant connu l’accouchement. Des changements de place, de rôle, de fonction : un petit bout de pas grand-chose vient soudain de bousculer votre existence. En même temps, neuf mois déjà que vous étiez prévenus, faut peut-être pas pousser…

Chaque chapitre est comme une saynète, où l’une des femmes contemple le rejeton : c’est une découverte de cette fonction sociale – être mère – et la compréhension de celle occupée jusqu’à lors par sa propre mère. Pour qui le monde vient de changer : autre époque, autre rôle. Le jeu des dominos s’enclenche, le temps fait son oeuvre. De fille, on devient mère, puis mère d’une mère, etc.

« Davantage que l’enfant, l’enfant de l’enfant ne vous rend-il pas immortel ? » Possible. Le jeu s’écrit d’une femme à l’autre, alors que le père, lui, disparaît progressivement, s’estompe comme les femmes se retrouvent, se découvrent et avec un peu de chance, se comprennent. Et si l’on ne doute pas que l’émotion parcoure les pages de ce livre, voire les emplit, ce trio d’empathie tourne vite en rond.

Entre celle dans son berceau, occupant le premier rôle, alors qu’elle est avant tout ramenée au statut de figurante, et celles qui défilent devant, au-dessus du berceau, on se convainc progressivement que toute naissance doit s’apparenter à ce que Hegel disait du Beau. C’est l’universel sans concept. Pareil pour ce bébé qui débarque : nous partageons tous l’événement, mais impossible de ne pas préférer le sien à celui des autres.

Au moins le livre est-il bien écrit et facile à lire, si l’on oublie quelques entorses rhétoriques, comme ces phrases nominales, brèves et qui vont toujours de pair, une sorte de litanie, martelée, en deux coups secs ou non, mais qui frappe un peu trop régulièrement.

Effectivement, l’oeuvre de Noëlle Châtelet tendait immanquablement vers cette dernière pièce d’un puzzle humain, et plus particulièrement féminin, mais j’ai peur que l’homme au fond de moi ne se soit senti largement exclu de cet événement. Si quelques notes d’humour arrachent çà et là un sourire, il s’estompe bien vite sous les allers-retours des femmes entre elles. Même le bébé a plus de place ici.

C’est ce que l’on doit désigner la solidarité féminine. Une expression que je n’avais jamais encore comprise, manifestement.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

C’est un événement banal et universel: une femme entre dans la « grand-maternité ».

Inspirée par la venue au monde de sa première petite fille, Noëlle Châtelet nous livre le récit minutieux, rare en littérature, de ce lien mystérieux qui se construit et des multiples émotions réveillées par cette expérience.

À la manière d’Alice qui traverse le miroir du temps et de l’espace, Noëlle Châtelet nous convie au doux émerveillement des retrouvailles avec la part oubliée de soi-même, la toute petite enfance, celle des souvenirs d’avant les souvenirs.

En écho à sa trilogie des couleurs, et en particulier à La femme coquelicot, la teinte vermeille vient compléter, ici, la palette des métamorphoses féminines.

Dans ce récit à la fois drôle et profond, Noëlle Châtelet s’adresse à sa petite fille mais aussi à sa mère, poursuivant ainsi l’inoubliable dialogue de La dernière leçon.



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