Brèves Enfances de Sylvie Bourgeois

Brèves EnfancesBrèves Enfances de Sylvie Bourgeois aux éditions Au Diable Vauvert

Sylvie Bourgeois, déjà auteur de L’amour libre, et coscénariste du film Les Randonneurs à Saint-Tropez, livre ici un recueil de nouvelles sur le thème de l’enfance et des ruptures familiales. Bien loin des clichés naïfs selon lesquels l’enfant serait un être candide (la vérité sort toujours de la bouche des enfants, paraît-il), Sylvie Bourgeois nous donne à voir des individus qui savent déjà analyser, même de manière écornée, et qui réfléchissent à leurs intérêts lors de conflits familiaux. Ces personnages sont autant des petites pestes que des êtres fragiles, bousculés par les aléas de la vie, qui bouleversent leur enfance et les obligent à grandir vite. Trop vite.

Il y a des textes tragi-comiques, parce qu’ils gardent en eux la trace d’un reste de naïveté, comme dans « mon papa est curé » où le jeune enfant s’exprime ainsi : « mon père, il n’a pas de vélo, il marche à pied. C’est plus facile je crois, pour porter sa croix ».  Un texte fort, qui d’entrée de jeu, donne le ton au reste du récit, avec une fin dramatique. Il y a aussi ces nouvelles où l’enfant est entre deux eaux, entre un père qui a quitté le foyer pour une autre et une mère dépressive, qui invente des choses, comme pour garder un dernier espoir : « Elle lui disait que j’étais une enfant qui coûtait cher et qui ne mangeait que des produits bio. Alors que ce n’est pas vrai, je n’aime que les coquillettes au jambon » (« Sylvette »).

Des nouvelles qui prennent en compte l’étendue des possibles que peuvent rencontrer les familles en matière de conflits : un père alcoolique (« Vanessa »), qui inconsciemment, pousse sa fille sur la même voie, une mère emprisonnée pour avoir assassiné son mari (« Prison »), des problèmes de religion (« Simon »), les enfants star (« Moteur ! »), ceux qui sont mis de côté (« les têtards de mon frère »), la pédophilie (« Bonbon ») et bien d’autres encore…

Et toujours, au cœur, les enfants, avec leurs façons bien à eux de raisonner. Sylvie Germain aurait pu tomber dans le lieu commun en tentant de représenter l’enfance. Au contraire, par la multiplicité des situations qu’elle traite, elle parvient à trouver un équilibre et à varier les psychologies de ses personnages.

Mais, au fond, le fil conducteur de toutes ces nouvelles se retrouve-là, dans cette phrase lancée comme une bouteille à la mer par un des enfants du récit : « c’est peut-être ça être de la même famille, se tenir serrés sans se parler et attendre que le temps passe jusqu’à ce que l’on devienne vieux ».

Chronique réalisée par Le globe-lecteur

Quatrième de couverture :

En 34 brèves nouvelles écrites à la première personne du point de vue d’un enfant, Sylvie Bourgeois tisse avec une douceur et une habileté remarquable le portrait en creux d’enfances écourtées par une maturité acquise trop vite au spectacle intime du monde des adultes, de ses pieux mensonges et de ses arrangements secrets ordinaires. Enfants clandestins de curé ou de couple homo, enfant témoins toujours avertis des trahisons ordinaires du couple, enfants de familles décomposées/recomposées, enfants des démissions ordinaires… Dans tous les cas, Sylvie Bourgeois a su saisir cette simplicité et cette sagacité, ce qui fait que l’on ne peut rien leur cacher, même du plus sordide, et leur immense capacité d’indulgence et d’amour.



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