Père des mensonges de Brian Evenson

evensonPère des mensonges de Brian Evenson chez Cherche-Midi éditeur

« Evenson, un auteur qui m’était totalement inconnu auparavant, s’attaque ici à l’Eglise et à ses membres pédophiles. Trois manières nous sont offertes pour entrer dans ce récit. On commence par lire les lettres que s’échangent le patriarche Blanchard, le psychanalyste Feshtig et son directeur Kennedy. A travers cette correspondance, nous pouvons découvrir les points de vue de chacun de ses personnages. Une autre partie du roman est consacrée aux rapports et aux notes de Feshtig. J’ai apprécié de voir les méthodes qu’il utilise pour faire parler son patient ainsi que ce qu’il en pensait. Brian Evenson arrive à nous parler de psychologie sans que le roman se transforme en un essai indigeste. C’était ma plus grande crainte et heureusement, elle a été rapidement dissipée. Je me suis rapidement mis dans la peau de ce psychothérapeute. Je voulais comprendre Fochs sans le juger. Et croyez-moi, ce n’est pas évident. La troisième partie nous mène dans la tête du patient lui-même, Eldon Fochs. Dans cette partie, impossible pour moi de voir autre chose que le monstre qui se tapit en lui. Ces moments étaient quasi insupportables pour moi. Comment apprécier d’être dans la tête d’un pédophile ?

Grâce à ces trois manières, on reconstruit petit à petit le puzzle de l’histoire. Celle-ci m’a paru à la fois intrigante et fascinante. Qui va avoir le dernier mot l’Eglise ou la psychologie ? La justice sera-t-elle faite ? De grandes questions qui seront répondues à temps.

J’ai aussi apprécié que Brian Evenson s’éloigne du stéréotype qu’est le prêtre pédophile c’est-à-dire un être esseulé en manque sexuel. Eldon Fochs n’est rien de tout ça, c’est un homme marié respectable qui a quatre enfants. Bref, il est un père de famille tout à fait commun. Enfin, jusqu’à un certain point…

J’ai été fortement interpelée par la manière dont l’Eglise réfléchit. Selon elle, il est mieux d’obéir à son supérieur ecclésiastique, même si l’on pense que l’action demandée est mauvaise, plutôt que de désobéir. En effet, désobéir à un membre du clergé équivaut à désobéir à Dieu lui-même.

« Père des mensonges » est donc un livre dérangeant mais particulièrement intéressant pour ceux qui s’intéressent à ce sujet. Voilà un livre assez court mais qui permet de faire le tour de la question. »

Chronique rédigée par Iluze



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