Sépharade d'Éliette Abécassis

SépharadeSépharade d’Éliette Abécassis aux édition Albin Michel

Peut-on échapper à son destin? À celui qu’on choisit pour vous? se demande Esther Vital.

Juive marocaine née à Strasbourg, écrasée par le poids de la tradition et de la famille, mais aussi déchirée par la nostalgie des paradis abandonnés — l’Espagne de Cordoue à Tolède, le Maroc, de Mogador à Fès –, Esther tente de savoir qui elle est, dans l’illusion de la liberté. Lorsqu’elle choisit l’amour comme évasion, tout ce à quoi elle pensait avoir échappé la rattrape. La veille de son mariage, vêtue de la robe pourpre des promises sépharades, Esther découvre les maléfices du mauvais oeil et le terrible secret qui la marque…

À travers cette quête des origines, Éliette Abécassis explore avec émotion et érudition l’histoire des juifs marocains, depuis l’Inquisition jusqu’à l’époque contemporaine, leurs rivalités, leur culture et leurs croyances. Voici le grand roman du monde sépharade.

Comme l’indique cette quatrième de couverture (qui pour une fois donne une bonne idée de l’intrigue sans en révéler trop d’éléments), ce roman est avant tout une quête d’identité, ou plutôt une tentative de réconcilier plusieurs identités différentes. Mais d’abord, qui sont les Sépharades? D’entrée de jeu, je n’en avais qu’une vague idée. Ce sont en fait les descendants des juifs expulsés d’Espagne durant l’Inquisition, au XVe siècle, qui allèrent s’établir en Afrique du Nord, notamment au Maroc, mêlant leur sang à celui des Arabes et des Berbères qui occupaient déjà le territoire. À ce premier exode s’en ajoute un deuxième, puisqu’à l’indépendance du Maroc plusieurs décidèrent de s’en aller, qui pour Israël, qui pour le Canada, qui pour la France, comme la famille dont nous faisons ici la connaissance.

Esther est donc tiraillée entre ces différentes racines, chacune apportant son lot de caractéristiques souvent contradictoires: juive, française, marocaine, espagnole. Sans oublier Israël, la terre promise, qui l’attire mais offre une vie beaucoup plus intense que ce à quoi elle est habituée. Son mariage est donc pour elle l’occasion de faire le point sur ces différentes identités et sur sa relation compliquée avec sa famille accaparante, omniprésente. La situation se complique encore plus lorsque la famille se réunit à Tel-Aviv pour le mariage et que les secrets et rivalités refont surface.

Ce que j’ai aimé avant tout dans cette lecture, c’est la découverte de la culture et de l’Histoire des Sépharades. Abécassis décrit d’une façon très vivante les coutumes, la nourriture, les couleurs, les parfums… Par exemple, sa description de la dafina donne l’eau à la bouche. Il s’agit d’un plat traditionnel que l’on mange le samedi midi pour le Chabbat, qui se prépare la veille et cuit toute la nuit, selon une recette qui se transmet de mère en fille, mais pas complètement car quelle mère voudrait être surpassée par sa fille? Se transformant donc à chaque génération, ce mets composé de viande, de blé, de riz, de pommes de terre, de pois chiches et d’épices nourrit les ventres et les conversations familiales autour de la table. J’ai aussi appris que le couscous est un plat très compliqué à réussir — j’ai donc tout faux lorsque je le prépare en quelques minutes en le faisant tremper dans l’eau bouillante?

La question de la disparition de cultures plusieurs fois millénaires, qui semblent incompatibles avec la modernité et sont abandonnées par la génération actuelle, est également passionnante et aurait mérité d’être explorée plus en profondeur.

Par contre, l’intrigue elle-même m’a laissée un peu indifférente. À partir du deuxième tiers, les personnages ont commencé à me tomber sur les nerfs, en particulier les femmes, y compris l’héroïne, toutes plus geignardes les unes que les autres. Les hommes sont déjà plus sympathiques, notamment les vieux qui me font penser aux oncles de Solal dans Belle du Seigneur. J’ai trouvé que dans l’ensemble, Abécassis faisait plus ressortir les aspects négatifs des personnalités. Le portrait qu’elle brosse des Sépharades devient donc de plus en plus repoussant, frisant presque la caricature. De plus, le fameux secret est extrêmement prévisible, dès le début, et on ne sait pas trop si c’est voulu, ce que j’ai trouvé agaçant.

À lire, donc, surtout pour la découverte de cette culture si colorée et de cette Histoire d’exil et de paradis perdus !

Chronique réalisée par J’ai lu…

Quatrième de couverture :

Peut-on échapper à son destin ? A celui qu’on choisit pour vous ? se demande Esther Vital. Juive marocaine née à Strasbourg, écrasée par le poids de la tradition et de la famille, mais aussi déchirée par la nostalgie des paradis abandonnés – l’Espagne de Cordoue à Tolède, le Maroc, de Mogador à Fès -, Esther tente de savoir qui elle est, dans l’illusion de la liberté. Lorsqu’elle choisit l’amour comme évasion, tout ce à quoi elle pensait avoir échappé la rattrape. La veille de son mariage, vêtue de la robe pourpre des promises sépharades, Esther découvre les maléfices du mauvais oeil, et le terrible secret qui la marque… A travers cette quête des origines, Eliette Abécassis explore avec émotion et érudition l’histoire des juifs marocains, depuis l’Inquisition jusqu’à l’époque contemporaine, leurs rivalités, leur culture et leurs croyances. Voici le grand roman du monde sépharade.



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