Giscard en short au bord de la piscine de Gérard de Cortanze

imagesGiscard en short au bord de la piscine de Gérard de Cortanze aux éditions Plon

Je dois être honnête, si j’avais trouvé ce livre en librairie, je ne pense pas que je l’aurais acheté : le titre est un peu loufoque, la quatrième de couverture laisse présager une histoire un peu « vieux jeu » et les nombreux titres qui accompagnent la présentation de l’auteur ne m’auraient pas poussé à emporter ce livre chez moi tant j’ai pu être déçu par les membres de certaines académies.

Après avoir lu le point final de ce roman, je ne peux donc que dire un grand merci aux Editions Plon et à Ulike pour m’avoir gentiment envoyé ce livre qui s’est avéré être une magnifique surprise et l’une de mes meilleures lectures de ces derniers mois.

Nous sommes au début des années 60, le jeune héros de ce livre va nous décrire Histoire et histoires. Tout en tâtonnant dans la vie pour trouver son chemin, il va vivre la transformation de la France et du monde de la fin des années De Gaulle au début des années Mitterrand. En somme, Gérard de Cortanze a réussi à écrire ici un roman qui pourrait servir de très bon cours d’Histoire. C’est aussi un très bon moyen de faire un flash back quelques années en arrière et de nous rendre compte à quel point notre société a évolué. Car l’auteur a pris soin de mentionner les grands faits marquants de l’époque : entre les moments forts de la politique (la démission de De Gaulle, l’arrivée au pouvoir de Pompidou puis celle de Giscard à la mort de ce dernier suivie de l’élection de Mitterrand) on retrouve les signes de l’évolution des mœurs et des techniques ou les moments clefs de ces années, comme Mai 68 et l’émancipation de la jeunesse, le droit de vote à 18 ans, les premiers pas sur la Lune et la « magnifique désolation » d’Armstrong, le début de l’ORTF, la démocratisation de la télévision et de l’automobile, les prémisses d’Internet, le manifeste des 343, la libération de la femme et la contraception, les attentats de Munich, le service militaire, la hausse du prix du pétrole, la mort d’Allende, d’Henry Miller ou de Sartre, les années Thatcher, la république islamique d’Iran… Tout y est et tout est abordé de façon suffisamment succincte pour nous rappeler ce qui s’est passé sans être trop ennuyeux, à l’image de cet extrait :

    « C’est ça que je retiens de 1968, et l’œil crevé de François – pour rien. Et puis une certaine conférence de presse de François Mitterrand qui se porte candidat à la présidence de la République imaginant que le gouvernement va tomber non pas par les urnes, mais par l’émeute et la grève : une sorte de « Ote-toi de là que je m’y mette ! » d’une élégance rare. Et les coups de feu de Valerie Solanas, fondatrice et unique membre du Society for Cutting Up Men, qui tire sur Andy Warhol à bout portant. Et le scrutin du 30 juin qui apporte une victoire écrasante de la majorité, sans précédent dans l’histoire de la République et du Parlement français depuis 1870. Et cette France, plus que jamais celle des Shadoks et des Gibis, la France de ceux d’en haut qui ont les pieds en bas, et de ceux d’en bas qui ont les pieds en haut. La France qui pompe sans fin, parce qu’il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. » (page 104)

A côté de ces grands événements, le protagoniste vit donc sa propre histoire, il lui faut parvenir à se détacher de sa famille, se forger ses opinions politiques, trouver de quoi vivre et aussi retrouver un amour de jeunesse. On comprendra vite que la petite histoire n’est là que pour rythmer la grande mais elle le fait bien et a le mérite de rendre la lecture facile et agréable. Et puis quoi de mieux que le regard et le dynamisme d’un « jeune » pour montrer l’évolution de la société ?

    « Dans la France d’aujourd’hui, envahie par les sigles, endormie, comme tous les pays industrialisés, par le mythe unificateur de la conquête spatiale, ramollie par le Petit Conservatoire de Mireille, et regrettant amèrement le temps où l’industrie de la sardine en boîte était saisonnière et familiale, il faut bien se rendre à l’évidence, et c’est cette évidence qui, à défaut d’ouvrir des voies nouvelles, ouvre grandes les fenêtres : l’économie d’urgence a cédé la place à la société d’affluence. La génération de l’après-guerre dont je fais partie, veut prendre la parole. Du blé en herbe, certes, mais le pouvoir est à portée de main : déjà nous savons parler et de quoi parler. Il faut prendre le pouvoir, ce pouvoir qui n’use que ceux qui ne l’ont pas. »(page 13)

Le style est agréable et fluide, on se laisse rapidement prendre par le roman. Seul petit bémol, vers les 2/3 du livre, notre héros se cherche et s’affuble de différents noms, usant parfois de la troisième personne pour parler de lui et j’ai eu du mal suivre l’histoire pendant cette quête d’identité. Heureusement, ceci ne concerne qu’une vingtaine de pages.

Bref, De Cortanze signe ici un livre qui, un peu à l’image des « Années » d’Annie Ernaux, peint un portrait de la société dont chaque génération peut trouver une utilité. Pour les « jeunes » c’est une occasion de (re)découvrir l’histoire du début de la cinquième république, tandis que les quarantenaires y retrouveront des souvenirs de jeunesse. Dans tous les cas, l’idée qui ressort c’est que peu importe l’époque, les sociétés ne s’arrêtent pas d’évoluer, reste à savoir ce qui parmi les événements actuels restera dans les mémoires et peut-être dans un prochain livre de Gérard de Cortanze… dans quelques années… !

Chronique rédigée par Art Souilleurs

Quatrième de couverture :

Dans la France des années disco,  » qui n’a pas de pétrole mais qui a des idées « , l’enfant de De Gaulle en maillot de bain, devenu un adolescent, se cherche.
Se cachant derrière des masques, et plutôt que de pleurnicher sur le monde, il applique à la lettre la règle qu’il s’est imposée: la joie à tout prix. Ce qui n’est pas une mince affaire… Les Trente Glorieuses sont en pleine déconfiture et, la flambée de 68 retombée, il faut trouver un remplaçant au Général. Notre jeune héros voit passer les brèves années Pompidou, le modernisme affiché de Valéry Giscard d’Estaing, dont les efforts sont brisés par le second choc pétrolier, et la venue au pouvoir de la gauche la plus vieille d’Europe.
Dans ce roman doux amer, Gérard de Cortanze revendique son appartenance à la génération Shadoks:  » 1 : Il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. 2: Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller, et le plus vite possible « .



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