La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint

La vérité sur MarieLa vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint aux Éditions de Minuit

En recevant le dernier volet de la trilogie de Jean-Philippe Toussaint intitulé La vérité sur Marie, mon esprit mal tourné ne pouvait s’empêcher de se remémorer le visage déterminé de Cameron Diaz dans le film potache There Something about Mary et j’y cherchais quelques liens… Mais le personnage de Jean-Philippe Toussaint est d’abord un corps, souvent nu, qui bien souvent n’a pas de tête.

Je suis une fan de Jean-Philippe Toussaint. Je me souviens de ses portraits tendres et drôles de son Autoportrait à l’étranger. Reste encore dans mon souvenir le choc de la Salle de Bain en 1985 et de l’humour ravageur qui dégoûtait de ses lignes comme un poulpe mouillé.

J’ai donc pris avec entrain la Vérité sur Marie. La première partie m’a atterrée. J’avais l’impression de relire un livre que j’avais détesté de Véronique Olmi, La Pluie ne change rien au désir, où un couple désœuvré se retrouve place Saint-Sulpice, puis dans un hôtel, pour y faire l’amour, ou essayer, car que faire d’autre dans ce monde germanopratin qui entretient ce spleen chic propre aux intellectuels désœuvrés. L’amour physique y joue toujours un grand rôle, loin du bruit et de la fureur du monde. Mais le savent-ils que le monde existe au-delà du Quartier Latin ? Que l’on meurt, que l’on se bat et que l’on des idées, aussi quand on est un homme.

En commun donc avec ces romans bien français, euh, parisiens, ce désœuvrement, cette obsession du sexe (le sexe vécu comme un happening exposé dans les musées d’art contemporain), cette incapacité à agir et ces personnages féminins écervelés absolument insupportables. Les personnages sont portés par des événements extérieurs, des impressions, des pulsions, des attirances. Le monde réel ne les concerne pas. Et quand ils voient des travailleurs entrer dans leur champ de vision, ici des urgentistes essayant de ranimer l’amant en pâmoison, on dirait des martiens. Mais que font-ils ? Pourquoi s’agitent-ils ? Mais ils se parlent ? Le langage sert-il donc à échanger des informations ? Il y a donc un monde au-delà du corps et de ses pulsions ? Ce premier chapitre se termine par la phrase qui raisonne en écho à une précédente : « Il me vient à l’esprit que c’était la deuxième fois, cette nuit, que j’introduisais mon doigt dans le corps d’une femme », rappelant le fameux « Le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul. », Faire l’amour, page 91

J’étais dans le train encore pour deux heures. Le monde de Jean-Philippe Toussaint qui me semblait avoir perdu toute trace d’un quelconque humour me tenait encore, non pas par le doigt, mais par la qualité de son écriture. Je continuais en m’ennuyant fermement.

Suit une deuxième partie hallucinée. Une sorte d’œuvre contemporaine. Un pur sang doit être renvoyé en avion du Japon vers la France. Il suffit de réussir à le mener dans sa stalle pour l’y attacher. 80 pages permettent de suivre pas à pas (et beaucoup de galops) cette soirée insensée, où l’amant (mais nous apprendrons plus tard qu’il ne l’était pas, son amant), pendu au téléphone, essaye de calmer le pur sang… Je m’approchais de ma destination en soupirant.

Et puis… page 153, Marie s’incarne. On lui trouve un visage, une histoire, une matière, des occupations : jardiner, se baigner. L’écriture s’envole, on passe de René Char à Verlaine (« Marie s’était éloignée pour aller cueillir des fleurs au bord de la route, elle était descendue dans le maquis et cheminait avec insouciance à flanc de colline en composant un bouquet…» qui ne peut être qu’un hommage à Congé au Vent). Le dernier chapitre est lumineux et rattrape l’ennui profond qui a baigné le début. Pour ces très belles pages qui terminent le roman et la trilogie commencée avec Fuir, on ne peut que vivement recommander cette lecture, particulièrement si vous êtes un amoureux des chevaux. Que connaissais-je de Marie ? Deux ou trois profils sur la mer et c’est déjà beaucoup.

Chronique réalisée par ActuaLitté

Quatrième de couverture :

L’orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort. Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l’amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble.

La Vérité sur Marie n’est pas à proprement parler une suite, mais un prolongement de Faire l’amour (2002) et de Fuir (prix Médicis 2005).

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  1. Belle chronique et chapeau bas pour votre « objectivité » !

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