Zola Jackson, de Gilles Leroy (2)

leroy

Zola Jackson de Gilles Leroy, chez Mercure de France

Retrouvez toutes les chroniques sur Zola Jackson dans la Rubrique Coups de COEUR

Zola est institutrice, figure d’un autre âge, où les valeurs émancipatrices de l’éducation et du travail avaient encore un sens. Zola est noire comme le charbon de Germinal, elle habite la Nouvelle Orléans, en son ventre, celui des pauvres, et est mère d’un beau et bon garçon. Zola Jackson se tient droite dans ses principes, sensuelle dans sa cuisine, et si fière de cette p

etite musique de la réussite méritocrate qu’est le nom de son fils adoré, son chef d’œuvre : Caryl. Zola Jackson et sa chienne Lady vont entamer une danse macabre quand Katherina fera valser toutes les belles certitudes des constructeurs modernes ce 29 août 2005.

Avec « Zola Jackson »  Gilles Leroy a utilisé sa langue vibrante et tendre pour rendre compte.  Il rend compte de l’Amérique d’avant, conquérante, combattive, pleine du rêve américain. Ce pays conquis de haute lutte fait d’égalité des chances, de ségrégation et de douceur de vivre. Zola Jackson est de cette époque là.  Zola est un chêne de la Nouvelle Orléans.

Elle a vécu les transformations de la vie et de la ville. Elle qui a les croyances ancrées dans le corps a lutté, s’est sacrifié,  pour Caryl, son fils qu’elle attend, qu’elle appelle, pour qui elle prie. Ses croyances, elle les enseigne : ne pas plier devant l’adversité, se préparer à tout, vivre en sachant que la tempête guette toujours, mais qu’elle finira par passer. Elle a vu les dernières générations croire qu’elles se mettraient à l’abri de tout, qu’elles avaient pris toutes les précautions : une meilleure éducation , des droits gagnés et plus respectés et des constructions indestructibles. Elle prie pour qu’ils reviennent à la raison, à la sienne, à ce qu’elle enseigne.

Zola Jackson attend son fils parce que c’est pendant la tempête que les familles se regroupent. Elle et sa chienne Lady verront les corps flotter devant leur fenêtre, des acteurs  faire de l’humanitaire, pendant que les eaux font plier les croyances modernes. Elle, elle reste humaine, respectueuse de la vie, par principe : celle des animaux et des hommes à égalité. Ces mêmes principes qui la protègent de la désespérance, ceux qui la laissent seule, sans contact avec la famille que son fils avait construit, parce qu’elle ne peut les respecter. Elle le voulait conquérant pour qu’il ne souffre  plus d’être minoritaire, d’être conspué.  Il a choisi  une voie qui le replaçait dans la lutte, suivant l’exemple de Bayard Rustin, qu’il a étudié.  La tempête est délirante et Zola Jackson commence à se déraciner.

katherina

A la fin de Katherina, Zola Jackson de chêne est devenue roseau . Elle plie sous la tempête pour revenir à ses racines, ses principes : son fils, sous une forme ou une autre.  Elle le fait avec les mots de lucidité, de tendresse et de couleurs de Gilles Leroy. Elle le fait avec des mots simples mais percutants.  Elle le fait en conscience du monde.

Si « Alabama Song »  était le grand roman américaine de Gilles Leroy,  il était celui sur le passé de l’Amérique. « Zola Jackson » est celui sur son présent.

Chronique rédigée par Abeline Majorel

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