Le cannibale et les termites de Stéphane Dovert

Le cannibale et les termitesLe cannibale et les termites de Stéphane Dovert aux éditions Métailié

Renouons en choeur avec les traditions colonialistes d’antan ! Car, et l’actualité nous l’a récemment montré, quand un ministre avisé targue de quelques traits d’un humour douteux, elles sont encore bien ancrées, ces habitudes fumeuses. Si, si, ces réflexions d’occidentaux bourrés de préjugés douteux et de certitudes bien ancrées.

Au fil de nouvelles mordantes, voici un tableau navrant de la fatuité exaspérante de l’homme, et si possible, blanc. Quelle dichotomie splendide : Lui, face au reste du monde, encore à éduquer, primitif et touchant de naïveté. Des êtres qui n’ont pas la chance d’être nés quelque part entre Paris et New York… Oui, je sais, un océan sépare les deux villes, mais vous m’avez compris.

« Je suis un homme formidable, très méritant. Forcément, parce que je suis très riche. » Ah ! Grandeur et joie ! Que l’on exulte à observer si attentivement la vanité inopportune de ces êtres – et nous en sommes. Si le chroniqueur désemparé peut se laisser aller à quelques souvenirs, voici l’un de ceux que l’ouvrage lui remémore.

C’était lors d’un voyage au Canada, avec un groupe de Français, de prime abord sans apparente malveillance. Alors que le guide nous faisait traverser le pays avec érudition, durant des heures passées dans le bus, nous arrivons aux Chutes de Montmorency, célèbre lieu touristique, et impressionnante réalisation de la nature. Et voilà qu’un des coreligionnaires touristiques s’émeut : « Franchement, on en fait tout un foin, mais ça vaut pas les fontaines de Versailles. »

Imbécile… D’abord, on dit Les Grandes eaux de Versailles. Et hop!, voilà que je m’y mettais aussi, à pratiquer l’intolérance gratuite et l’imbécillité. Quelle épidémie…

Du cannibale aux termites, on reste chez les rongeurs d’os ou de bois. De charpente. Du Viet Nam à l’Indonésie, on voyage de bêtises en méchanceté qui s’ignorent. C’est cet universitaire assuré de séduire une jeune femme – comment pourrait-elle résister à son charme d’Occidental ? C’est ce magnat fortuné qui converse avec condescendance et traite son amant comme l’on parlerait à un enfant.

Mais il n’a pas besoin de se trouver confronté à des peuples étrangers pour se montrer stupide, l’homme blanc, l’Occidental primitif : avec ses congénères, il brille déjà de mille feux. Il éclate tellement dans ses idées reçues, ou dans son orgueil – mais après tout, quelle réelle différence ?

Des pages et des pages entières, pour nous apprendre la modestie, voilà qui est bien pensé. Et peut-être même Stéphane Dovert ne pensait pas à éduquer ses lecteurs, en leur mettant le nez, pardon, mais difficile de passer à côté, dans leur merde. Des tableaux en pagaille, qui criblent des postures d’esprit effarantes…

Personnellement, la surabondance de ces saynètes, les textes font quelques pages au maximum, m’a fait referme le livre précocement. J’y retournerai plus tard, pour y regoûter avec plaisir. Ce livre ne se lit pas d’une traite, sinon il prend les tournures didactiques qu’il dénonce, et devient, probablement malgré lui, aussi pompeux que ses sujets. À trop montrer la poutre dans l’oeil de ses semblables, on risque fort de s’enfoncer une paille dans le sien.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. À consommer donc avec modération, pour éviter l’indigestion.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

Les Papous sont des chasseurs de têtes et des cannibales : tout le monde sait ça. Un groupe d’honnêtes touristes étrangers, pris en otage par les nationalistes à moitié nus, va en faire l’amère expérience. Mais si les apparences étaient trompeuses ? Si les sauvages n’étaient pas toujours ceux que l’on croit et que, derrière l’enlèvement, se cachaient des enjeux plus complexes ? Entre mythes millénaristes, fantasmes d’Occidentaux et rationalité militaire indonésienne, des personnages qui n’avaient rien pour se rencontrer se croisent et se télescopent. Entre un agronome que les noix de cajou n’intéressent plus, une jeune enseignante idéaliste, l’héritier américain d’une chaîne de restauration rapide et un groupe de Papous nationalistes, la forêt sert de lien et les lianes de barreaux. Cochons sauvages, rites initiatiques, kangourous arboricoles et anthropologues égarés tissent un écheveau plein de surprise où, plus que la survie, c’est le sens de la vie et les valeurs de notre civilisation qui sont en jeu. Et lorsqu’en arrière-fond l’argent s’échange et la diplomatie s’agite…



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin