MANAZURU de Hiromi Kawakami Chronique N°2

ManazuruMANAZURU de Hiromi Kawakami aux éditions Philippe Picquier

Voilà presque quatorze ans que le mari de Kei a disparu. Sans laisser de trace. Il n’est pas encore déclaré mort. Simplement disparu. Kei a refait sa vie. Elle habite avec sa mère et sa fille Momo, elle a un amant régulier depuis dix-ans : Seiji.
Et pourtant malgré son absence Rei est toujours présent. Ne pas avoir pu dire adieu, ne pas avoir pu faire son deuil le rend encore plus présent que ceux qui sont là.
« Mon mari n’est pas « quelqu’un qui n’est plus », il est celui « qui n’est pas encore là ». Celui qui n’est pas encore là. Qui apparaîtra peut-être un jour. Seul ce qui existe maintenant peut disparaître dans le passé. Ce qui n’est pas là ne saurait être gommé et rejeté dans le passé. Indélébile pour toujours. Absent, et pourtant qui ne disparaît jamais, présent à jamais. »
C’est un mot, trouvé dans le journal de Rei, rempli de notes succinctes et sans intérêt (prix des repas, notes de travail) qui va pousser Kei à chercher. MANAZURU. Elle ne peut dès lors s’empêcher de se rendre dans cette petite station balnéaire dans l’espoir d’y découvrir quelque chose.
Mais cette recherche est-elle celle du mari disparu? de la vérité ? Ou une simple introspection dans son propre passé ?
Qui est cette femme qui la suit sans arrêt ? Un fantôme ? Le miroir d’elle-même ? Sa conscience?
Insidieusement, le récit glisse vers le fantastique, à moins que ce soit vers le mystère des souvenirs occultés.
On ne sait plus très bien où l’on est embarqué : les pensées de Kei sont-elles des souvenirs ou des hallucinations. Reconstruit-elle son passé ou en invente-t-elle un autre? Prudemment nous avançons pour redécouvrir avec elle les éléments marquants de sa vie : sa sexualité, sa maternité, ses relations avec le mari disparu et l’amant présent.
Finalement, c’est le livre lui même qui donne la clef et la meilleure critique de cette lecture (car à la demande de Seiji, Kei tente aussi d’écrire un roman) :
« La tonalité du récit, sa densité… oui, c’est un livre plein de mystère, a dit Seiji en achevant la dernière page, après avoir avalé une gorgée de liquide.
- Tu trouves?
- Le récit est censé être limpide et innocent, pourtant, on ne voit pas où il mène. Et dans l’ombre de certains passages, on découvre quelque chose !
- C’est un compliment, ça, ou une critique? dis-je en riant.
- Je ne sais pas trop moi-même », répond Seiji en riant à son tour. »
Une lecture plaisir donc, toute en finesse, qui décontenance le lecteur et ne peut le laisser indifférent.

Chronique réalisée par le blog Notes de chevet

Quatrième de couverture:

Une femme, sa fille, son amant… et le fantôme de son mari disparu. Non pas défunt, mais mystérieusement évaporé dans la nature. Le seul indice de l’endroit où il pourrait se trouver est le mot «Manazuru» écrit sur l’agenda qu’il a laissé. Ce qui amène sa femme à se rendre régulièrement dans la station balnéaire du même nom.

Comme toujours dans les romans de Kawakami, le temps se tisse lentement et la transparence des coeurs se donne à lire dans les gestes, les étreintes fragiles, la délicatesse des sensations. Mais dans Manazuru plus que dans les autres, la présence d’un monde invisible imprègne le quotidien et bouleverse la géographie sentimentale des êtres. Là, au bord de la mer, il y a un bonheur à saisir entre apparition et disparition, mystère de l’absence et appel de la vie.

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